Qu’est-ce qu’un miracle ?
Wikipédia nous explique qu’un miracle est un fait extraordinaire, dépourvu d'explication scientifique, qui est alors vu comme surnaturel et attribué à une puissance divine.
Il est accompli soit directement, soit par l'intermédiaire d'un serviteur de cette divinité.
Il s'agit là d'une notion religieuse non reconnue par la science, pour laquelle le concept de phénomène inexplicable (généralement associé aux miracles) n'existe pas.
La science ne connaît que des phénomènes inexpliqués, c'est-à-dire non encore élucidés en l'état actuel du savoir.
Les historiens qui se situent du côté de la science réfutent le concept de « surnaturel » pour expliquer quelque événement que ce soit.
Leur approche est celle que définit Ernest Renan (né le 27 février 1823 à Tréguier (Côtes-du-Nord) et mort le 2 octobre 1892 à Paris), écrivain, philologue, philosophe, épigraphiste et historien français. Il est l’auteur d’une « Histoire des origines du christianisme (7 volumes, de 1863 à 1881), dont le premier tome est consacré à la Vie de Jésus (1863) » :
Il affirme que « C'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'Histoire. »
Par là même, la lecture historico-critique des textes religieux, en particulier de la Bible, diffère fondamentalement de l'interprétation apologétique des mêmes textes, qui recherche une preuve de sa propre foi tout en acceptant la notion de miracle.
Mieux encore, pour l'exégète comme pour l'historien, mais aussi pour le théologien, le miracle est avant tout porteur d'une signification.
Si le miracle n'a pas de sens, il ne peut être considéré comme tel.
Le miracle, dans le judaïsme comme dans le christianisme, est un message que Dieu adresse à l'homme.
L'exégèse se donne pour tâche de déchiffrer ce message.
Les miracles de Jésus
Pour la théologie catholique, les miracles sont avant tout des signes qui annoncent et réalisent déjà le Royaume que Jésus est venu instaurer.
Les miracles relatés dans le Nouveau Testament ne font pas partie du dépôt de la foi au même titre que la naissance virginale de Jésus, sa mort et sa résurrection.
Lire les miracles comme des documents historiques, ce qui est le risque fondamentaliste, ou les refuser, parce que non historiques, ce qui est le risque rationaliste, conduit dans les deux cas à passer à côté de leur signification.
Le Catéchisme de l'Église catholique présente les miracles comme des signes qui annoncent, manifestent, témoignent et attendent une réponse de l'ordre de la foi.
Simon Claude Mimouni, né à Bône, en Algérie, le 26 avril 1949, est un historien français, spécialisé dans le domaine de l'histoire des religions, notamment du christianisme et du judaïsme dans l'Antiquité.
Il affirme que « le miracle joue un rôle important dans la conversion au christianisme. Dès le déclenchement du processus de séparation entre les Judéens pharisiens et les Judéens chrétiens, les premiers se sont méfiés des derniers à cause de leurs pratiques magiques - la littérature rabbinique a conservé des témoignages de cette défiance ».
Des exégètes contemporains ont réfléchi sur l'historicité des miracles de Jésus comme John Paul Meier, né le 8 août 1942 dans le Bronx à New York et mort 18 octobre 20221 à South Bend dans l'Indiana, prêtre catholique américain de l'archidiocèse de New York, spécialiste en exégèse biblique. ou Craig S. Keener, né le 4 juillet 1960, pasteur baptiste, universitaire nord-américain, théologien, bibliste et professeur de Nouveau Testament au Asbury Theological Seminary,.
Ils se fondent sur le rôle des thaumaturges dans l'antiquité juive et le critère d'attestation multiple pour affirmer l'historicité de certains miracles tels que des guérisons ou des exorcismes, en prenant en compte les textes évangéliques qui les évoquent (sommaires évangéliques, récits de miracles, sentences de Jésus) et leur stratification (aspects théologiques, légendaires et faits bruts).
