La question est très controversée … !
Les Catholiques l’affirment mais tant les Protestants que les Orthodoxes n’y croient pas.
Que disent du Purgatoire, la Bible, l’Ancien et le Nouveau Testament ?
Ni l’Ancien Testament ni le Nouveau ne disent un mot du Purgatoire.
Il n’y est fait aucune allusion.
Jésus n’en n’a jamais parlé.
Les Catholiques
se fondent sur une interprétation discutée d’un texte situé en dehors du canon hébraïque, parmi les livres deutérocanoniques ou apocryphes, dans le second livre des Maccabées au chapitre 12, versets 38 à 46 :
38 Ensuite, Judas regroupa son armée et gagna la ville d’Odollam. Comme c’était le septième jour de la semaine, ils se purifièrent, selon la coutume, et célébrèrent le sabbat en ce lieu.
39 Le lendemain, alors qu’il était devenu grand temps de le faire, les hommes de Judas vinrent enlever les corps de ceux qui avaient succombé dans la bataille, afin de les déposer avec leurs proches dans les tombeaux de leurs pères.
40 Or, ils trouvèrent sous la tunique de chacun des morts des objets consacrés aux idoles de Jamnia, ce que la Loi interdit aux Juifs. Il fut évident pour tous que c’est pour cette raison qu’ils avaient succombé.
41 Tous bénirent donc la conduite du Seigneur, le juge impartial qui rend manifestes les choses cachées.
42 Puis, ils se répandirent en supplications pour demander que le péché commis soit entièrement effacé. Le noble Judas exhorta la troupe à se garder de tout péché, ayant sous les yeux le malheur de ceux qui avaient succombé pour avoir commis cette faute.
43 Il organisa une collecte auprès de chacun et envoya deux mille pièces d’argent à Jérusalem afin d’offrir un sacrifice pour le péché. C’était un fort beau geste, plein de délicatesse, inspiré par la pensée de la résurrection.
44 Car, s’il n’avait pas espéré que ceux qui avaient succombé ressusciteraient, la prière pour les morts était superflue et absurde.
45 Mais il jugeait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui meurent avec piété :
46 c’était là une pensée religieuse et sainte. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d’expiation, afin que les morts soient délivrés de leurs péchés.
Dans ce passage, Judas Maccabée, un prêtre juif, organise ainsi une collecte afin de pouvoir offrir un sacrifice expiatoire pour les péchés des soldats juifs morts au combat qui portaient sur eux des objets consacrés aux idoles et étaient morts en ayant gravement péché contre l’Eternel.
Le catéchisme publié par la Conférence des évêques de France en 1991 avec l'approbation du Saint-Siège indique :
« Pour parvenir à cette contemplation de Dieu, une "étape" de purification, appelée purgatoire, peut être nécessaire.
Il ne s'agit ni d'un lieu, ni d'un temps ; on peut parler plutôt d'un état. En tout cas, le purgatoire, qui est bien une peine, n'est pas à concevoir comme une punition par laquelle Dieu se vengerait en quelque sorte de nos infidélités.
La communion avec Dieu, dans laquelle nous introduit la mort, nous fait prendre conscience douloureusement de nos imperfections et de nos refus d'aimer, et du besoin de nous laisser purifier par la puissance salvatrice du Christ. [...]
C'est Dieu lui-même qui purifie et transforme.
Mais la Tradition de l'Église catholique affirme que ceux qui sont au purgatoire bénéficient des prières et des supplications adressées en leur faveur à Dieu par leurs frères, et aussi de l'intercession des saints déjà introduits dans la béatitude de la vision de Dieu. »
La tradition catholique en a fait, pendant plusieurs siècles, l’objet de sa prédication en amplifiant l’interprétation par des descriptions exagérées si bien que, pendant longtemps, la vie des catholiques a été déterminée par la peur et non pas par l’amour.
