Selon le dictionnaire Le Petit Robert (édition 2003), ce terme vient du latin peccatum, qui signifie faute, erreur.
C’est, nous dit le dictionnaire , un « un acte conscient par lequel on contrevient aux lois religieuses, aux volontés divines ».
Le péché est une transgression de la Loi de Dieu
On posa un jour la question à Jésus : « Quel est le plus grand commandement de la loi ? »
Jésus répondit :
« Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Matthieu 22:36-39).
Le site de « L’Eglise catholique en France » nous indique que :
Le péché est une offense faite à Dieu :
« Contre toi, toi seul, j’ai péché. Ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait » (Ps 51, 6).
Le péché se dresse contre l’amour de Dieu pour nous, et en détourne nos cœurs. (Catéchisme de l’Église catholique (§ 1849, 1850).
Le péché est un manque d´amour envers Dieu, envers son prochain et envers soi-même. C’est une action, ou une intention, voire une parole dite, en toute liberté, pour commettre le mal. Il entraîne, pour celui qui l’a commis un éloignement de la justice, de la vérité, de Dieu qui est amour.
Qu’est-ce que le « Péché originel »
Voilà un dogme de l’Église bien difficile à comprendre. Raison de plus pour ne pas l’esquiver… et tenter l’impossible !
L’abrégé du Catéchisme de l’Église catholique le définit ainsi :
« Le péché originel, avec lequel naissent tous les hommes, est l’état de privation de sainteté et de justice originelles. C’est un péché que nous avons « contracté » et non un péché que l’on « commet » ; c’est une condition de naissance et non un acte personnel. En raison de l’unité originelle de tout le genre humain, ce péché se transmet aux descendants d’Adam avec la nature humaine, « non par imitation, mais par propagation » (Abrégé du catéchisme, question 76).
Il est heureux que l’Abrégé termine cet article de foi par ces mots :
« Cette transmission reste un mystère que nous ne pouvons saisir pleinement » (ibidem).
Qu’est-ce à dire ? Devant un petit enfant, qui vient de naître, il est difficile, pour ne pas dire impossible, de s’imaginer un seul instant qu’ « il porte en lui le péché originel »…
Dans son célèbre ouvrage de catéchèse de 1976 « Croire – Pour une redécouverte de la foi », le Père Rey-Mermet insiste sur la confusion regrettable entre « le péché d’Adam » et la condition « pécheresse » :
« L’Écriture ne parle pas d’un péché héréditaire, mais d’une culpabilité qui se manifeste de génération en génération. « Je ne vaux pas mieux que mes pères ! »… Elle nie au contraire formellement qu’un père transmette sa culpabilité à ses enfants (Deutéronome 24, 16 ; Jérémie 31, 29 s) (…)
Le péché originel sommeille dans l’enfant ; il ne s’accomplit entièrement dans chaque existence que dans la mesure où l’adulte le ratifie personnellement par des actes mauvais volontaires » (Droguet-Ardant, 4ème édition, Limoges, 1976, p. 151 et pp. 154 et 155).
Ne puis-je pas raisonnablement dire que l’enfant qui grandit a parfois en lui une « inclination au mal », et que tout naturellement, d’abord inconsciemment et petit à petit volontairement, il va commettre des actes mauvais, en commençant peut-être par griffer son petit frère ou sa petite sœur pour lui faire mal et en retirer une certaine satisfaction… ?
En cela, il ressemble malheureusement à ses parents, à ses grands-parents et à l’humanité toute entière. Bien souvent, au désespoir de sa maman qui ne retrouve plus l’innocence de son petit enfant et qui se voit bien obligée de lui en faire le reproche ou même de le corriger.
Parle-t-on encore de « Péché » aujourd’hui ?
Aujourd’hui, le mot « péché » est devenu une expression quelque peu désuète, surannée et ne nous dit plus grand-chose.
Pourtant, il recouvre une réalité bien réelle. Le péché est un acte ou une pensée où l’amour cède le pas devant mon égoïsme. Chaque fois que je décide de ne pas aimer, que je me préfère à l’autre, que je refuse de répondre à la demande de l’autre, je pèche contre l’Amour et donc contre Dieu.
La volonté de Dieu est que nous nous aimions les uns les autres comme Lui nous a aimés au point de s’incarner et de se laisser crucifier. C’est là Sa loi et toute La Loi.
Il n’est pas difficile de savoir quand on commet le mal. L’homme ou la femme qui mène une double vie, trahit sa femme ou son mari en lui faisant hypocritement croire qu’il l’aime toujours, et part en claquant la porte quand il est découvert, ne commet pas simplement un adultère, une violation de la loi morale.
Il détruit leur amour, leur passé, la vie même de son conjoint qui y avait naïvement cru et qui se retrouve sous le choc, abandonné et seul avec leurs enfants.
Que dit « Le décalogue » ?
