La Rédemption nous dit Wikipédia vient du latin redemptio qui veut dire
« rachat » et est un concept théologique présent dans le judaïsme,
le christianisme et l’islam, selon lequel l'humanité peut accéder au Salut. Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne au n° 517 :
« Toute la vie du Christ est mystère de Rédemption. Elle nous vient avant tout par le sang de la croix, mais ce mystère est à l'œuvre dans toute la vie du Christ : dans son incarnation déjà, par laquelle,
en se faisant pauvre, il nous enrichit par sa pauvreté ; dans sa vie cachée qui, par sa soumission, répare notre insoumission ; dans sa parole qui purifie ses auditeurs ; dans ses guérisons et ses exorcismes, par lesquels... il a pris nos infirmités et s'est chargé de nos maladies » (Matthieu 8, 17) ;
« dans sa Résurrection, par laquelle il nous justifie »
Le Christ rédempteur
Dans sa lettre aux Romains (8, 31), Saint Paul écrit :
« Frères, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous.» Dans sa Première lettre aux Corinthiens (15, 3), il écrit également :
« Le Christ est mort pour nos péchés. » et dans sa lettre aux Colossiens (1, 14) :
« Vous rendrez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière.
Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés
dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés. »
Dans sa première lettre à Timothée (2, 4-6), Saint Paul donne la raison de ce sacrifice de Jésus :
« Car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité.
En effet, il n’y a qu’un seul Dieu ; il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous.»
Cette lecture du caractère rédempteur de la passion du Christ trouve sa source dans les prophéties d’Isaïe (53, 1-11) sur le Serviteur souffrant :
- Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ?
- Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire.
- Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien.
- En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié.
- Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris.
- Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.
- Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche.
- Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple.
- On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pasde tromperie dans sa bouche.
- Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.
- Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes.
La croix est-elle nécessaire à notre rachat ?
« La mort de Jésus sur la croix était-elle absolument nécessaire pour nous racheter ? » à cette question posée par les internautes, Michel Souchon, jésuite, répond dans La Croix le 7/11/2005 :
« La mort du Christ, un rachat, un paiement ?
À qui ? Au Père pour en « apaiser le courroux » ? Au diable qui aurait des droits à faire valoir ?
Vous avez raison, tout cela est incroyable.
Pourquoi l’incarnation, pourquoi la mort et la résurrection de Jésus ? Dès les premiers Credo, la réponse est claire :
« Pour nous les hommes et pour notre salut ».
De quels péchés Jésus nous a-t-il rachetés ?
Dans une lumineuse étude que je cite longuement, sur le « Jésus rédempteur », du 29/03/2023, le Père dominicain Ignace Berten, docteur et « maître en théologie »,
« Le thème de la rédemption, dans l’usage qui en est fait par l’Église, est étroitement lié à celui du péché originel tel qu’il a été élaboré par
saint Augustin, au 5e siècle dans la lecture qu’il a faite de l’épître aux Romains (chapitre 5), où saint Paul interprète le récit de la chute (d’Adam et Eve)
dans la Genèse à la lumière de la mort du Christ sur la croix. (…)
Cette représentations d’un Dieu blessé qui demande réparation se heurte
à l’image de Dieu qui est la nôtre, Dieu de miséricorde, Dieu dont la justice n’est pas la même que la nôtre.
Le Petit catéchisme préconciliaire, que certains d’entre vous ont certainement reçu à l’école (mon exemplaire date de 1952) disait :
« Nous appelons Jésus Christ notre Rédempteur, parce que, par sa passion et sa mort, il a satisfait à la justice divine pour tous nos péchés, et nous a délivrés ainsi de la domination du démon et de la mort éternelle » (qu.88). (…)
L’actuel Catéchisme de l’Église catholique (1992) utilise à de multiples reprises les mots rédemption ou Rédempteur, mais sans jamais les définir.
Il est clair cependant que les mots sont toujours utilisés en lien avec le péché, avec en arrière-fond la théologie du péché originel.
Je retiens à ce sujet, nous dit le Père Ignace Berten, deux citations de
ce catéchisme contemporain : « Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l’histoire de l’homme. La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle commise par nos premiers parents » (390).
Pour le plupart d’entre nous, écrit le Père Ignace Berten, ces affirmations ne peuvent plus avoir aucun sens. Oui, le langage du troisième chapitre
de la Genèse est imagé (comme tout le double récit de la création). Et il est bien que le Catéchisme le reconnaisse. Mais les sciences de l’évolution nous disent avec le plus haut degré de certitude, bien que dans le détail beaucoup de choses nous échappent encore, qu’il n’y a pas eu un événement historique, un fait au commencement de l’histoire de l’homme ; il n’y a pas eu non plus un couple originel, et donc pas une faute originelle commise par lui. De plus, l’idée d’une totale harmonie qui aurait existé à l’origine et qui a été perdue, est une représentation purement imaginaire. (….)
L’être humain, fait remarquer le Père Ignace Berten, est né d’une très longue et lente émergence il y a un peu plus de deux millions d’années.