Ainsi les écrits de Sœur Faustine, (1905-1938), religieuse polonaise, dont les écrits ont été condamnés dans un premier temps par le Saint Office, et qui a finalement été canonisée sur l’insistance de Jean-Paul II.
« Je me trouvais dans un endroit enfumé, rempli de flammes, où se trouvaient une multitude d’âmes souffrantes qui prient avec ferveur, mais sans efficacité pour elles-mêmes ; nous seuls pouvons les aider. Les flammes qui les brûlaient ne me touchaient pas. Mon ange gardien ne me quittait pas un seul instant.
Et je demandais à ces âmes, quelle était leur plus grande souffrance. Elles me répondirent d’un commun accord que c’était la nostalgie de Dieu. J’ai vu la Sainte Vierge, visitant les âmes au purgatoire. Elles l’appellent « Étoile de la mer ». Elle leur apporte du soulagement. Je voulais encore leur parler, mais mon ange gardien m’avait déjà donné le signal du départ. Nous sortions de cette prison de douleurs quand Dieu a dit : « Ma Miséricorde ne veut pas cela, mais la justice l’exige ». »
Ces visions rejoignent celles de Maria Valtora (1897-1961), mystique auteure du livre « L’Évangile tel qu’il m’a été révélé », qui évoque des scènes de la vie du Christ qu’elle dit recevoir par visions.
Ces textes doivent être pris avec précaution : en 1993, à l’initiative du cardinal Ratzinger et de la Congrégation pour la doctrine de la foi, la Conférence des évêques italiens demande à l’éditeur de Maria Valtorta de publier un démenti à l’intérieur des volumes :
« qui indique clairement, dès la toute première page, que les “visions” et les “dictées” auxquelles il est fait allusion sont simplement des formes littéraires utilisées par l’auteur pour raconter la vie de Jésus à sa manière. Elles ne peuvent être considérées comme étant d’origine surnaturelle. »
Il me semble, personnellement, que ce démenti aurait également dû être indiqué dans les écrits de Sœur Faustine, dont les visions terrifiantes de l’Enfer et du Purgatoire sont clairement des formes littéraire et non le compte rendu fidèle de sa visite de l’Enfer sous la conduite de son ange gardien.
Personne n’a jamais prétendu non plus que L’Enfer, première partie de la Divine Comédie de Dante Alighieri, né entre la mi-mai et la mi-juin 1265 à Florence et mort le 14 septembre 1321 à Ravenne, qui décrit la descente aux enfers, accompagné de Virgile, superbement illustrée par Gustave Doré en 1861, était un compte rendu fidèle d’une visite des lieux par les deux poètes.
Professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris-1 Panthéon Sorbonne et spécialiste d'histoire des religions, Guillaume Cuchet a soutenu en 2002, une thèse sur l’histoire du purgatoire entre 1850 et 1935.
L’historien avance l’idée que le purgatoire n’a « jamais été aussi populaire qu’au XIXe siècle » avant de pratiquement disparaître complètement dans la dernière moitié du XXe siècle, un phénomène qu’il qualifie « d’affaissement passablement brutal ».
Sa thèse consiste en une étude des causes et des caractéristiques de cette recrudescence puis des modalités de sa quasi-disparition
Dans l’ouvrage « Le purgatoire. Fortune historique et historiographique d'un dogme », paru à Paris, EHESS, dans la coll. « En temps & lieux », en 2012 sous la direction de Guillaume Cuchet, il écrit :
« Il apparaît que les peines purgatoires ne semblent plus se réaliser depuis le second XXe siècle dans l’au-delà mais bien sur terre, dans la vie, par les nouvelles douleurs qu’a pu apporter la modernité (on pense notamment au déclin successif des prières pour les morts après les deux Guerres mondiales) mais également par la prolongation de la période de vieillissement, apportant son cortège de maladies, de souffrances physiques et morales.»
Les protestants suivent l’enseignement de Luther qui finit par rejeter le purgatoire
Lorsque Luther rédige ses 95 thèses en 1517, il croit fermement au purgatoire.