En parlant de volontés divines, il est fait explicitement référence au « Décalogue » donné par Yahvé à Moïse, lors de l’Ancienne Alliance entre Dieu et la communauté des Israélites au Sinaï :
« (…) Tu ne tueras pas. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne voleras pas. Tu ne porteras pas de témoignage mensonger contre ton prochain. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain.
Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, rien de ce qui est à ton prochain » (L’Exode, 20, 13-17 et Le Deutéronome 5, 17-21).
Les commandements du « Décalogue » ont acquis une réelle universalité en manière telle qu’il n’est plus question aujourd’hui de parler de loi divine ou de transgression de la volonté de Dieu. Les fautes ou les crimes universellement reconnus sont actuellement les atteintes aux droits de l’Homme et aux libertés fondamentales.
Que dit « L’enseignement de Jésus » ?
Dans la Nouvelle Alliance, Jésus donne un enseignement beaucoup plus exigeant en terme non de loi, mais d’amour :
« Vous avez appris qu’il a été dit : « Œil pour œil et dent pour dent. (L’Exode, 21, 24) »
Et moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre » (Matthieu, 5, 38).
Il va jusqu’à demander d’aimer ses ennemis :
« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient » (Luc, 6, 27).
À ses disciples, lors du dernier repas, avant son arrestation et sa crucifixion, il donnera ce dernier précepte en guise de testament :
« Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jean, 13, 34).
Les « Péchés capitaux » dans le Catéchisme de l’Église catholique
La liste actuelle est citée par le Catéchisme de l'Église catholique dont la dernière version date de 19973.
Cette liste a été influencée par Thomas d'Aquin au XIIIe siècle dans sa Somme théologique (question 84, Prima secundae).
Il y mentionne que certains d'entre eux ne sont pas en eux-mêmes à proprement parler des péchés, mais plutôt des vices, c'est-à-dire des tendances à commettre certains péchés.
• L’orgueil (superbia en latin) : attribution à ses propres mérites de qualités ou de comportements qui sont selon la Bible des dons de Dieu (intelligence, vertus, etc.).
• L’avarice (avaritia en latin) : au sens dominant de cupidité, soit l’accumulation des richesses recherchées pour elles-mêmes.
• La luxure (luxuria en latin) : plaisir sexuel recherché pour lui-même.
• L’envie (invidia en latin) : la tristesse ressentie face à la possession par autrui d'un bien, et la volonté de se l'approprier par tout moyen et à tout prix (à ne pas confondre avec la jalousie).
• La gourmandise (gula en latin) : ce n'est pas tant la gourmandise au sens moderne, peu ou pas du tout péjoratif, que la gloutonnerie, cette dernière impliquant davantage l'idée de démesure. On constate du reste que dans d'autres langues ce péché est désigné par un mot signifiant plutôt gloutonnerie que gourmandise.
• La colère (ira en latin) : qui produit des excès en paroles ou en actes : insultes, violences, meurtre.
• La paresse, anciennement l'acédie (acedia en latin). Le Catéchisme de l'Église catholique définit l'acédie, terme disparu du langage courant, comme « une forme de dépression due au relâchement de l'ascèse ». Il s'agit en effet de paresse morale. L'acédie, c'est un mal de l'âme qui s'exprime par l'ennui, l'éloignement de la prière, de la pénitence et de la lecture spirituelle.
Les péchés capitaux sont des péchés de « tête » (capita), cela ne signifie pas qu'ils sont plus graves que d'autres, mais plutôt qu'ils sont à même d'en entraîner bien d'autres.
Les péchés capitaux OU non-capitaux ne sont donc pas à confondre avec les péchés mortels OU véniels, cette dernière distinction portant sur l'importance réelle du péché, sa capacité à nous couper ou non de l'amour et de Dieu.
Les « Péchés mortels » dans le Catéchisme de l’Église catholique
À la question 395 « Quant commet-on le péché mortel ? » la réponse est celle-ci : « On commet le péché mortel quand il y a à la fois matière grave, pleine conscience et propos délibéré.
Le péché mortel détruit en nous la charité, nous prive de la grâce sanctifiante et conduit à la mort éternelle de l’enfer s’il n’y a pas de repentir. Il est pardonné ordinairement par les sacrements du baptême, de la pénitence ou réconciliation ».
Cette question est à mettre en lien avec la question 212 :
« En quoi consiste l’enfer ? » dont la réponse est : « Il consiste dans la damnation éternelle de ceux qui, par libre choix, meurent en état de péché mortel ».
Il n’empêche qu’il n’est nulle part précisé quels sont ces péchés graves et particulièrement graves... comme il n’est pas précisé quels sont les péchés véniels et les péchés mortels (questions 393 à 396).
Les « Péchés véniels » dans le Catéchisme de l’Église catholique
Quant à la question 396 « Quant commet-on le péché véniel ? » la réponse est celle-ci : « le péché véniel, qui est radicalement différent du péché mortel, est commis quand sa matière est légère, ou même si elle est grave mais sans qu’il y ait pleine conscience ou total consentement ».
