Nous ne sommes plus capables d’écouter
Il est frappant de constater qu’il est de plus en plus difficile de rencontrer quelqu’un qui puisse écouter vraiment.
La plupart des personnes écoutent d’une oreille distraite en pensant à autre chose ou plutôt à ce qu’elles veulent dire ou rétorquer.
Ainsi, si quelqu’un s’épanche, fait part de ses souffrances ou de ses angoisses, celui à qui il se confie n’attend qu’une seule chose, c’est qu’il se taise pour pouvoir immédiatement faire part de son propre ressenti.
Les phrases les plus entendues à ce moment : « C’est comme moi … » « Moi aussi … » « Je vis la même chose … » L’interlocuteur n’écoute plus ou pas et ne fait que se centrer sur lui-même.
Une autre réaction est celle d’immédiatement prodiguer des conseils, de dire ce qu’il faut faire, de donner des adresses de médecins, psychologues ou autres professionnels de l’écoute.
Pire encore, c’est d’être confronté à la réaction de minimiser ou de banaliser la souffrance, de la déprécier ou même de refuser de la reconnaître.
Nous sommes à ce point absorbés par nos propres tracas qu’il nous est parfois impossible d’entendre les problèmes des autres.
C’est la raison pour laquelle de nombreuses personnes en souffrance ne trouvent plus personne dans leur entourage pour les écouter et tenter de les comprendre.
Télé-Accueil
Pour répondre à ce besoin criant d’être écouté, les services de Télé-Accueil ont été créés, ainsi que des Centres de prévention du suicide.
En 1953, en Angleterre, l’appel qu’on pouvait lire dans les journaux londoniens, lancé par le prêtre anglican Chad Varah était : « Avant de vous suicider, téléphonez-moi ! »
Ayant été très marqué par les premières funérailles qu'il a organisées au début de sa carrière, celle d'une jeune fille de 13 ans qui s’était suicidée après n'avoir eu personne à qui parler, il fonda en 1953 « Samaritans », premier centre d'assistance téléphonique de crise pour les candidats au suicide.
En Belgique, le premier centre de Télé-Accueil voit le jour à Bruxelles en 1959. « La Fédération des Centres Télé-Accueil » c’est 350 appels par jour et 300 écoutants, 24h/24 et 7j/7.
La philosophie de Télé-Accueil repose sur une écoute active, inconditionnelle et sans jugement, offerte par des bénévoles formés. Son principe fondamental est de garantir à toute personne en détresse un espace d'expression anonyme, confidentiel et gratuit, pour briser l'isolement et libérer la parole.
L'anonymat permet à l'appelant de se livrer en toute sécurité, sans crainte d'être reconnu ou jugé par son entourage.
Les écoutants ne sont pas des thérapeutes. Ils ne prodiguent pas de conseils ni de solutions toutes faites. Leur rôle est d'accompagner la personne pour l'aider à clarifier ses propres pensées et retrouver son autonomie.
Toutes les émotions, détresses et tous les sujets sont accueillis avec la même bienveillance, quelle que soit l'origine, la culture ou la situation sociale de la personne qui appelle.
Récemment, un documentaire « Je vous écoute » sur le site de La Chaîne parlementaire française (LCP - Assemblée nationale) relatait :
« Jour et nuit, partout en France, des femmes et des hommes se relaient au téléphone pour tendre l'oreille à ceux qui ne vont pas bien. Noëlle, Marie, Guy, Jean Louis et Hugo font partie de ces « écoutants ». Ils sont bénévoles au sein de diverses associations disposant d'une ligne d'écoute, où vient s'échouer quotidiennement toute la détresse du monde. La crise sanitaire a mis en lumière leur indispensable travail. Ici, le téléphone ne cesse de sonner. Qu'il s'agisse de lutte contre l'homophobie, de solitude ou d'isolement, c'est parfois l'envie de vivre qu'il faut réussir à préserver. Et ces combats font parfois écho à ceux, plus personnels, des écoutants. (…)
Dans ces appels sur le fil, on touche à l'intime et à l'universel, car ce qui est raconté résonne en nous et en nos propres questionnements. Le film nous interroge de bout en bout sur notre capacité d'écoute, et la nécessité absolue d'y accorder davantage de place. »
Voici une très belle méditation des aumôniers de prison :
Auteur anonyme (Aids) Etablissement « Un Message de Vie », 13 Rue de Wervicq à 7780 Comines (Belgique)
« Peux-tu simplement écouter ?