Au cœur de cette évolution, l’idée de chute est devenue pour nous inconsistante : il n’y a pas eu un avant, une situation de perfection originaire.
En conséquence l’idée de restauration très fréquente dans la liturgie fait vraiment difficulté pour nous.
Le récit du chapitre trois de la Genèse, récit symbolique et mythique, nous dit des choses fondamentales sur notre condition humaine et sur l’expérience du mal. Il est vrai que le mal habite l’être humain, et cela au plus haut que puisse remonter la mémoire historique. Il est vrai aussi que le mal a quelque chose d’incompréhensible.
Il suffit de penser aux horreurs de la guerre, à la cruauté, à la violence du viol. Toutes les religions se sont interrogées sur le mal et son origine. C’est bien cette question que rencontre le récit biblique de la chute.
Dans ce récit, il y a l’image du serpent qui tente et trompe Ève. Ce serpent nous dit que l’origine et la cause première du mal ce n’est pas Dieu, ce n’est pas non plus l’homme, c’est le serpent. Et celui-ci est l’expression d’une énigme, comme le dit Paul Ricoeur. (…)
Le Père Ignace Berten poursuit : Jésus n’est pas mort de maladie
ni de vieillesse. Il meurt martyr, martyr de la foi, martyr de la justice.
En ce sens, Jésus meurt de la violence du monde, cette violence qui agit en ce lieu, en ce moment, violence de la religion, violence de l’occupation, violence des puissants et des riches. On peut donc dire qu’en Jésus, Dieu
s’est heurté à la violence du monde, ou au mal du monde, et qu’il a ainsi porté sur lui cette violence et ce mal.
Alors que Jésus est condamné comme criminel subversif par le pouvoir romain et comme blasphémateur par le pouvoir religieux juif, les disciples font l’expérience imprévue et improbable qu’il est vivant, et ils disent qu’il est ressuscité : Dieu a ainsi pris parti pour lui (Jésus). C’est ce que dit Pierre dans l’un de ses premiers discours : cet homme condamné, Dieu l’a ressuscité.
Sur la croix, Dieu porte sur lui le mal humain, ce mal porteur de mort.
Parce que Dieu se livre ainsi, cet acte est fait au bénéfice de tous les hommes.
Le Père Ignace Berten se réfère à Saint Jean qui exprime clairement le sens profond de cette foi. D’une part, il met sur les lèvres de Jésus cette affirmation :
« Je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver » (12, 47), d’autre part, il dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (15, 13). Et de remarquer que Jean dit encore : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique » (3, 16).
Dans cette perspective johannique, on n’est pas du tout dans la représentation du jugement, du rachat, de la rançon et de la dette, donc de la rédemption, mais de l’amour gratuit de Dieu pour le monde, pour l’homme, pour tous
les hommes. Il y a là une dimension proprement universelle de la croix,
et donc aussi de la résurrection. Il faut souligner que chez Jean, Jésus parle de sauver le monde : ce n’est pas sauver les croyants. Cela souligne bien cette dimension universelle dans l’acte de Jésus Fils de Dieu : pour tous.
Ce caractère universel de la signification et de la portée de la mort de Jésus sur la croix est, de son côté, fortement affirmé par l’expression « une fois pour toutes » dans la lettre aux Hébreux, (9, 27-28) où elle intervient cinq fois, toujours en rapport avec la croix et le péché.
« Comme le sort des hommes est de mourir une seule fois, (après quoi vient le jugement), ainsi le Christ fut offert une seule fois pour enlever le péché de la multitude ».
Enfin, le Père Ignace Berten fait remarquer que René Girard, dans son ouvrage
« Des choses cachées depuis la fondation du monde », analyse la manière dont Jésus a voulu racheter l'humanité. Selon ce philosophe, Jésus n'était nullement obligé de se faire tuer ou crucifier pour racheter les péchés des hommes. Jésus ne s'est pas incarné pour racheter l'humanité sur une croix mais pour annoncer une parole évangélique non-violente destinée à transformer, transfigurer le monde. Que Jésus se soit laissé condamner et crucifier résulte du fait qu'il a respecté lui-même jusqu'au bout l'impératif de non-violence
qu'il s'est fixé, alors que ses adversaires ne l'ont pas respecté et se sont laissés influencer par Satan, principe violent.
Mais par sa résurrection, Jésus a tout de même vaincu Satan et la mort, et cela toujours de manière non-violente.
En conclusion :
« Le Christ est mort pour nos péchés. »
« Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés
dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés », nous dit Saint Paul.
« Le Seigneur (Dieu) a fait retomber sur lui (le Serviteur souffrant) nos fautes à nous tous » a prophétisé Isaïe.
Il n’est pas question de rançon ou de rachat mais de pardon.
Jésus n’est pas mort sur la Croix pour racheter le « péché d’Adam »,
le « péché originel », commis par nos premiers parents, qui se transmettrait à tous les hommes, par la naissance, de parents à enfants.
Non, Jésus est mort et ressuscité pour nous offrir, à nous tous, à la multitude, croyants et non-croyants, passés, présents et à venir, le pardon de nos péchés et notre salut.