Organisme agréé d’insertion socio-professionnelle et d’éducation permanente en prison
Notre public est privé de la liberté de sortir, mais pas de celle d'apprendre, d'imaginer, de créer.
Multiplier les compétences scolaires et sociales des détenu·es, mais aussi agir sur leurs imaginaires, sur le regard qu’ils/elles portent sur eux-mêmes et sur la société pour écarter ensemble les barreaux de l'ignorance.
À l'époque de la fondation de l’ADEPPI, en 1981, plus aucune formation n'était organisée en prison, malgré la demande des détenus : les postes d’instituteurs, prévus auparavant par l’administration pénitentiaire, n’étaient plus remplacés.
L’ADEPPI a alors été créée à l'initiative privée de travailleurs associatifs actifs dans la lutte contre l’exclusion sociale, dont certains avaient déjà une expérience de travail en milieu carcéral (principalement via l’asbl INFOR-JUSTICE - aujourd’hui SSM Prison asbl), dans le but d’avoir une équipe qui s’occuperait exclusivement de l’éducation et de la culture au sens large en prison.
La directrice emblématique de l’asbl INFOR-JUSTICE, Françoise Weiss, visitait régulièrement des détenus de la prison centrale de Louvain, condamnés à de longues peines. Elle allait chercher des disques classiques à la Bibliothèque Nationale de Louvain (qui deviendra la Médiathèque de la Communauté Flamande), où elle était guidée dans ses choix par sa responsable, Fabienne Simons. Chargée comme un mulet, elle les apportait aux détenus.
En 1980, trois travailleurs CST (Cadre Spécial Temporaire) sont engagés à INFOR-JUSTICE pour mettre sur pied un projet d’éducation permanente en milieu carcéral. Parmi eux, Jacqueline Rousseau. Au début, il s’agit de prêts de cassettes audio, de disques et de livres pour les détenus des prisons de Nivelles et de Marneffe, grâce à des accords de collaboration avec la « Discothèque Nationale » de Uccle.
Avec Jacqueline Rousseau et des amis avocats, nous avons mis sur pied une asbl, l’ADEPPI. Le 13 novembre 1981, paraissent au Moniteur ses statuts. Pierre Vermeylen, ancien Ministre de la Justice est le Président de l’association. Dans ses statuts, il est stipulé que l’ADEPPI a pour but de : « Promouvoir l’accès à la culture et à l’éducation permanente pour les personnes incarcérées. Promouvoir l’insertion socio-professionnelle par l’organisation de formations pré-qualifiantes et qualifiantes. Promouvoir l’information relative à l’éducation permanente et aux formations en milieu carcéral auprès de toute personne concernée. »
Dès le début, et jusqu’à aujourd’hui, l’Atelier se réclame de l’autogestion, à l’époque bien dans l’air du temps, et l’applique aussi bien que possible. Ni chefs ni sous-fifres ; à l’Adeppi aussi, on vote, les décisions sont réfléchies et prises collégialement.
« L'Atelier d'éducation permanente pour personnes incarcérées » entrait en prison pour la première fois en novembre 1981. Plus de quarante ans après, l'ADEPPI est plus que jamais présente, avec cahiers et stylos, dans 11 établissements pénitentiaires de Wallonie et de Bruxelles.
Co-fondatrice, Présidente d’honneur de l'association et toujours enseignante en prison, Jacqueline Rousseau a été la lauréate francophone du prix de la Citoyenneté 2010 de la Fondation P & V. « Pour nous, la nécessité d'enseigner en prison est une évidence parce que le niveau scolaire général y est vraiment très bas. Dans la plupart des cas, les détenus viennent de familles très pauvres et leur parcours scolaire a été un échec. Nous avons des élèves qui ont fini le secondaire inférieur mais qui ont, en fait, un niveau qui n'est même pas celui du primaire », explique-t-elle.
Le constat est le même pour la filière professionnelle. « Beaucoup ont des difficultés pour écrire correctement et calculer. Pour comprendre ce qu'ils écrivent, il faut décrypter, lire à voix haute. On imagine mal qu'ils puissent rédiger un CV et postuler un emploi. » D'autant que le passé professionnel des détenus est souvent fait de petits boulots au noir. Beaucoup n'ont eu que des activités non déclarées et n'ont donc pas droit au chômage. « Si on envisage l'incarcération comme un moment de réhabilitation et si on ne veut pas faire des détenus des emmurés vivants. L'éducation et la culture entrent forcément en ligne de compte », ajoute Jean-Pierre Degreef, ancien coordinateur de l'ADEPPI.
L'association ne donne pas de formations professionnelles, mais plutôt des outils qui peuvent mener les élèves vers une formation qualifiante. « On fait des remises à niveau en français, en mathématiques. On organise aussi des cours de gestion et d'informatique. On essaie de donner quelques bases indispensables. »
Co-fondateur, j’ai été membre du conseil d’administration depuis sa création et président de 2006 à 2024.
Annick Hovine écrivait dans La Libre Belgique du 1er décembre 2010 :
L’asbl a été créée en 1981 et organise des cours et des activités culturelles en prison, plus précisément dans les maisons d’arrêt de Saint-Gilles, Berkendael et Forest (remplacées en 2022 par la prison de Haren), à Bruxelles, et dans les prisons de Ittre, Nivelles, Mons, Tournai, Namur, Andenne, Huy et Marneffe en Wallonie.
L’équipe pluridisciplinaire est composée d’une trentaine de travailleurs (26 équivalents temps plein).
L’ADEPPI propose des entretiens d’évaluation des compétences pédagogiques, d’orientation et d’information sur les cours proposés en prison afin de déterminer un parcours de formation cohérent. L’association dispense différents cours généraux (alphabétisation, français, français-langue étrangère, mathématiques, culture générale : sciences-histoire-géographie, éducation sociale, néerlandais, anglais, informatique et gestion). Certains modules se donnent en partenariat avec des écoles de promotion sociale qui organisent des formations professionnelles (cuisine, électricité, horticulture, …), d’autres aboutissent à l’obtention du Certificat d’Etude de Base (délivrés par les inspecteurs de l’enseignement primaire de la Communauté française), d’autres permettent de se préparer à poursuivre des études dans des formations qualifiantes, ou de suivre les cours à distance de la Communauté française, …
L’asbl est présente dans le domaine culturel, en collaboration avec des professionnels: ateliers d’art graphique, d’écriture, récits de vie, journal des détenus, ateliers musicaux, théâtraux, réalisation de films, …
Jacqueline Rousseau, comment est né l’ADEPPI ?
« Dès le milieu des années '70, j’ai travaillé à Infor-Justice, une asbl qui a un objectif social; j’ai commencé à voir des détenus pour des entretiens sociaux. Nous nous sommes rendus compte qu’il n’existait pas de service qui puisse répondre à des demandes de formation ou d'activités culturelles. Nous apportions des livres, de la lecture… L’équipe d’Infor-Justice s’est dit qu’il serait intéressant de créer une équipe qui s’occuperait exclusivement de l’éducation et de la culture au sens large en prison. »