Quand je te demande de m’écouter et que tu commences à me donner des conseils, tu n’as pas fait ce que je te demandais.
Quand je te demande de m’écouter et que tu commences à me dire pourquoi je ne devrais pas ressentir cela, tu bafoues mes sentiments.
Quand je te demande de m’écouter et que tu sens que tu dois faire quelque chose pour résoudre mon problème, tu me fais défaut.
Tout ce que je te demande, c’est que tu m’écoutes.
Non que tu parles ou que tu fasses quelque chose. Je te demande uniquement de m’écouter. Je peux agir par moi-même, je ne suis pas impuissant, peut-être un peu découragé ou hésitant mais non impotent.
Serait-ce pour cela que la prière marche parfois pour quelques personnes ? Parce que Dieu est muet ? Il ne donne pas de conseils. Il n’essaie pas d’arranger les choses. Il écoute simplement et te laisse résoudre le problème par toi-même.
Alors, s’il te plait, écoute-moi.
Et si tu veux parler, attends juste un instant et je t’écouterai. »
Entendre est une attitude passive ne nécessitant aucun effort de notre part. Ce que l'on entend n'est pas toujours précis dans l'esprit. On peut entendre d’une oreille distraite.
Écouter est une action active, elle dépend de notre volonté. On tend l'oreille et on se concentre pour écouter. Lorsque l'on écoute on porte attention à ce que l'on entend, on s'applique à entendre.
Il y a un adage qui dit qu’il faut écouter deux fois plus que l’on ne parle. C’est la raison pour laquelle nous n’avons qu’une seule bouche mais deux oreilles.
Antonio Vivaldi Larghetto du Concerto pour violon et violon d'écho en la majeure
Nous devrions toujours appliquer les conseils de l’écoute active.
(Le « site HR4free » en donne une excellente explication)
L’écoute active est une technique de communication qui consiste à utiliser le questionnement et la reformulation afin de s’assurer que l’on a compris au mieux le message de son interlocuteur et de le lui démontrer.
Elle a été développée par le psychologue américain Carl Rogers, l’initiateur des techniques non-directives.
Cette approche se caractérise par la manifestation d’un respect et une confiance chaleureuse envers l’interlocuteur, pour qu’il brise ses défenses et s’exprime librement.
Savoir écouter pour Rogers repose sur le respect strict de cinq impératifs :
1. L’accueil : Savoir accepter l’autre comme il est. C’est une attitude empreinte de respect et de considération pour favoriser la confiance et manifester un réel intérêt. C’est considérer l’autre comme la personne la plus importante au monde mais sans arrière-pensée, c’est-à-dire sans en attendre un retour.
2. Être centré sur ce que l’autre vit et non sur ce qu’il dit : C’est aller audelà des faits pour s’ouvrir à la façon dont l’autre ressent les choses avec « ses tripes ».
3. S’intéresser à l’autre plus qu’au problème lui-même : Plutôt que de voir le problème en soi, il s’agit de voir le problème du point de vue de l’autre. Si on prend le chômage comme exemple, certaines personnes le vivent comme un échec, d’autres comme une sanction, etc.
4. Montrer à l’autre qu’on le respecte : C’est donner à l’autre l’assurance que l’on respecte sa manière de vivre ou de voir les choses sans empiéter sur son domaine et sans se transformer en apprenti psychologue qui « voit » dans l’inconscient de l’autre
5. Être un véritable miroir : Il s’agit, non pas d’interpréter « votre problème c’est cela » mais de se faire l’écho de ce qu’il ressent : « ainsi, vous ressentez profondément que… ». Tout l’art est ici de mettre en relief les sentiments qui accompagnent les mots de l’autre.
En outre, selon Rogers, les deux attitudes fondamentales de la non-directivité et de l’empathie, devraient être prises en considération dans le contexte de l’écoute active.
