À la « Free Clinic », je donnais des consultations juridiques gratuites dans sa « Boutique de droit », tandis que le Docteur Jean-Pierre Jacques, médecin généraliste soignait des toxicomanes.
Nous nous sommes rendus compte qu’ils nécessitaient des soins et une prise en charge psycho-sociale et juridique spécifiques dans une structure indépendante.
C’est ainsi que nous avons créé le « Projet Lama » qui a donné ses premières consultations en 1983. Son nom vient du LAAM (lévo-alpha-acétyl-méthadol), produit de substitution dont nous n’avons malheureusement pas obtenu la licence, ce qui obligea le centre à se rabattre sur la méthadone, opiacé de synthèse utilisé dans le traitement de la dépendance à l’héroïne ou à d’autres opiacés.
Elle permet aux personnes dépendantes aux opiacés illicites de mettre fin à leur consommation, sans ressentir les signes du manque, et de réduire les risques liés à leur dépendance.
La méthadone protège l’usager des risques infectieux liés à l’injection. De plus, le traitement facilite l’accès à l’aide médicale, psychologique et sociale, dont l’usager a besoin, et améliore sa qualité de vie et ses chances de réinsertion.
Les équipes pluridisciplinaires du Projet Lama proposent à tout usager de drogue, qui s’y présente, un bilan approfondi de sa situation globale : sociale, psychologique, médicale. Il s’agit de définir une modalité de prise en charge adaptée à chaque situation particulière, soit dans un des sites du centre (suivi ambulatoire pluridisciplinaire, traitements de substitution), soit vers une structure plus adaptée (hôpital, centre de postcure, centre de jour …).
Afin d'aider les héroïnomanes à décrocher progressivement, il a fallu se battre durant de nombreuses années pour qu’un médecin de la prison puisse enfin prescrire un traitement de substitution à la méthadone ou au Subutex®. Jusque-là, les sevrages brusques infligés au détenus toxicomanes étaient atroces.
Un toxicomane en traitement à la méthadone, par exemple au « Projet Lama », qui se retrouve en prison, quelle qu’en soit la raison, peut ainsi s’adresser au personnel médical pour poursuivre son traitement.
Dans ses trois centres de consultations ambulatoires, à Ixelles, Anderlecht et Molenbeek, le « Projet Lama » propose des suivis médico-psycho-sociaux pour des personnes souffrant d’addictions, un accueil, un accompagnement thérapeutique (individuel, de couple ou familial), social et médical à bas-seuil d’accès. Son approche est fondée sur le respect de la personne, le soutien de son autonomie, de sa responsabilité et de sa citoyenneté.
Ses équipes mobiles mettent en place des accompagnements mobiles ainsi qu’une veille sanitaire pour le secteur du sans-abrisme.
Conscient de ce que les hébergements et le logement sont un déterminant majeur de la santé, avec son centre « Hestia », développe des solutions adaptées aux besoins des personnes vulnérables.
D’autres initiatives sont à remarquer. La prison de Lantin accueille ainsi dans ses murs deux projets distincts spécialisés dans le traitement des assuétudes.
Le premier « Step By Step ». À l’origine, en 2011, il s’agissait d’un projet pilote fédéral financé par le SPF Justice pour une durée de cinq ans. Il a redémarré, en 2017, sous l’impulsion de la « Fédito wallonne », Fédération wallonne des Institutions pour toxicomanes, asbl qui rassemble 28 institutions actives à Bruxelles, dans l'information, la prévention, la réduction des risques, les soins, l'accompagnement et l'épidémiologie relatives aux consommations de substances psychoactives (alcool, tabac et autres drogues) et aux addictions (avec ou sans produit).
Ce projet s’adresse à toute personne dépendante, incarcérée à la prison de Lantin, qui souhaite avoir accès aux services d’aide spécialisés (information, orientation, accompagnement, etc.).
Le second, lui, s’appelle « Macadam ». Ce projet pilote, « Drogues & Détention – MACADAM », a été lancé fin 2017 par la Ministre fédérale de la Santé Publique dans les trois prisons belges de Lantin, Andenne et Leuze-en-Hainaut. L’objectif étant de développer un modèle de prise en charge des personnes détenues présentant une problématique liées aux drogues.
Il existe également des Services Spécialisés en Toxicomanie que les détenus peuvent contacter, soit via un billet de rapport, une lettre, un formulaire de contact ou par téléphone en s’adressant à « CAP-ITI - Centre d’Accueil Post pénitentiaire – Information Toxicomanes Incarcérés ». C’est un Centre de consultations psychosociales pour usagers de produits incarcérés, dans les prisons de Ittre, Saint-Gilles et Haren, ou pour sortant de prison. En prison, il donne des information sur les cures et les prises en charge, et prépare à la sortie. Il offre un soutien durant l’incarcération et un premier contact en vue d’un suivi à la sortie de prison.
Il est loin le temps ou un président de chambre correctionnelle à Bruxelles motivait ses jugements par ces mots : « Attendu que la toxicomanie résulte d’un choix comportemental ». Le malade, qui se meurt d’un cancer des poumons, n’a pas choisi de mourir ainsi parce qu’il a fumé du tabac toute sa vie.
Il est essentiel de comprendre qu’un toxicomane est un malade, qui a un besoin vital d’être soigné, et non pas un délinquant ou un criminel.