Dans le cadre de la troisième quête du Jésus historique, dont il est un exégète reconnu, John Paul Meier a réexaminé à l'aide des quatre grands critères exégétiques la question des miracles de Jésus dans son second livre « Un certain Juif Jésus »
Il distingue d'abord dans la notion de miracle trois niveaux de compréhension:
-1. Evènement inhabituel, étonnant ou extraordinaire susceptible d'être perçu par tout observateur intéressé et impartial.
-2. Evénement non susceptible d'explications rationnelles par les capacités humaines ou par des forces connues agissant dans le cadre spatiotemporel.
-3. Evénement résultat d'un acte divin particulier paraissant impossible et relevant donc d'une approche philosophico-théologique.
John Paul Meier conclut que « Jésus a bien accompli des actions considérées par lui et ses contemporains comme des miracles ». Et il ajoute plus loin : « Vu dans son ensemble, la tradition des miracles de Jésus est soutenue plus fermement par les critères d'historicité que ne le sont beaucoup d'autres traditions bien connues et acceptées sans problèmes ».
Pour Daniel Marguerat, né le 30 octobre 1943, à Lausanne, exégète et bibliste suisse, professeur émérite de théologie protestante de l'université de Lausanne,
« il s'est avéré que dans la variété de leurs motifs et de leurs personnages, ces récits se présentaient comme les variations infinies d'un même genre, stéréotypé, que l'on retrouve en abondance dans la culture gréco-romaine »
Il indique en ce sens « que le récit de miracle est un langage religieux connu de l'Antiquité, et qu'il est porteur d'une ambition bien plus forte que de rappeler un fait merveilleux du passé ; ce langage vit de protester contre le mal. »
Vivaldi: Gloria in D Major, RV 589 (Rev. Negri) – IV. Gratias agimus tibi - V. Propter magnam...
https://www.youtube.com/watch?v=7ndilCuqcWg
Nous te rendons grâce pour ton immense gloire
Quelle place les miracles occupent-ils dans la Bible ?
Jésus n’est ni le premier ni le seul à accomplir des miracles dans la Bible :
- Élie réveille un défunt (1 Rois 17,17),
- Moïse sépare les eaux de la mer Rouge (Exode 14)
- et même les pharisiens pratiquent des exorcismes (Matthieu 12,27).
- mais c’est bien la trentaine de guérisons effectuées par le Christ et rapportées dans les Évangiles qui constituent le socle de la pensée chrétienne sur le miracle.
Ces guérisons, Jésus ne les réalise pas tant pour prouver sa divinité que pour inviter la personne guérie à changer de vie.
Ainsi, dans le Nouveau Testament, tout miracle est le prélude à une conversion. Précisons toutefois que le Christ ne va pas chercher ces malades : le plus souvent, ce sont eux qui viennent à lui.
La confiance qu’ils manifestent envers Jésus, leur foi dans sa puissance de guérison, voilà ce qui les guérit.
C’est le sens de l’expression récurrente « ta foi t’a sauvé ».
Les miracles, Dieu dans la vie des hommes
À l’occasion d’un Pèlerinage national de Lourdes, où étaient attendues des milliers de personnes du 11 au 16 août 2017, le journal « La Croix » s’est penché sur les miracles, énigmes pour la science, aiguillons pour la foi.
Les guérisons inexpliquées apparaissent comme les miracles les plus fréquents : sur les 1.200 miracles reconnus par l’Église depuis quatre siècles, 1.100 sont des guérisons (et la centaine restante, des « faits merveilleux » divers). C’est ce qu’indique le Dictionnaire des miracles, précisant qu’il s’agit le plus souvent de cancers et de paralysies.
Phénomène continu à travers l’histoire, les guérisons miraculeuses auront été particulièrement nombreuses au XXe siècle (546 reconnues officiellement, contre 164 au XIXe). Cela s’explique notamment par la forte propension de Jean-Paul II à procéder à des béatifications et canonisations, pour lesquelles la présence de miracles est exigée.
