En France, la « proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir » a été adoptée, après des débats animés, par l’Assemblée nationale en deuxième lecture, le 25 février 2026, par 299 voix contre 226.
La voix tremblante, Olivier Falorni, rapporteur du texte, a déclaré à la tribune :
« Je pense à tous ces malades. À leurs proches. Ce sont eux qui m’ont fait comprendre qu’il y avait parfois pire que la mort. »
« Ils auront enfin le droit de partir en paix, en liberté et par humanité. »
Une autre proposition de loi
visant à garantir l’accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs, a été adoptée par l'Assemblée nationale, en deuxième lecture, à l'unanimité.
Les textes sont désormais transmis au Sénat.
En ce qui concerne les soins palliatifs, ceux-ci sont malheureusement très rares
En France, il existe de très fortes disparités avec environ 20 départements sans unité spécialisée, compliquant l'accès pour une partie de la population.
Dans le monde, un rapport publié en juin 2011, de l'organisation Human Rights Watch (HRW) rappelait que « 60 % des personnes qui meurent chaque année dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, soit le chiffre impressionnant de 33 millions de personnes, ont besoin de soins palliatifs ». L'ONG a calculé que « plus de 3,5 millions de personnes atteintes d'un cancer ou d'un sida au stade terminal, meurent chaque année sans traitement antalgique adéquat ».
Les chrétiens sont divisés sur la question de l’aide à mourir
À l’occasion de ces débats, « La Croix » du 6 février 2026, a publié un dialogue spirituel, sur la fin de vie, entre deux frères, François âgé de 83 ans et Jean de plus de 90 ans, intitulé : « Un philosophe, militant pro-euthanasie et un moine chartreux » :
Le philosophe écrit que « Toutes les personnes qui demandent d’être assistées pour mourir nous disent qu’elles aiment la vie, qu’elles souhaiteraient continuer à vivre aussi longtemps que possible.
Mais elles précisent que pour elles, la vie qui les attend, du fait de leur maladie ou de leur extrême vieillesse, n’a plus rien d’humain.
Dans le cas des cancéreux, une souffrance extrême qui pour être soulagée, exige des doses de morphine engendrant un état de torpeur et d’abrutissement.
Dans le cas de la maladie de Charcot, une suffocation qui exige une assistance respiratoire, une alimentation par sonde et un état grabataire interdisant toute relation.
Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, une perte totale de la mémoire, de la reconnaissance des visages, des capacités intellectuelles, des altérations d’humeur orientées souvent vers une agressivité incontrôlable. »
Son frère chartreux lui répond que « L’homme s’attribue le droit d’évaluer à quelles conditions la vie est digne ou non d’être vécue. Là, le chrétien a un immense avantage, celui de voir dans toute souffrance, sans exception, une présence de la souffrance du Christ, lequel « est en agonie jusqu’à la fin du monde ». Il donne l’exemple de Mère Teresa de Calcutta qui ramassait dans les ruelles de cette ville des êtres complètement déshumanisés, non seulement malades et affamés, mais couverts de vermine. Elle les arrachait à cet état pour faire d’eux des mourants en état décent et objets de toute son affection. Et en même temps, elle voyait en eux des répliques du Christ agonisant, ce qui appelait de sa part un très grand respect pour ces êtres. »
Le père Bruno Saintôt, théologien jésuite, co-responsable du domaine Éthique biomédicale des Facultés Loyola à Paris, a commenté ce dialogue :
« Est-il si évident que « le chrétien a un immense avantage, celui de voir dans toute souffrance, sans exception, une présence de la souffrance du Christ » ? L’affrontement au mystère de la souffrance réclamerait plus de pudeur théologique. Ce discours risque d’enfermer les chrétiens dans une immunisation à la souffrance d’autrui alors même qu’ils se dépensent dans le soin pour apaiser autant que possible les souffrances physiques, psychiques, sociales, spirituelles. »
Vous allez entendre le premier des Kindertotenlieder de Gustav Mahler
Maintenant le soleil se lèvera aussi brillant Comme si aucun malheur n'était arrivé cette nuit !
