L’élection du nouveau Pape permet d’espérer que l’Église catholique romaine abandonnera ses multiples condamnations, notamment à « l’Enfer » et « la damnation éternelle ».
L’ « Abrégé du Catéchisme de l’Église catholique », paru aux Éditions Fidélité à Namur en 2005, dans ses réponses aux questions 212 et 213, 291, 395, 492, 497 à 499, prononce une série impressionnante de condamnations, pour des actes dits immoraux et considérés comme des péchés, dont la plupart sont régulièrement commis par l’immense majorité des Chrétiens.
492. Quels sont les principaux péchés contre la chasteté ?
Sont des péchés gravement contraires à la chasteté, chacun selon la nature de son objet : l’adultère, la masturbation, la fornication, la pornographie, la prostitution, le viol, les actes homosexuels. Ces péchés sont l’expression du vice de la luxure. Commis sur des mineurs, de tels actes sont un attentat encore plus grave contre leur intégrité physique et morale.
497. Quand la régulation des naissances est-elle morale ?
La régulation des naissances, qui représente un des aspects de la paternité et de la maternité responsables, est objectivement conforme à la morale quand elle se vit entre les époux sans contrainte extérieure, ni par égoïsme, mais pour des motifs sérieux et par des méthodes conformes aux critères objectifs de moralité, à savoir par la continence périodique et le recours aux périodes infécondes.
498. Quels sont les moyens de régulation des naissances qui sont immoraux ?
Est intrinsèquement immorale toute action – comme, par exemple, la stérilisation directe ou la contraception – qui, en prévision de l’acte conjugal ou dans sa réalisation ou encore dans ses conséquences naturelles, se propose, comme but et comme moyen, d’empêcher la procréation.
499. Pourquoi l’insémination et la fécondation artificielles sont-elles immorales ?
Elles sont immorales parce qu’elles dissocient la procréation de l’acte par lequel les époux se donnent l’un à l’autre, instaurant de ce fait une domination de la technique sur l’origine et la destinée de la personne humaine. En outre, l’insémination et la fécondation hétérologues, par le recours à des techniques qui font intervenir une personne étrangère au couple, lèsent le droit de l’enfant à naître d’un père et d’une mère connus de lui et liés entre eux par le mariage et ayant le droit exclusif de ne devenir parents que l’un par l’autre.
Ainsi, une première lecture fait découvrir, avec une certaine incompréhension, que vivent dans le péché les couples engagés en dehors des liens du mariage religieux, les divorcés remariés, les couples homosexuels qui ont des relations sexuelles, les couples qui utilisent des moyens contraceptifs, déclarés non naturels, ou la stérilisation directe, ceux qui font appel à l’insémination ou la fécondation artificielles, et même les personnes, notamment les jeunes, qui pratiquent la masturbation.
Cela, sans compter l’avortement, que ce soit suite à un viol ou à la découverte d’un handicap extrêmement grave et profond pour l’enfant à naître, et l’euthanasie malgré les souffrances physiques ou psychiques inapaisables de ceux qui la demandent.
Ce Catéchisme ne précise pas explicitement quels sont les péchés mortels mais parle de « péchés gravement contraires à la chasteté » et d’« actions intrinsèquement immorales. » Nombre de chrétiens sont déclarés vivre en état de péché mortel et être condamnés à la damnation éternelle s’ils meurent dans cet état sans s’être repentis.
395. Quand commet-on le péché mortel ?
On commet le péché mortel quand il y a à la fois matière grave, pleine conscience et propos délibéré. Le péché mortel détruit en nous la charité, nous prive de la grâce sanctifiante et conduit à la mort éternelle de l’enfer s’il n’y a pas de repentir.
Il est pardonné ordinairement par les sacrements du Baptême, de la Pénitence ou Réconciliation.
Pour qu’un péché soit mortel, il faut donc « une matière grave, la pleine conscience et le propos délibéré » ou le total consentement. Et pour être livré à la damnation éternelle, il faut mourir en ayant « librement choisi » d’être en état de péché mortel.
212. En quoi consiste l’enfer ?
Il consiste dans la damnation éternelle de ceux qui, par libre choix, meurent en état de péché mortel. La peine principale de l’enfer est la séparation éternelle de Dieu. C’est en Dieu seul que l’homme possède la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire. Le Christ exprime cette réalité par ces mots : « Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel » (Mt 25, 41).