Autrefois, quand l’homme ne pouvait concevoir un monde sans Dieu, le moindre événement paraissait lié à une intervention divine – une graine qui germe, une tempête qui s’apaise pendant une procession du Saint-Sacrement…
En mettant au jour les lois de la nature, la science a largement affecté le sens du mot miracle : pour beaucoup, celui-ci est devenu un phénomène que la science ne comprend certes pas encore, mais qu’elle ne renonce pas à expliquer un jour. La science parle alors de « phénomènes inexplicables en l’état de ses connaissances ».
Depuis les années 1970, des médecins s’interrogent sur les cas de « rémissions spontanées », souvent de cancers, et des universités du monde entier se sont mises à ouvrir des filières d’études thématiques sur la guérison.
D’autre part, la recherche scientifique a révélé une interdépendance désormais difficilement contestable entre le psychique et le somatique (l’esprit et le corps), ce qui affecte aussi la compréhension des phénomènes imprévisibles.
« La médecine positiviste du début du XXe siècle, avec ses énoncés sûrs et robustes, a cédé la place à une médecine plus relativiste, qui assume l’incertitude », note la sociologue Laëtitia Ogorzelec-Guinchard, auteur d’une thèse sur la reconnaissance des miracles de Lourdes.
Mais, paradoxalement, cette évolution n’a pas fait de bien aux miracles ces dernières années : il est devenu très difficile pour les médecins, à l’heure des maladies dégénératives où les rechutes succèdent aux améliorations, de formuler des conclusions « certaines et définitives » sur des guérisons.
Or c’est ce que leur demande l’Église, avec ses sept critères établis en 1734. Conséquence, seuls six miracles ont été reconnus à Lourdes en quarante ans.
Les miracles de Lourdes
Sur plus de 7000 dossiers de guérisons déposés à Lourdes depuis les apparitions, 70 cas ont à ce jour été reconnus miraculeux par l’Eglise. Plus de 80% des guérisons reconnues miraculeuses concernent des femmes. La plus jeune personne dont la guérison a été reconnue miraculeuse avait 2 ans.
La majorité des personnes a été guérie au contact de l’eau de Lourdes (50), la plupart aux piscines du Sanctuaire.
L’Église aime-t-elle les miracles ?
En la matière, l’Église a toujours fait preuve d’une grande prudence.
Dès le XIe siècle, le Magistère catholique exerce un droit de regard sur les miracles déclarés par les fidèles : se méfiant des supercheries, Rome réclame des enquêtes rigoureuses, des récits de témoins et, bientôt, des analyses médicales.
« Même la canonisation de saint Thomas d’Aquin au XIVe siècle posa difficulté ! souligne l’historien Patrick Sbalchiero. Il fallut mener deux enquêtes successives pour s’assurer de la factualité de ses miracles. La sainteté est devenue affaire juridique. »
Par la suite, l’Église durcit encore sa posture critique : au XIXe siècle, elle craint d’être taxée de naïveté face au rationalisme triomphant.
Alors que les miracles attirent plus que jamais les foules (notamment à Lourdes et à La Salette), l’institution ecclésiale cherche à canaliser l’afflux des masses et à éviter le désordre.
« À la fin du XIXe siècle, un nouvel ennemi est apparu en la personne de Jean-Martin Charcot, un médecin de la Salpêtrière qui soutenait que les guérisons miraculeuses relevaient en fait de l’hystérie, rappelle la sociologue Laëtitia Ogorzelec-Guinchard. C’est pour répondre à ces attaques que l’Église a créé le Bureau médical de Lourdes en 1883, toujours en place aujourd’hui. »
La sévérité de la procédure de reconnaissance décourage vraisemblablement, de nos jours, des « miraculés » potentiels, au grand dam de certains.