Par Kathleen Ferrier avec le Wiener Philharmoniker dirigé par Bruno Walter
Les Kindertotenlieder (Chants sur la mort des enfants) sont un cycle de cinq lieder pour voix et orchestre composé par Gustav Mahler de 1901. Ce sont le récit à la première personne du cheminement intérieur d'une mère endeuillée, des ténèbres du déni et de la culpabilité à la lumière de la résilience.
https://www.youtube.com/watch?v=7JxUnjXkNsc&list=RDb9j7dmjuhhE&inde x=2
La question de la valeur rédemptrice de la souffrance est très ancienne
Gabriel Marcel, né en 1989 et décédé en 1973 à Paris, est le maître de l’existentialisme chrétien en France.
Dans son livre « Du refus à l’invocation » publié à Paris chez Gallimard en 1940, (réédité en 1967, sous le titre « Essai de philosophie concrète »), il analyse « l’idée d’épreuve qui sert de trame au livre de Job » :
« Voici, écrit-il, un malade immobilisé pendant des années et qui n’entrevoit que la mort au terme de ses souffrances. Un prêtre, avec les meilleures intentions du monde, vient lui dire : « Remerciez Dieu pour la grâce qu’il vous a faite. Ces souffrances vous sont envoyées pour vous donner l’occasion de mériter la béatitude céleste. »
Il est fort à craindre, poursuit Gabriel Marcel, qu’ainsi présentées, ces assurances ne développent chez le malade qu’un esprit de révolte et de négation. Oublions pour un instant qu’il s’agit de « quelqu’un d’autre ». Plaçons-nous dans la conscience du malade : qu’est-ce que ce Dieu qui me torture dans mon propre intérêt ? De quel droit ? Et vous ? Quelle qualité avez vous pour servir de truchement à ce Dieu cruel et hypocrite ? Vous ne pouvez le faire que parce que vous n’imaginez pas même la souffrance, parce qu’elle n’est pas la vôtre et vous n’auriez pourtant le droit de me dire ces mots là que si vous souffriez comme moi, avec moi. » (« Du refus à l’invocation » pp. 102 à 104)
Jean Steinmann, prêtre oratorien et vicaire à Notre-Dame de Paris, spécialiste d'exégèse biblique et auteur de nombreux ouvrages, né en 1911 à Belfort, et mort accidentellement en 1963 en Jordanie, écrit dans son livre
« Job, témoin de la souffrance humaine » : « Le livre de Job est une sorte de consécration par Dieu même des propos les plus hardis de l’homme qui souffre, un témoignage rendu par l’Esprit-Saint au caractère atroce de la souffrance (…) Dieu comprend et assume les cris d’affolement de son serviteur. Il blâme les amis cruels qui se soumettent si facilement à la souffrance d’un autre et ne savent pour toute consolation que lui offrir des formules de théologiens. Dans Job, Dieu témoigne en faveur de l’homme et contre la souffrance » (Foi vivante, page 118).
Que dit la doctrine de l’Eglise catholique sur la souffrance ?
Saint Paul écrit dans sa lettre aux Colossiens : « Je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l'Eglise »
Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique « Salvifici Doloris » (« La souffrance qui sauve »), publiée le 11 février 1984, traite du sens chrétien de la souffrance humaine. Il écrit :
« Dans la mesure où l'homme devient participant des souffrances du Christ — en quelque lieu du monde et à quelque moment de l'histoire que ce soit —, il complète à sa façon la souffrance par laquelle le Christ a opéré la Rédemption du monde. » (…) La souffrance a une valeur spéciale aux yeux de l'Eglise. Elle est un bien, devant lequel l'Eglise s'incline avec vénération, dans toute la profondeur de sa foi en la Rédemption. »
Le Catéchisme de l’Église Catholique précise :
1521 L’union à la Passion du Christ. Par la grâce de ce sacrement (l’onction des malades), le malade reçoit la force et le don de s’unir plus intimement à la Passion du Christ : il est d’une certaine façon consacré pour porter du fruit par la configuration à la Passion rédemptrice du Sauveur. La souffrance, séquelle du péché originel, reçoit un sens nouveau : elle devient participation à l’œuvre salvifique de Jésus.