Une étude attentive, quasi juridique, des réponses données aux questions, paraît démontrer des distinctions qui semblent devoir être faites au niveau de la -
- « pleine conscience et propos délibéré » (question 395)
- et de la « pleine conscience ou total consentement » (question 396),
- ainsi que du « libre choix » (question 212).
« Pleine conscience et propos délibéré ou total consentement »
Ce sont là des conditions, il faut bien le reconnaître, très rarement réunies. Notre choix est-il toujours libre, fait en pleine conscience et avec un total consentement ?
En quarante ans de carrière d’avocat pénaliste et après plusieurs centaines de procès pénaux, je n’ai jamais rencontré de délinquant ou même de criminel dont on a pu raisonnablement dire qu’il jouissait d’un équilibre parfait et qu’il avait commis son acte répréhensible « en pleine conscience ou total consentement ».
Nombreux sont ceux qui ont été entrainés par un psychisme perturbé, par des pulsions qu’ils n’ont pu maîtriser, par des besoins irrépressibles, avec l’illusion plus ou moins entretenue qu’ils arriveront à leur fin sans violences, que leur victime ne se défendra pas ou même sera consentante. Il y a toujours là une manière de minimiser les dangers et les risques de l’acte posé plus ou moins consciemment qui est une forme d’inconscience ou d’absence de consentir à ce qu’il est vraiment.
D’autres ont commis ces actes sous l’emprise de la boisson, de drogues ou de médicaments, qui leur ont fait perdre une partie plus ou moins importante de leur discernement.
Quant au psychopathe pervers, tel le « serial killer » ou l’abuseur d’enfants, nous savons qu’il a malheureusement subi lui-même, la plupart du temps, des traumatismes sévères qui ont fait de lui ce qu’il est et qui l’ont rendu extrêmement dangereux.
« Reconnaître les péchés contre la création »
Dans l'encyclique Laudato si', le pape François nous invite aussi à « reconnaître les péchés contre la création » :
« Que les hommes dégradent l’intégrité de la terre en provoquant le changement climatique, en dépouillant la terre de ses forêts naturelles ou en détruisant ses zones humides ; que les hommes portent préjudice à leurs semblables par des maladies en contaminant les eaux, le sol, l’air et l’environnement par des substances polluantes, tout cela, ce sont des péchés ; car un crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu ».
Le seul critère valable
Personnellement, je pense que le seul critère valable, auquel ma conscience peut et doit se référer, est celui de la priorité à l’amour et donc à Dieu :
Ai-je fait du mal ou du tort à quelqu’un ? Ai-je fais souffrir ? Mon choix est-il égoïste ? À qui ou à quoi ai-je donné la priorité ? Si mon acte, ma décision, mon choix est celui de l’amour, de l’oubli de soi, de l’humilité et de la priorité à l’autre, à son épanouissement et à son bonheur, je suis en Dieu.
C’est à l’aulne de l’amour que nous devons juger nos comportements.
Ne pas confondre fautes et péché
Marcel Légaut, né à Paris en 1900 et décédé à Avignon en1990, a été un des grands penseurs chrétiens qui ont marqué ma génération.
C’est lui qui m’a appris à faire la distinction, qui me paraît aujourd’hui fondamentale, entre les fautes, quelles qu’elles soient, et le péché. Il écrit notamment à ce propos :
« Le péché est de l’ordre de la foi » « Nul ne peut le consommer s’il n’a la foi » « Tandis que la faute est de l’ordre de ce que l’homme peut penser et faire quand il vit en dehors de lui-même en surface »
« Avec le péché et dans le péché se consomme l’infidélité majeure de l’homme envers lui-même, c’est-à-dire à ce niveau, envers Dieu »
« Il se refuse à l’appel à être qui monte de lui pour lui »
Tandis que « Les fautes peuvent être finalement bénéfiques, le péché est un suicide spirituel »
« À plus ou moins longue échéance, les fautes peuvent aussi aider indirectement à l’approfondissement de l’homme, par les réactions vitales qu’elles provoquent en lui et auxquelles sous l’action de sa foi, il donne leur sens.
« Confondre fautes et péché ne peut qu’atténuer, sinon détruire, le caractère de celui-ci et revêtit les premières (les fautes), surtout celles qui ont des résonances affectives puissantes, d’une gravité qu’elles ne présentent pas directement sur le plan religieux »
(Marcel Légaut, L’homme à la recherche de son humanité, Aubier, pages 230, 231et 232).
Paradoxalement, les fautes, souvent les mêmes, dans lesquelles le croyant tombe et retombe, le rapprochent de Dieu en ce qu’elles le rendent plus humble, conscient de sa faiblesse et de la nécessité de s’appuyer sur la prière pour s’en délivrer.
Prétendre, à tout bout de champ, que le chrétien a péché ou est en état de péché véniel ou même mortel, c’est le culpabiliser, le pousser au désespoir devant ses faiblesses et l’inciter à perdre la foi. Or, la tristesse et le désespoir sont peut-être un péché bien plus grave, celui de la perte de confiance en la miséricorde infinie de Dieu.