À ses disciples, Jésus enseigna comment prier (Matthieu 6, 9-13) :
09 Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié,
10 que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
11 Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
12 Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs.
13 Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal.
36 Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. »
37 Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse.
38 Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. »
39 Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant,et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. »
40 Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ;
41 il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ?
Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
Mais, qu’est-ce que la tentation ?
Il ne faut pas confondre tentation et péché.
La tentation n’est pas le péché, elle est le chemin qui y mène. Le péché c’est d’avoir cédé à la tentation.
La tentation est
Un mouvement intérieur qui excite l’homme à commettre le mal Une pulsion des instincts les plus bas qui veulent être satisfaits
Dans la 1ère lettre de saint Jacques (1, 12-18) il est clairement affirmé que
« Dieu ne tente personne »
« Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise :
« Ma tentation vient de Dieu. » Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l’entraîne et le séduit. Puis la convoitise conçoit et enfante le péché, et le péché, arrivé à son terme, engendre la mort.. »
qui veut prouver à Dieu qu’ayant tout perdu, il va le maudire…
Jésus est tenté par Satan pendant ses quarante jours au désert, tels qu’ils sont racontés par les trois Évangiles synoptiques :
Dans l’évangile de Luc (Mt 4, 1-11 ; Mc 1, 12-13 et Lc 4, 1-13).
- Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert
- où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
- Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
- Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.
- Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux.
- Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »
Jésus rejette les trois propositions du diable :
-
- Il refuse de transformer des pierres en pains pour ne pas commettre un acte magique.
- Il refuse de se jeter dans le vide pour ne pas provoquer Dieu.
- Enfin, il refuse de se prosterner devant Satan.
Dans son homélie du 4 avril 2020 à Sainte-Marthe sur « les étapes de la tentation »,
Une tentation ne vient pas « d’un coup », elle commence « petite », imperceptiblement, puis elle « grandit » et suggère une « justification » pour finalement faire tomber le pécheur
Les tentations viennent difficilement d’un coup en nous, le diable est malin. Et il sait prendre ce chemin, il a pris le même pour arriver
à la condamnation de Jésus.
Et nous tous, quand nous sommes vaincus par la tentation, nous finissons tranquilles, parce que nous avons trouvé une justification pour ce péché, pour cette attitude peccamineuse, pour cette vie qui n’est pas selon
la loi de Dieu.
Nous devrions avoir l’habitude de voir ce processus de la tentation
en nous. Ce processus qui nous change le cœur de bien en mal, qui nous conduit sur la pente glissante. Une chose qui grandit, grandit, grandit lentement puis contamine les autres et à la fin se justifie.
Quand nous nous trouvons dans un péché, quand nous chutons, oui, nous devons aller demander pardon au Seigneur, c’est le premier (pas) que nous devons faire, puis ensuite (nous devons dire) : “Comment en-suis venu à tomber là ? Comment a commencé ce processus dans mon âme ? Comment a-t-il grandi ? Qui ai-je contaminé ? Et comment à la fin me suis-je justifié pour tomber ?”.
La vie de Jésus est toujours un exemple pour nous et ce qui est arrivé à Jésus nous arrivera aussi à nous : les tentations, les justifications, les bonnes personnes qui sont autour de nous et que peut-être nous
n’écoutons pas et les mauvaises dont nous cherchons à nous rapprocher au moment de la tentation, pour faire grandir la tentation.
Mais n’oublions jamais : toujours, derrière un péché, derrière une chute, il y a une tentation qui a commencé petite, qui a grandi, qui a contaminé et à la fin je trouve une justification pour tomber.
Que l’Esprit-Saint nous éclaire dans cette connaissance »
Au IVe siècle, Saint Antoine le Grand
est un jeune homme riche, propriétaire terrien en Haute-Égypte. Après avoir distribué sa fortune aux pauvres, il se retire quelque temps après dans le désert de Nitrie (Égypte), habitant un fort militaire abandonné.
Durant vingt ans, dans le désert de Nitrie (Egypte), saint Antoine a été confronté aux attaques du démon, qui prenait l’apparence de bêtes féroces ou de figures sensuelles.
Des disciples viennent le rejoindre et, pour eux, il organise une vie monastique en même temps qu'érémitique.
C'est pourquoi il est considéré comme « le père des moines ».
Cette lutte est devenue célèbre sous le nom des « tentations de saint Antoine ». Il a laissé un enseignement pour y faire face.
« Efforçons-nous, leur disait-il, de ne rien posséder que ce que nous emporterons avec nous dans le tombeau, c'est-à-dire la charité, la douceur et la justice... Les épreuves nous sont, en fait, profitables. Supprimez la tentation et personne ne sera sauvé. »
Cet épisode célèbre a fait l’objet de nombreuses œuvres d’art
Pensons à la Tentation de Saint Antoine de Jérôme Bosch peinte en 1508. Ou à celle de Salvador Dali peinte en 1945-1946,
Le combat spirituel
« Il est impossible de devenir chrétien en dehors des combats. »
« Il n’est pas possible d’acquérir la sagesse sans combat. »
« Nous avons été établis en ce monde pour la lutte. »
En cela, Evagre rejoint Saint Paul dans sa 2ème lettre à Timothée (2, 5) :
« Dans la lutte sportive, l’athlète ne reçoit la couronne s’il a lutté selon les règles ».
Dans le cadre de la session « Le combat spirituel en catéchèse et catéchuménat », le Père Emmanuel Faure précise :
Il n’est pas sain d’être obnubilé par le combat spirituel et donc d’avoir une vision plutôt négative de la vie chrétienne.
On connaît les refrains : Ne pas faire ceci ou cela, être contre ceci, faire attention à cela.