En 1521, il écrivit que la croyance au purgatoire était une question de choix personnel, mais déclara qu'il continuait personnellement à croire au purgatoire.
À partir de 1522, il commença à exprimer des doutes sur la doctrine et retira une prière pour les âmes du purgatoire de son livre de prières en 1524.
En 1528, Luther rejeta explicitement l'idée du purgatoire pour la première fois, position qu'il occupa apparemment jusqu'à sa mort.
Dans Défense et explication de tous les articles (1521), Luther avait écrit :
L'existence d'un purgatoire, je ne l'ai jamais niée. Je maintiens toujours qu'il existe, comme je l'ai écrit et admis à plusieurs reprises, bien que je n'aie trouvé aucun moyen de le prouver de manière irréfutable à partir de l'Écriture ou de la raison. Je trouve dans les Écritures que Christ, Abraham, Jacob, Moïse, Job, David, Ézéchias et quelques autres ont goûté l'enfer dans cette vie. Je pense que c'était le purgatoire... bref, j'en suis moi-même arrivé à la conclusion qu'il y a un purgatoire, mais je ne peux forcer personne d'autre à arriver au même résultat.
Mais, Martin Luther a fini par rejeter le purgatoire. Sa principale objection, qui a officiellement lancé la Réforme protestante en 1517, était dirigée contre les abus dans l'église en général et la vente d'indulgences en particulier.
Lorsqu'il a écrit sur les indulgences, il a déclaré:
« Il n'y a aucune autorité divine pour prêcher que l'âme s'envole du purgatoire dès que l'argent tinte au fond du coffre »
Pour Jean-Marc Tétaz, théologien et philosophe, professeur invité à l’Institut protestant de théologie à Paris,:
« L’idée de purgatoire est inadmissible »
Pour un protestant, l’idée de purgatoire est inadmissible. Pour trois raisons au moins.
D’abord, l’idée d’un purgatoire repose sur une conception du péché comme souillure morale dont il conviendrait de se purifier.
Or la théologie de la Réforme n’a eu de cesse de rappeler que le péché n’est pas une faute morale, mais une révolte fondamentale contre Dieu.
Contrairement aux apparences, croire au purgatoire, c’est donc ne pas prendre le péché au sérieux! Mais c’est aussi ne pas prendre au sérieux les promesses de salut de l’Evangile.
Si Dieu pardonne le péché de celui qui croit, comment admettre qu’il puisse encore être nécessaire de subir dans l’au-delà une douloureuse purification? En maintenant l’idée du purgatoire, l’Eglise (catholique) romaine démontre, si besoin était, que le catholicisme ne partage pas la conception protestante du péché et de la justification.
Ensuite, la notion de purgatoire est solidaire de pratiques de piété qui reconnaissent un pouvoir salvifique aux œuvres pieuses. Pas d’indulgences sans purgatoire, puisque l’indulgence a pour effet de diminuer la durée de l’expiation imposée à l’âme souillée!
Faut-il rappeler que ce sont justement les indulgences qui provoquèrent les véhémentes protestations de Luther dans ses célébrissimes 95 thèses de 1517?
Mais toutes les pratiques pénitentielles obéissent à la même logique. Rejeter le purgatoire, c’est d’un même geste récuser des pans entiers de la piété catholique.
Enfin, le purgatoire est inséparable d’une conception de l’homme inspirée par la philosophie d’Aristote. Dans ce cadre, l’âme est la réalité sur laquelle repose l’identité de l’individu; on peut donc châtier l’âme pour purifier l’être humain.
Cette conception de l’âme, la théologie de la Réforme l’a rejetée avec la dernière énergie. Elle est par ailleurs totalement étrangère à la réflexion moderne sur l’homme. Le purgatoire appartient à une mythologie d’un autre temps, dont le protestantisme a bien fait de se débarrasser dès le XVIe siècle.