I. La non-directivité : L’essentiel de son approche est d’être centré sur « l’autre » sans toutefois mettre de la pression ou influencer l’attitude de l’autre. Être non-directif ne veut pas dire être inactif ou non-impliqué. Il s’agit plutôt de « sentir avec » l’autre, car cela est plus important que de partager une idée.
II. L’empathie : L’empathie est « la capacité de s’inscrire dans le monde subjectif d’autrui pour le comprendre de l’intérieur ».
L’empathie c’est « vouloir vivre le monde intérieur de l’autre comme si c’était notre monde à nous ». Cette attitude d’acceptation inconditionnelle donne une chance d’exposer pleinement son propos. Elle laisse à autrui le temps de son expression, la possibilité de dire.
La positivité de cette attitude libère une énergie qui pourra être aisément réinvestie dans la tâche à accomplir. L’absence de défenses réciproques permet d’accorder au discours un maximum d’attention, afin qu’il puisse être partagé et compris.
Henry Purcell L’Echo, extrait de l’Opéra La Reine des fées
(Créé en 1692, trois ans avant la mort de Purcel à 36 ans)
Le Chrétien est invité à « écouter la parole du Christ et à la mettre en pratique »
Quelques paroles tirées de la Bible sur « l’écoute »
Le verset « Écoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est l’Unique » (En hébreu : Chema Israël) se trouve dans le livre de Deutéronome 6 :4 Il s'agit de la prière la plus importante et fondamentale du judaïsme.
Le terme hébreu Shema est le verbe le plus utilisé, dans l’Ancien Testament, près de 1.100 fois, et signifie à la fois entendre, comprendre et obéir.
Le 1er livre de Samuel rapporte que « le Seigneur appela de nouveau Samuel pour la troisième fois. Et Samuel se leva, alla vers Eli, et dit : Me voici, car tu m’as appelé. Eli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant et il dit à Samuel : Va, couche-toi ; et si l’on t’appelle, tu diras : Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute » (1 Samuel 3 : 8 et 9)
Dans l’Évangile de Luc, Marie de Béthanie écoutait Jésus : « Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. » (Luc 10 :38 39).
Dans l’Évangile de Luc, Jésus dit « Et pourquoi m’appelez-vous en disant : “Seigneur ! Seigneur !” et ne faites-vous pas ce que je dis ? Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble. Il ressemble à celui qui construit une maison. Il a creusé très profond et il a posé les fondations sur le roc. Quand est venue l’inondation, le torrent s’est précipité sur cette maison, mais il n’a pas pu l’ébranler parce qu’elle était bien construite. » (Luc 6 :46-48)
Dans l’Évangile de Luc, Jésus déclare « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. » (Luc 8 :21)
Dans l’Évangile de Luc, à cette femme qui, élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : « Heureux le sein qui t’a porté ; heureuses les mamelles qui t’on allaité », « Jésus lui répondit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » (Luc 11 :28)
Dans l’Évangile de Jean, Jésus proclame « Amen, amen, je vous le dis : Qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, obtient la vie éternelle et il échappe au jugement, car déjà il passe de la mort à la vie. » (Jean 5 :24)
Par trois fois, dans les trois évangiles canoniques, Dieu le Père nous présente le Seigneur Jésus-Christ en disant : « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui J’ai mis toute Mon affection : Écoutez-Le ! (Matthieu 17 :5 /Luc 9 :35/ Marc 9 :7)
Dans la lettre de Jacques : « Ainsi, que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère." (Jacques 1 :19)
Dans l’Apocalypse, il y a cette très belle parole du Seigneur : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un écoute ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Apocalypse 3 :20)
Dieu écoute les cris de ceux qui le prient
Dans le psaume 33, le psalmiste écrit :
Au verset 7 : « Un pauvre a crié : Dieu écoute, de toutes ses angoisses, il le sauve. »
Et aux versets 18 et 19 : « Le Seigneur écoute ceux qui l’implorent, il les délivre de toutes leurs angoisses ; le Seigneur est proche des cœurs brisés, il sauve les esprits abattus. »
Dans le psaume 68,
Aux versets 33 et 34 : « Les pauvres l'ont vu, ils sont en fête : « Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu ! Car le Seigneur écoute les humbles, il n'oublie pas les siens emprisonnés. »
Apprenons à écouter vraiment et ayons foi en l’écoute de Dieu