1522 Une grâce ecclésiale. Les malades qui reçoivent ce sacrement, " en s’associant librement à la Passion et à la mort du Christ ", apportent " leur part pour le bien du peuple de Dieu " (LG 11). En célébrant ce sacrement, l’Église, dans la communion des saints, intercède pour le bien du malade. Et le malade, à son tour, par la grâce de ce sacrement, contribue à la sanctification de l’Église et au bien de tous les hommes pour lesquels l’Église souffre et s’offre, par le Christ, à Dieu le Père.
Le Dicastère pour la Doctrine de la foi a publié, le 4 novembre 2025, une note doctrinale intitulée « Mater Populi fidelis », rédigée sous le pontificat de François et approuvée par Léon XIV.
Elle a été publiée en réaction à une discussion interne de l'ancienne Congrégation pour la doctrine de la foi qui, en février 1996, avait examiné la demande de proclamer un nouveau dogme sur Marie «co-rédemptrice ou médiatrice de toutes grâces»,
Cette note rappelle que selon l’Église catholique, seul Jésus est le rédempteur, c’est à dire que seul le fils de Dieu sauve l’humanité : « ni l’Église ni Marie ne peuvent remplacer, ni perfectionner », l’œuvre rédemptrice de Dieu « qui a été parfaite et n’a pas besoin d’ajouts ».
Les souffrances et douleurs de l’homme, quel qu’il soit, ne sont en aucune manière « co-rédemptrices » et n‘ajoutent rien à l’œuvre rédemptrice de Dieu.
Saint Paul dans sa lettre aux Colossiens (1, 14) est très clair :
« Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés. » En lui et en lui seul.
Je vous propose d’entendre le deuxième Kindertotenlieder de Malher Maintenant je vois bien le pourquoi des flammes si sombres Que vous me jetiez à chaque instant.
Par Kathleen Ferrier avec le Wiener Philharmoniker dirigé par Bruno Walter
https://www.youtube.com/watch?v=lGEwfWUo1O4&list=RDb9j7dmjuhhE&in dex=3
La Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones se réfère à Daniel Marguerat, exégète et bibliste suisse, professeur émérite de théologie protestante de l'université de Lausanne.
Marguerat, fidèle à sa tradition protestante, rejointe par le magistère de l’Eglise catholique en 1998-1999, et désormais par toutes les Eglises, rappelle qu’il n’y a rien à ajouter à l’œuvre de salut réalisée par Jésus Christ, qui a réconcilié l’humanité avec Dieu.
Jésus-Christ et lui seul, par sa fidélité, nous a rendus justes devant Dieu, nous invitant à entrer dans sa foi pour nous configurer à lui, « le premier né d’une multitude de frères » (Romains 8,29).
Il est donc exclu, dans la foi chrétienne, de dire que nous ayons quelque choses à ajouter à cette œuvre.
Lorsque Saint Paul dans sa lettre aux Colossiens (1, 24) affirme : « Maintenant je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous ; ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l’accomplis pour son corps qui est l’Église. »
Saint Paul, assigné à résidence à Rome, déclare ainsi pouvoir se réjouir malgré l'épreuve. Il pouvait se réjouir dans la souffrance car il savait que le résultat final était la gloire de Dieu.
Ce passage ne signifie pas que le sacrifice du Christ était incomplet. Les souffrances de l'apôtre sont le prolongement historique de la passion du Christ. Elles manifestent que l'Évangile est à l'œuvre dans le monde concret et corporel.
Selon Marguerat (notamment dans son ouvrage Paul de Tarse : L'enfant terrible du christianisme), la souffrance chez Paul n'est pas une recherche de douleur, mais le signe d'une solidarité totale avec le Christ et certainement pas une participation à ses souffrances.