Pour les Orthodoxes, le Purgatoire n’existe pas
L'archimandrite Placide, né René Jean Emile Deseille, le 16 avril 1926 à Issy les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) et mort le 7 janvier 2018 à Romans-sur-Isère (Drôme), est un moine et théologien orthodoxe français.
Il explique que selon la théologie orthodoxe, après la mort du corps l'âme reste consciente, vivante, et reste deux jours à errer sur la terre dans les lieux où elle a vécu.
Le troisième jour, elle passe par les postes de péage :
« Ainsi, pendant les quarante jours qui précèdent l’attribution à l’âme du défunt de ce qui sera son séjour provisoire jusqu’à la Parousie, les démons présentent tout ce qu’elle a pu commettre comme fautes durant sa vie terrestre ; son seul recours est alors le repentir qu’elle a manifesté pour les péchés qui lui sont reprochés, les bonnes œuvres qu’elle a accomplies durant sa vie terrestre et l'intercession de l’Église et des saints. La prière pour les défunts revêt ainsi, dès le moment de leur mort, une grande importance ; elle protège l’âme et la défend contre les entreprises des démons. »
L'existence des péages est cependant contestée par certains théologiens orthodoxes.
Une question qui divise les Chrétiens
Ce que les protestants et les Eglises d’Orient contestent, c’est l’idée que notre foi ne nous sauve pas complètement.
N’est-il pas écrit que Dieu nous a fait revivre avec le Christ et qu’Il nous a pardonné toutes nos fautes (Lettre de Paul aux Colossiens 2, 12-14) ?
12 ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l'a ressuscité des morts.
13 Vous qui étiez morts par vos offenses et par l'incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses;
14 il a effacé l'acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l'a détruit en le clouant à la croix;…
N’est-il pas écrit que « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi » (Lettre de Paul aux Ephésiens, chapitre 2, versets 1 à 9)
01 Et vous, vous étiez des morts, par suite des fautes et des péchés
02 qui marquaient autrefois votre conduite, soumise aux forces mauvaises de ce monde, au prince du mal qui s’interpose entre le ciel et nous, et dont le souffle est maintenant à l’œuvre en ceux qui désobéissent à Dieu.
03 Et nous aussi, nous étions tous de ceux-là, quand nous vivions suivant les convoitises de notre chair, cédant aux caprices de la chair et des pensées, nous qui étions, de par nous-mêmes, voués à la colère comme tous les autres.
04 Mais Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés,
05 nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés.
06 Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus.
07 Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.
08 C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.
09 Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil.
Enfin, Jésus- Christ, cloué sur la Croix, ne pardonna-t-il pas tous ses crimes au « Bon Larron », (du latin latro, « brigand »), en lui promettant qu’il sera avec lui le jour même au Paradis ?
Il ne lui dit pas qu’il devait d’abord se purifier au Purgatoire de tous ses péchés !
Le « Bon Larron », en quelques mots, s’est repenti de tous ses crimes et il est entré au paradis le jour-même, devenant le premier Saint de l’histoire de la chrétienté.
C’est ce que raconte l’évangile de Luc, au chapitre 23, versets 39 à 43 :
39 L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! »
40 Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
41 Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
42 Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. »
43 Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Dans la croix orthodoxe russe, la barre transversale inférieure inclinée représente non seulement le repose-pied mais aussi la balance de justice qui, selon les textes liturgiques orthodoxes, entraîne vers le bas le Mauvais Larron envoyé aux enfers et vers le haut le bon Larron allégé de ses fautes.
La médiéviste Sophie Laurant, sur le site de « Pèlerin », a rapporté le 23 janvier 2019, qu’elle avait découvert un texte, rédigé par un homme exécuté à Florence à la fin du XIVe siècle, qui avait laissé de l’argent pour qu’on peigne une image du bon larron sur un pilier de l’église d’Orsanmichele,
« afin que celui-ci prie Dieu de montrer à son égard, lors de son dernier souffle, la même miséricorde qui avait fait du bon larron un bienheureux ».
Cela pourrait être notre prière au seuil de la mort.