Le jésuite Guy Lepoutre, par exemple, juge ces précautions excessives : « Pourquoi les miracles devraient-ils être reconnus par l’Église hiérarchique ? L’Église, c’est nous tous, peuple de Dieu. Et le peuple de Dieu sent bien qu’il se passe des choses dans certaines assemblées de prière… Laissons le bon Dieu faire ce qu’il veut ! »
Vivaldi – Lauda Jérusalem – Orchestre et chœurs de Lausanne sous la direction de Michel Corboz https://www.youtube.com/watch?v=9jdyv0Iht0E&start_radio=1&t=6s
PSAUME 147 Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Quels sont les miracles d’aujourd’hui ?
Depuis 2005, le Comité médical international de Lourdes (Cmil) distingue trois types de guérisons : inattendues, confirmées, et miraculeuses au sens canonique.
Cet assouplissement permet d’échapper à certains critères établis en 1734, devenus obsolètes, comme la nécessité pour le patient de n’avoir subi aucun traitement, difficilement pensable au XXIe siècle…
Par ailleurs, les guérisons « psychiques » ou « intérieures » tendent à être plus valorisées qu’autrefois. Le docteur Patrick Theillier, ancien président du Bureau médical de Lourdes (3), voit en elles la « partie immergée de l’iceberg » : certes moins visibles, elles sont, selon lui, bien plus nombreuses, « et peut-être même plus importantes », que les guérisons physiques.
Le miracle est un signe rappelle le Pape François
Le dimanche 16 janvier 2022, pour la prière dominicale de l’Angelus, le pape a commenté le récit des noces de Cana, dans lequel Jésus transforme l’eau en vin.
L’Évangile de la liturgie de ce jour raconte l’épisode des noces de Cana, où Jésus transforme l’eau en vin pour la joie des mariés.
Et il conclut ainsi : « Ce fut le début des signes que Jésus accomplit ; il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui ». (Jn 2, 11). Nous remarquons que l’évangéliste Jean ne parle pas de miracle, c’est-à-dire d’un événement puissant et extraordinaire qui suscite l’émerveillement. Il écrit qu’à Cana, un signe se produit suscitant la foi des disciples. Nous pouvons alors nous demander : qu’est-ce qu’un « signe » selon l’Évangile ?
Un signe est une indication qui révèle l’amour de Dieu, c’est-à-dire qu’il n’attire pas l’attention sur la puissance du geste, mais sur l’amour qui l’a provoqué.
Il nous enseigne quelque chose de l’amour de Dieu, qui est toujours proche, tendre et compatissant.
Le premier signe se produit alors que deux jeunes mariés sont en difficulté le jour le plus important de leur vie. Au milieu du festin, il manque un élément essentiel, le vin, et la joie risque de s’éteindre au milieu des critiques et du mécontentement des invités.
Imaginez comment une fête de mariage peut se dérouler avec seulement de l’eau ! C’est terrible, la mauvaise impression que donneront les mariés !
(…) Il est beau de penser que le premier signe que Jésus accomplit n’est pas une guérison extraordinaire ou un miracle dans le temple de Jérusalem, mais un geste qui répond à un besoin simple et concret des gens ordinaires, un geste domestique, un miracle, disons, « sur la pointe des pieds », discret, silencieux. Il est prêt à nous aider, à nous relever. Et ainsi, si nous sommes attentifs à ces « signes », nous sommes conquis par son amour et devenons ses disciples.
(…) Je vous propose donc un exercice qui peut nous faire beaucoup de bien. Essayons aujourd’hui de fouiller dans nos souvenirs à la recherche des signes que le Seigneur a opérés dans ma vie. Chaque personne devrait dire : dans ma vie, quels signes le Seigneur a-t-il accomplis ? Quels indices de sa présence ?
Les signes qu’il a faits pour nous montrer qu’il nous aime ; pensons à ce moment difficile où Dieu m’a fait expérimenter son amour…
Et demandons-nous : avec quels signes discrets et attentionnés m’a-t-il fait sentir sa tendresse ? Quand ai-je senti le Seigneur le plus proche de moi, quand ai-je senti sa tendresse, sa compassion ? Chacun d’entre nous, dans son histoire, a connu de tels moments. Allons chercher ces signes, rappelons-nous.
Chants grégoriens pour la guérison intérieure