Là réside la mission parfois douloureuse et tourmentée confiée à Paul.
Là aussi sont invités à coopérer tous les chrétiens.
Qu’on ait fait de cette phrase tronquée l’idée que souffrir avec et pour le Christ coopérait au salut du monde est certainement une interprétation erronée.
Le Pasteur Marc Pernot sur le site JechercheDieu.ch
Considère comme incroyable et même choquante l’idée d' « offrir sa souffrance » à Dieu.
« Cela me semble même une injure à Dieu que de penser que notre souffrance lui apporterait en quoi que ce soit une satisfaction. Dieu se réjouit de notre bonheur, pas de nos souffrances. La souffrance n’apporte rien à Dieu, il ne la veut pas.
Que faire de la souffrance quand elle nous frappe, nous ? Au lieu de l’aimer, on peut la repérer comme mauvaise et contraire à la volonté de Dieu. On peut alors la combattre avec l’aide de Dieu, dans la mesure où c’est possible, et quand la cause de la souffrance ne peut être écartée, nous pouvons travailler à la supporter sans être submergés : cela demande aussi l’aide de Dieu car ce n’est pas toujours évident. Je dirais donc que plutôt que « d’offrir notre souffrance à Dieu », nous pouvons prier Dieu pour faire équipe avec lui contre la souffrance.
Et si une souffrance frappait une personne autre que nous ? Lui dire « d’offrir cette souffrance à Dieu » revient à la féliciter de souffrir, à lui dire que nous trouvons cela très bien et très souhaitable qu’elle souffre.
Jésus nous a appris que Dieu est Amour et est comme un Père
Peut-on imaginer un instant qu’un Père qui aime ses enfants puisse apprécier, ou même valoriser, d’une manière ou d’une autre, leurs souffrances ? Ou qu’il les regarde souffrir en restant indifférent ?
Dieu qui n’est qu’Amour ne peut vouloir voir souffrir ses enfants.
Il souffre avec eux dans leurs détresses
Il s’identifie à celui qui souffre de la faim ou de la soif, il s’identifie à l’étranger rejeté, au pauvre démuni, au malade et au prisonnier:
- « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; -
- j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ;
- j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;
- j’étais nu, et vous m’avez habillé ;
- j’étais malade, et vous m’avez visité ;
- j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! »
- « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. »
. Il est bouleversé quand Marthe et Marie lui apprennent la mort de Lazare.
. Il guérit cette femme qui souffrait d’hémorragies et toucha juste son vêtement. .
.Devant la détresse du chef de la synagogue, Jaïre, il ramène à la vie sa fille de 12 ans qui venait de mourir et demande de veiller à la nourrir.
. Il guérit la belle-mère de Pierre qui souffrait d’une forte fièvre.
. Il sauve la vie de la femme adultère qui va être lapidée …
Les exemples de la compassion de Jésus sont multiples dans les Évangiles. Jamais il ne justifie la souffrance. Il la combat.
Dans La Croix du 16 septembre 2021, Anne Lécu, religieuse dominicaine, médecin en prison dit clairement :
« Dieu n'a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la mort de quiconque, et bien évidemment pas non plus à la mort de son Fils. »
« Dieu ne permet pas la souffrance, il la partage. » « La souffrance et la mort de chacun d'entre nous sont un drame pour Dieu. Au point que, pour que nous n'y soyons pas seuls, son Fils choisit d'y être à nos côtés. »
« En aucun cas il ne vient donner une réponse ou la conceptualiser. Toute tentative d'explication de la souffrance est vaine, et l'Ancien Testament le dit aussi, notamment dans le livre de Job. Job ne cesse de proclamer son innocence et de demander des explications à Dieu.
À la fin du livre (de Job), Dieu vient le voir devant tous ses amis, qui ont beaucoup disserté sur une souffrance rédemptrice ou liée au péché ou éducative, et déclare : "Seul mon serviteur Job a bien parlé de moi." Seul celui qui revendique son innocence parle bien de Dieu.
