Quelle différence y-a-t-il entre les mots "disciple" et "apôtre"?
Un éclairage nous est donné nous est donné sur le site « Croire.com » le 19 décembre 2017par Jean-Pierre Rosa écrivain, philosophe et éditeur.
Collaborateur des revues Études et Christus, il a publié en 1999 un essai remarqué sur le Christ : « Jésus Christ ou la liberté » (aux éditions Bayard).
« Au sens strict, les disciples sont ceux qui suivent l’enseignement de Jésus. L’exemple-type du disciple n’est ni Pierre ni Jean, qui ont d’autres fonctions, mais plutôt l’aveugle-né, Bartimée, qui mendie sur le bord du chemin et, à l’approche de Jésus s’écrie : «Jésus, fils de David, prends pitié de moi». Les disciples de Jésus le rabrouent, mais il crie plus fort encore au point que Jésus entend, s’arrête, appelle Bartimée qui jette son manteau et, à la question de Jésus : que veux-tu que je fasse pour toi ? répond : « Mon maître, que je voie ». «Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé.» Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.» (Marc 10, 52). En ces derniers mots, qui clôturent cette scène surchargée de symboles, tout est dit. (…)
Mais alors, pourquoi parler d’apôtres ? S’agit-il d’une autre catégorie ? D’un cran au-dessus dans l’engagement ? Des Douze ?
En fait le mot apôtre n’apparaît que deux fois dans les évangiles pour désigner les Douze. Bien sûr, il a servi assez vite à désigner une fonction dans l’Église naissante.
Mais la signification profonde du terme provient sans doute plutôt de la fonction missionnaire qui lui est attachée.
Les apôtres sont envoyés (c’est le sens du mot apostolos) pour être témoins de la résurrection. Paul en est l’exemple type.
Et l’« apôtre des apôtres » reste Marie de Magdala, premier témoin de la résurrection, première envoyée de Jésus à ses frères.Mais l’apôtre n’est qu’une fonction. Pas un « cran au-dessus ». L’exigence absolue, c’est de suivre Jésus.
Parmi les apôtres et les disciples, beaucoup de femmes
Anne Soupa, membre du collectif « Toutes Apôtres » est connue pour avoir fait acte de candidature au Siège d’archevêque de Lyon après la démission du Cardinal Barbarin.
À la base de cette provocation: la question récurrente de la place des femmes au sein de l’Église catholique, et en particulier celle de leur ordination sacerdotale.
Théologienne, bibliste, auteure de « Dieu aime-t-il les femmes ? », aux éditions Médiaspaul en 2012,
elle a écrit un article très éclairant sur le site de « Croire.com » : « Femmes à la suite de Jésus » le 18/03/2014, modifié le 12/06/2020,
« La vocation telle que la Bible l’enseigne est la même pour tout être humain. Il s’agit d’entendre et de répondre. Dans chaque cas, la conversion du cœur, la volonté de suivre le Seigneur, la liberté du sujet, sont déterminantes.
Fils et filles d’Abraham
Entre « suivre » et « être appelé », les Évangiles marquent cependant une différence.
Les Douze, dont le nombre rappelle les douze tribus d’Israël, sont appelés par Jésus, les quatre d’abord, les Douze ensuite.
Chez Luc, ce traitement particulier connaît cependant un écho, certes assourdi, dans une liste de femmes qui « suivent » sans être « appelées » (Luc 8, 1-3).
Le nom de trois d’entre elles est donné, ce qui indique leur responsabilité personnelle. Ceci laisse deviner un statut plus défini qu’on ne le croit habituellement.
Selon le bibliste François Bovon, « Les hommes répandent le message, tandis que le service des femmes consolide la vie de la communauté des disciples » (L’Évangile selon Luc, Labor et Fides, tome 1, 1991, p. 388).
Mais en dehors des Douze, (poursuit Anne Soupa) hommes et femmes suivent Jésus sans que des différences notables s’imposent.