Cette culture de la méfiance n’est pas celle de la vigilance prônée par la tradition spirituelle chrétienne.
Le combat spirituel est un « contre » en vue d’un « pour ». Contre le mal pour faire le bien.
Renoncer à soi-même, mourir à soi-même c’est-à-dire rejeter le péché, les dispositions aux péchés, le repli sur soi, l’égoïsme
sont des moyens (des buts) pour atteindre la fin de la vie spirituelle : la communion avec le Père par le Fils dans l’Esprit Saint.
Pour ne pas nous laisser écraser par le découragement, il est nécessaire de toujours revenir à cette certitude : Dieu n’attend pas que je sois
une personne irréprochable pour m’aimer.
Dans le Livre des Proverbes au numéro 24, 15 :
« sept fois le juste tombe, et il se relève »
Thérèse de l’Enfant-Jésus l’a bien compris, lorsqu’elle dit dans ses derniers entretiens du 11 juillet 1897 : « Si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent ».
Le Pape a tenu ce 3 janvier 2024 sa première audience générale de l'année
« Le chrétien doit affronter une succession d’épreuves et de tentations au cours de sa vie. Fidèle aux enseignements du Christ, il doit protéger la lucidité de son cœur pour s’engager sur la voie du bonheur et ne pas dévier de son chemin »
a-t-il souligné.
Le Pape rappelle que les saints ne sont pas épargnés par la tentation.
Au contraire, ce sont «des personnes qui sont bien conscientes que les séductions du mal apparaissent de façon répétée dans la vie, pour être démasquées et rejetées».
Ils vivent le combat spirituel du chrétien.
En opposition à cette forme d’humilité, les personnes qui pensent n’avoir rien à se reprocher, «qui s’absolvent elles-mêmes», courent le risque de s’enfermer dans les ténèbres, poursuit le Saint-Père, et de ne plus être en mesure
de «distinguer le bien du mal».
L’évêque de Ninive, Isaac le Syrien, au VII siècle, disait que dans l'Église, celui qui connaît ses péchés et les pleure est plus grand que celui qui ressuscite un mort.
Et le Pape de tirer une première conclusion :
«Nous devons tous demander à Dieu la grâce de nous reconnaître comme
de pauvres pécheurs, ayant besoin de conversion, en gardant dans notre cœur la confiance qu'aucun péché n'est trop grand pour la miséricorde infinie
de Dieu le Père».
Que faire quand on a perdu espoir ? dans la désolation ?
Dans l’Ancien Testament, le peuple juif fait l’expérience de la désolation pendant l’exil à Babylone.
« Les juifs ont perdu totalement confiance en Dieu. Ils ont été arrachés
à leur terre. Le temple de Jérusalem est détruit. Le peuple n’a plus de chef, ni d’institutions. Il pense même que Dieu refuse de les sauver »
Dans cette situation douloureuse, la voix du prophète Isaïe (Is 40, 1-2)
va résonner de manière inattendue : « Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes » .
Par la bouche du prophète, Dieu s’engage dans la restauration de leur dignité. Il leur assure le retour à leur terre et la survie de leurs institutions.
« En hébreu, le terme ”consoler” se dit “Naham”, dont le sens est ranimer la respiration, redonner souffle, redonner vie. En effet, Dieu va redonner du souffle à l’histoire d’Israël ».
Le Pape François souligne au sujet de cet épisode biblique « C’est curieux, mais souvent nous avons peur (…) d’être consolés. (…) Nous nous sentons plus en sécurité dans la tristesse et dans la désolation. (…) Parce que dans la tristesse nous nous sentons presque protagonistes ».
Or, rappelle François, nous sommes consolés par Dieu « lorsque nous écoutons sa Parole », « lorsque nous restons en prière silencieuse en sa présence, lorsque nous le rencontrons dans l’Eucharistie ou dans le sacrement du Pardon ».
Le père Nicolas Rousselot, jésuite, précise : « La consolation est une visite de Dieu dans l’âme humaine qui vient lui donner un second souffle. Elle est une poussée dans l’affectivité spirituelle. »
Elle peut s’exprimer par un amour « enflammé » pour Dieu, mais aussi par des larmes, ou plus discrètement, par « une allégresse intérieure », le fait de se sentir bien vivant.
La désolation, selon Ignace, est le contraire de la consolation.
Elle se manifeste par « une lourdeur, un trouble qui pousse à un manque de confiance et à une forme de tiédeur. On se sent” comme séparé” de Dieu, engourdi », relève encore le père Nicolas Rousselot.
Pourtant, Dieu n’a pas déserté l’âme humaine, la consolation est présente telle « une rivière souterraine ».
Selon le jésuite, la désolation n’est pas une tentation, au contraire de la fausse consolation qui est bien réelle.
Ce sont « les consolations de maquillage » dénoncées par le pape François : l’argent, le pouvoir, le succès, la mondanité.
La tentation est celle du découragement, du désespoir, de la perte de confiance en Dieu. Devant les scandales sexuels au sein de l’Eglise, combien de chrétiens disent avoir perdu la foi et ont demandé à se faire débaptisés ?
Sœur Rachel Guillien sœur du Sacré-Cœur, accompagnatrice au centre spirituel Saint-Hugues, à Biviers (Isère) demanda un jour à un migrant qui avait traversé la Méditerranée : « Qu’est-ce qui t’a aidé à tenir ? »,.
Il répondit que, le jour s’étant levé sur la mer, il avait vu en face de lui dans l’embarcation un bébé transi de froid et l’avait pris dans ses bras. Le réchauffer afin qu’il vive lui avait redonné du courage.