Avec l'histoire du Christ, la même chose nous est dite : pas de discours, mais un partage jusqu'au bout, dans la souffrance mais plus encore, dans la faute et la culpabilité. Dans la deuxième épître aux Corinthiens (5,21), Paul écrit : "Dieu l'a fait péché pour nous". Il l'a identifié au péché, mis à la place du péché. »
La souffrance ou la douleur sont-elles rédemptrices ?
La douleur rédemptrice est un concept théologique et philosophique (souvent associé au dolorisme) qui attribue une valeur spirituelle, purificatrice ou salvatrice à la souffrance physique ou morale. Elle suggère que la douleur, vécue comme un sacrifice ou une union à la Passion du Christ, permet d'expier les péchés ou de grandir spirituellement.
Jean-Guy Nadeau, Théologien professeur honoraire à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal, est un des premiers experts dans le domaine des abus sexuels du clergé. Il a notamment collaboré au « Centre for Child Protection » de l’Université Grégorienne de Rome.
Dans un article de la revue « Théologiques » 13/2 de 2005 (pp. 5-20) intitulé « La souffrance rédemptrice: légitimation ou subversion religieuse de la violence ? » il écrit :
« Dans la tradition chrétienne, il a souvent semblé à plusieurs croyants comme à des non-croyants que le concept de souffrance rédemptrice ne sauvait pas seulement la souffrance ou la valeur, voire la dignité du souffrant, mais qu’il servait trop souvent à justifier la souffrance en maintenant la victime dans sa situation, encourageant sa soumission aussi bien que l’inaction de spectateurs silencieux — malgré la tradition caritative très forte en christianisme.
La théologie contemporaine a pris conscience de l’effet paralysant que ce discours a parfois eu sur les victimes de l’histoire (esclaves, Noirs, femmes, pauvres, victimes de violence familiale, etc.). »
L’aumônerie des Cliniques universitaire Saint-Luc s’élève, sur son site, contre cette conception doloriste
« Ce n’est que tardivement que les concepts de douleur et de rédemption ont été rapprochés et que cette association a généré la croyance – fausse, évidemment ! - que la douleur en tant que telle pouvait avoir une vertu rédemptrice.
En perdant ainsi le lien avec l’essence même de la mission du Christ, cette croyance a pendant des siècles laissé penser qu’il fallait souffrir pour être pardonné, et endurer la douleur pour mériter un coin de paradis.
Il s’est produit ici un glissement de sens, que le philosophe B. Vergely nomme une véritable « catastrophe spirituelle ». A juste titre. Ce glissement a ouvert la porte à d’autres dérives : le dolorisme, la mortification. »
La souffrance peut me rendre sensible à celle des autres
Revenant au philosophe existentialiste chrétien Gabriel Marcel, je lis encore dans son essai « Du refus à l’invocation » :
« Songeons à la situation dans laquelle la souffrance me place devant les autres ; elle peut être pour moi une occasion de me raidir, de me contracter, de me replier sur moi-même ou, au contraire, de m’ouvrir à d’autres souffrances qu’auparavant je n’imaginais pas. »
Si elle n’est pas extrême au point d’annihiler tout sentiment d’empathie pour autrui, la souffrance peut me faire comprendre celle des autres. Elle peut m’inciter à compatir et à soulager celles qui m’entourent.
La souffrance peut aussi me rapprocher de Dieu
Sans la justifier en aucune manière, je peux donner un sens à ma souffrance en constatant qu’elle me rapproche de Dieu. Au fond de ma détresse, de ma douleur et peut-être de mon désespoir, je peux demander à Dieu de venir à mon aide, de me soutenir, de m’apporter son secours pour me permettre de la supporter et même de la combattre. Nombreux sont ceux qui ont découvert Dieu et la foi au cœur d’une dépression destructrice. Ils ont parfois trouvé dans la prière un réconfort insoupçonné.
C’est tout le sens du psaume 33 :
« Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom. Je cherche le Seigneur, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre. Un pauvre a crié ; le Seigneur écoute et de toutes ses angoisses, il le sauve. »