Certains lecteurs objecteront que les femmes ne sont pas prêtres, mais qu’importe puisque personne n’est prêtre dans le Nouveau Testament, sauf ceux qui condamnent Jésus à mort.
Le seul à qui le titre est donné, de façon métaphorique, est le Christ, dans la Lettre aux Hébreux.
Et de fait, on chercherait en vain les traits « typiquement féminins » mentionnés par les évangélistes. Il n’y en a pas. Dans la ligne de ce que raconte déjà l’Ancien Testament, les rôles sociaux des femmes et des hommes sont dictés par les valeurs culturelles du temps. À condition de se souvenir que ce cadre est parfois contredit, les femmes régentent plutôt la vie domestique et les hommes le culte et la vie publique.
Mais jamais ce partage n’est mis au compte d’un dessein divin et éternel. Jésus, en particulier, ne fait jamais appel à la « nature féminine » ni davantage d’ailleurs à celle des hommes de sexe masculin.
Mais sans relâche, il libère les femmes des liens qui les oppriment. Il passe outre aux dispositions de la Loi juive sur les impuretés féminines, celle de la femme hémorroïsse, de la femme adultère, celle d’une étrangère, la Cananéenne, et sans cesse, il remet les femmes debout, en particulier les veuves, catégorie pauvre en Israël.
Pour Jésus, il n’y a pas d’humanité de seconde zone : fils et filles d’Abraham, même combat libérateur (Luc 13,16) !
Rien d’étonnant à ce que de nombreuses femmes aient suivi Jésus et aient occupé des rôles éminents dans les Évangiles. Citons chez Jean, la Samaritaine, Marthe, sa sœur Marie, Marie de Magdala ; chez Luc, Marie, mère de Jésus, la pécheresse pardonnée ; chez Matthieu, la Cananéenne ; chez Marc, la femme hémorroïsse ; sans parler de la présence des femmes à la Croix et au matin de Pâques, que mentionnent les quatre évangélistes, fait assez rare pour être souligné.
(…) Ainsi la femme hémorroïsse guérit en touchant le manteau de Jésus ; celui-ci, objectivement, ne fait rien. C’est dire qu’elle « se fie à lui » de toutes ses forces… à elle !
Aussi n’est-il pas faux de dire que la vocation des femmes dans les Évangiles est – parce qu’elles y sont poussées par les épreuves de la vie – de s’investir intensément dans la croissance de la foi.
Visiblement, la relation de rivalité n’y arrive pas aussi facilement, quand on voit comme Jésus ne cesse de demander à Pierre, par exemple, de fortifier sa foi !
En échange, je crois que les femmes ont aidé Jésus à mieux investir sa vocation propre. Marie à Cana encourage les serviteurs à lui obéir. La Samaritaine le reconnaît comme prophète, puis comme Messie, et la Cananéenne lui apprend à apporter aussi le salut à l’étranger, impur pour les Juifs.
Et surtout, Marie, sœur de Marthe, qui verse sur lui un parfum de grand prix, juste avant la Passion, anticipant un geste qui se fait d’ordinaire sur les cadavres, fait ainsi comprendre qu’il n’en aura plus besoin, donc qu’il ressuscitera (Jean 12, 1-11). (…)
Touchées par les épreuves de la vie, les femmes des Évangiles sont invitées par Jésus à faire confiance à la force de leur foi, à s’y investir et à la faire grandir.
Anne Soupa rappelle ainsi que pour le Christ,
il n’y a pas d’humanité « de seconde zone ».
Qu’est-ce qu’être un « disciple de Jésus » aujourd’hui ?
Tout simplement, le suivre dans ses choix, ses priorités, l’amour de son Père, comme des hommes et des femmes, ses Frères et Sœurs, enfants de Dieu.
Le Padre José Comblin, théologien de la libération, est né le 22 mars 1923 à Bruxelles et décédé le 27 mars 2011 à Simões Filho, dans l'État de Bahia, au Brésil.