213. Comment concilier l’existence de l’enfer et l’infinie bonté de Dieu
S’il veut que « tous parviennent au repentir » (2 P 3, 9), Dieu a toutefois créé l’homme libre et responsable, et il respecte ses décisions. C’est donc l’homme lui-même qui, en pleine autonomie, s’exclut volontairement de la communion avec Dieu, si, jusqu’au moment de sa mort, il persiste dans le péché mortel, refusant l’amour miséricordieux de Dieu.
De plus, le même abrégé du Catéchisme prescrit des interdictions de communier à tous ceux qui ont commis un péché mortel et qui ne se sont pas confessés, notamment les divorcés remariés et les homosexuels.
291. Qu’est-il exigé pour recevoir la Communion ?
Pour recevoir la Communion, il faut être pleinement incorporé à l’Église catholique et être en état de grâce, c’est-à-dire sans conscience d’avoir commis de péché mortel. Celui qui est conscient d’avoir commis un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d’accéder à la Communion.
Le Cardinal Walter Kasper, a écrit un livre de théologie « La Miséricorde - Notion fondamentale de l’Evangile - Clé de la vie chrétienne », très apprécié par le Pape François qui en a fait l’éloge lors de son premier angélus, place Saint-Pierre, le 17 mars 2013. Il a été traduit en français et publié aux Editions des Béatitudes, dans la collection « Théologia », en avril 2015. Il y écrit notamment (pp. 166 et 167) que « la critique la plus grave qui puisse atteindre l’Église, nous l’avons dit, est le reproche que souvent, apparemment, peu d’actes suivent ses paroles, qu’elle parle de la miséricorde de Dieu alors que beaucoup la perçoivent comme rigoriste, dure et sans miséricorde. De telles accusations s’élèvent par exemple lorsqu’il est question de divorcés-remariés ou de ceux qui ont quitté l’Église (…) ou encore de personnes qui, dans leur vie, ont connu des ruptures ou des échecs » (…) « Si l’Église veut non seulement annoncer , mais aussi vivre le message de Jésus – la miséricorde du Père et sa sollicitude à l’égard des marginaux – alors elle ne doit pas éviter ceux que, aujourd’hui comme hier, on ne compte pas parmi ceux qui fréquentent les églises »
Après la déclaration Fiducia supplicans, qui ouvrait, en 2023, la possibilité de bénir des couples de même sexe dans un contexte non liturgique, plusieurs cardinaux et certaines Conférences épiscopales, notamment en Afrique, se sont vivement insurgés contre ce que le cardinal guinéen Robert Sarah a qualifié d’ « hérésie qui mine gravement l'Église, Corps du Christ, parce que contraire à la foi catholique et à la Tradition. »
Le journal La Presse de Montréal, du 9 juin 2025, rapporte qu’Alexis Musanganya, Rwandais d'origine et fondateur d'Arc en ciel d'Afrique, déclare qu’« Il y a dans notre culture un déni complet de cette réalité. D'ailleurs, les rares fois où on en parle, c'est pour dire que c'est une maladie de Blancs ! »
Le journal La Croix a publié, le 9 mai 2025, un article dans lequel il rapporte que le futur Léon XIV, lors d’un point presse en marge du Synode, en octobre 2024, a déclaré ceci, à propos de la déclaration Fiducia supplicans : « Les différences culturelles peuvent être l’une des raisons pour lesquelles chaque conférence épiscopale doit disposer d’une certaine autorité pour déterminer comment comprendre cela dans la réalité concrète dans laquelle nous vivons chacun ». Il a ainsi plaidé pour une forme de décentralisation synodale du pouvoir romain, adapté aux réalités locales. Une position médiane qui traduit probablement sa conscience des réalités pastorales contrastées à travers le monde. Cette position traduit sa vision d’une Église universelle mais non uniforme, capable d’équilibre entre principes doctrinaux communs et applications pastorales adaptées. Une ligne qui pourrait définir son approche globale face aux tensions géographiques et idéologiques traversant l’Église catholique.
Le verso du livre d’entretien entre le Pape François et Andra Tornielli « Le nom de Dieu est Miséricorde » paru aux Éditions Robert Laffont et Presses de la Renaissance, à Paris en 2016, reprend une de ses affirmations en guise d’exergue : « L’Église n’est pas là pour condamner mais pour permettre la rencontre avec cet amour viscéral qu’est la miséricorde de Dieu ». Il le répétera dans sa conversation avec Andrea Tornielli : « Aucun péché humain, aussi grave soit-il, ne peut prévaloir sur la miséricorde, ou la limiter » (idem, page 73). Puisse-t-il être entendu par ses successeurs.