Docteur en théologie de l’Université Catholique de Louvain, il est arrivé au Brésil en 1958. Expert pour la Conférence des évêques de l’Amérique latine (la CÉLAM) de 1968 à 1972, il a enseigné la théologie à Quito en Équateur et à Louvain en Belgique.
Durant plusieurs années, il a été conseillé théologique de dom Helder Câmara, archevêque de Recife, et du Cardinal Arns, archevêque de Sao Paulo, ainsi qu’à la Conférence des évêques de Medellin en 1968 et à celle de Puebla en 1979.
Il décrit ainsi « le disciple de Jésus » :
« Le disciple est appelé à observer, entendre et accompagner Jésus, à découvrir son mode d'agir, ce qu'il cherche, sa façon de s'exprimer, les gestes qu'il fait, les mots qu'il prononce lors de circonstances déterminées.
Les mêmes évangiles montrent que les disciples eurent de grandes difficultés à accepter le genre de vie de Jésus. Le plus difficile fut de comprendre le chemin du non pouvoir, de la pauvreté.
C'est la difficulté que les disciples de tous les temps rencontreront car ils seront tant de fois fascinés par le pouvoir, la richesse, le prestige, le statut social.
Les disciples de Jésus ne sont pas comme les étudiants chez les docteurs de la loi. Ils n'étudient pas une loi.
Ils ne sont pas comme les élèves des philosophes, parce que les disciples de Jésus apprennent son agir et qu'ils n'apprennent pas des idées, des doctrines, des jeux intellectuels.
Les disciples ne sont pas comme ceux qui étudient les sciences modernes, parce que, dans les sciences modernes, le mode de vie du professeur n'importe pas, mais ce qui compte est l'objectivité de l'observation et de l'expérimentation comme la rigueur mathématique pour définir les relations. Les disciples apprennent une façon de vivre, une orientation pour toute la vie.
Être disciple, ce n'est pas étudier la théologie, car la théologie peut même être très dangereuse ; elle peut générer pouvoir, capacité de s’imposer aux autres, sentiment de supériorité, qualification en vue d'une promotion sociale.
La théologie est un des principaux facteurs qui alimentent la domination cléricale, domination paternaliste, mais domination tout de même, perçue par tous les laïcs même si les prêtres le nient.
Être disciple c'est changer de vie, recevoir une illumination qui pousse à tout abandonner pour se dédier au règne de Dieu. Comme Pierre et André, et Jean et Jacques qui laissent leurs filets, leur famille, leur maison pour suivre le Maître. »
Le Pape François nous dit que Jésus nous demande d’être des « disciples missionnaires »
Pape François – Octobre 2021
Jésus nous demande à tous, à toi aussi, d’être des disciples missionnaires. Es-tu prêt ?
Il suffit d’être disponible à son appel et de vivre unis au Seigneur dans les choses les plus quotidiennes, le travail, les rencontres, les occupations de chaque jour, les hasards du quotidien, en nous laissant toujours conduire par l’Esprit Saint.
Si c’est le Christ qui te fait agir, si c’est Lui qui te guide, les autres n’ont aucune peine à s’en rendre compte.
Ton témoignage de vie suscite alors l’admiration et c’est cette admiration qui pousse les autres à se demander : « Comment est-ce possible ? » ou « D’où lui vient le don de traiter les autres avec amour, bonté, affabilité ? »
Rappelons que la mission n’est pas le prosélytisme, la mission se base sur une rencontre humaine, sur le témoignage d’hommes et de femmes qui disent : « Je connais Jésus, je voudrais te le faire connaître ».
Frères et sœurs, prions pour que chaque baptisé soit impliqué dans l’évangélisation, disponible pour la mission, à travers un témoignage de vie ayant le goût de l’Évangile.
Le paradoxe des Béatitudes
Le pape François a commenté l’évangile proposé par la liturgie du dimanche 13 février 2022, avant la prière de l’angelus, de la fenêtre du studio du Palais apostolique du Vatican (© Traduction de Hélène Ginabat sur le site Zenit)
Au centre de l’Evangile de la liturgie de ce jour, nous avons les Béatitudes (cf. Lc 6, 20-23).
Il est intéressant de noter que Jésus les proclame en s’adressant « à ses disciples » (v. 20) alors qu’il est entouré d’une grande foule. Il parle aux disciples. En effet, les Béatitudes définissent l’identité du disciple de Jésus. (…)
Voyons la première, qui est à la base de toutes les autres : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous » (v. 20). Heureux, vous les pauvres. Jésus dit deux choses à propos des siens : qu’ils sont heureux et qu’ils sont pauvres ; ou plutôt, qu’ils sont heureux parce qu’ils sont pauvres.
Dans quel sens ? Dans le sens où le disciple de Jésus ne trouve pas sa joie dans l’argent, dans le pouvoir et d’autres biens matériels, mais dans les dons qu’il reçoit chaque jour de Dieu : la vie, la création, les frères et sœurs, etc.
Ce sont des dons de la vie. Même les biens qu’il possède, il est content de les partager parce qu’il vit dans la logique de Dieu. Et quelle est la logique de Dieu ? La gratuité. Le disciple a appris à vivre dans la gratuité. Cette pauvreté est également une attitude devant le sens de la vie, parce que le disciple de Jésus ne pense pas qu’il le possède, qu’il sait déjà tout, mais il sait qu’il doit apprendre tous les jours. Et ceci est une pauvreté : avoir conscience que l’on doit apprendre tous les jours. Le disciple de Jésus, ayant cette attitude, est une personne humble, ouverte, sans préjugés et sans rigidité.
(…) En revanche, celui qui est trop attaché à ses idées, à ses sécurités, a du mal à suivre vraiment Jésus.
Il le suit un peu, uniquement dans les choses où « je suis d’accord avec lui et lui est d’accord avec moi », mais ensuite, pour le reste, il n’y va pas. Celui-ci n’est pas un disciple. Et c’est ainsi qu’il tombe dans la tristesse. Il devient triste parce qu’il n’y trouve pas son compte, parce que la réalité échappe à ses schémas mentaux et il reste insatisfait.
Le disciple, lui, sait se remettre en cause, il sait chercher Dieu humblement tous les jours et cela lui permet d’entrer dans la réalité et d’en saisir la richesse et la complexité.
En d’autres termes, le disciple accepte le paradoxe des Béatitudes : elles déclarent qu’est bienheureux, c’est-à-dire heureux, celui qui est pauvre, à qui il manque beaucoup de choses et qui le reconnaît.
(…) Devant le paradoxe des béatitudes, le disciple se laisse remettre en question, conscient que ce n’est pas à Dieu d’entrer dans notre logique, mais à nous d’entrer dans la sienne.
(…) En nous libérant de l’esclavage de l’égocentrisme, le Seigneur déverrouille nos fermetures, il fait fondre notre dureté et nous dévoile le vrai bonheur qui se trouve souvent là où nous ne pensons pas. C’est lui qui guide notre vie, et non pas nous, avec nos préjugés ou nos exigences.
(…) Nous pouvons alors nous interroger : et moi – chacun d’entre nous – ai-je la disponibilité du disciple ?
Ou est-ce que je me comporte avec la rigidité de celui qui se sent comme il faut, celui qui se trouve bien, qui se croit déjà arrivé ?
Est-ce que je me laisse « déverrouiller à l’intérieur » par le paradoxe des Béatitudes, ou est-ce que je reste dans le périmètre de mes idées ?
Et puis, avec la logique des Béatitudes, au-delà de la fatigue et des difficultés, est-ce que je ressens la joie de suivre Jésus ?
C’est le trait saillant du disciple : la joie du cœur. N’oublions pas : la joie du cœur. C’est la pierre de touche pour savoir si une personne est un disciple : a-t-elle la joie dans le cœur ? Ai-je la joie dans le cœur ? C’est là la question.
Que la Vierge Marie, première disciple du Seigneur, nous aide à vivre en disciples ouverts et joyeux.