Le « Notre Père » est appelé parfois « l’oraison dominicale » c'est-à-dire, littéralement, « la prière du Seigneur », du latin « Oratio Dominica » et non pas la prière de la messe du dimanche, ce qui serait très réducteur.
Elle est la prière la plus répandue chez tous les chrétiens. Prononcée lors des assemblées œcuméniques,
- par les catholiques et les orthodoxes en particulier durant chaque célébration eucharistique,
- par les anglicans pendant les offices divins,
- par les protestants luthériens et réformés à chaque culte.
Elle nous a été enseignée par Jésus-Christ lui-même répondant à la demande d’un de ses disciples qui l’avait vu prier : « Seigneur apprends-nous à prier, comme Jean (Baptiste) l’a appris à ses disciples » (Luc 11 : 1)
Le notre PÈRE
Dieu n’est « pas genré », il ne fait pas partie du genre humain.
Il n’est « pas une créature », il n’est ni homme ni femme, ni masculin ni féminin, il est « communion ».
Il n’a pas de corps physique : l’évangéliste Jean 4:24 nous dit que
« Dieu est Esprit ».
La « paternité de Dieu » est un procédé de langage, une métaphore familiale. Il ne s’agit pas d’une « paternité charnelle » mais bien « spirituelle ».
Nous évoluons dans un contexte de société patriarcale, où le père est la figure centrale de la famille, l’autorité du « pater familias »
« le Retour du fils prodigue » de Rembrandt, peint en 1668, l’a bien compris. Cette huile sur toile, conservée depuis 1766 au musée de l'Ermitage,
à Saint-Pétersbourg, représente une scène de la parabole du fils prodigue, citée dans l'Évangile de Luc 15:11-32.
Son père le reçoit d'un geste tendre. Ses mains semblent suggérer la maternité et la paternité ;
la gauche posée sur l'épaule du fils à ses genoux, apparaît plus grande et plus masculine, tandis que la droite est plus douce et plus réceptive.
La bienheureuse Julienne de Norwich, née aux environs de 1342 et décédée en 1416, religieuse mystique anglaise ayant vécu comme recluse écrit : « Comme il est vrai que Dieu est notre Père, il est également vrai que Dieu est notre mère »
Le directeur juif de la « Jewish Publication Society » indique que
« Quand d’anciennes traductions désignaient Dieu par “Lui ” ou “Seigneur”, elles ne signifiaient pas nécessairement que Dieu est un homme. »
Le grand théologien orthodoxe Olivier Clément, dans son livre « Trois prières » écrit dans son commentaire de celle du Notre Père :
« Ce père transcende la dualité sexuelle.
Saint Jean nous parle du « sein du Père », toute la Bible évoque ses « entrailles de miséricorde » « rahamim » au sens utérin :
ce Père est matriciel, il « sent » ses enfants, comme une mère « sent » les siens, de tout son être, de toute sa chair, avec ses entrailles »
Pourtant, en raison des connotations sexuées du mot « père », de nombreux chrétiens présupposent une masculinité de Dieu. Cette hypothèse conduit à une forme de hiérarchisation erronée entre hommes et femmes.
Jésus a voulu nous présenter Dieu comme un Père aimant ses enfants,
« Abba », expression araméenne utilisée par des enfants pour appeler leur Papa.
Le NOTRE Père
Est une prière communautaire, une prière collective. Jésus ne nous a pas enseigné une prière individuelle :
Il n’a pas dit « Mon Père », « donne-moi le pain de ce jour »,
« pardonne-moi mes offenses », « ne me laisse pas entrer en tentation »
Dieu est « le Père de nous toutes et tous, passés, présents et à venir ». Il est notre Père commun.
Le père du riche comme du pauvre.
du milliardaire comme du sans domicile fixe.
Personne ne peut se l’approprier, surtout pas « les âmes dites religieuses » qui méprisent dans leur orgueil les « âmes pécheresses », les « prostituées » et les « gens de rien » !
Dans l’Evangile de Matthieu 9:13, Jésus dit :
« Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »
C’est aussi une prière fraternelle
Jésus nous demande de considérer son Père comme également le nôtre. Il fait de nous ses frères et sœurs, enfants, avec lui, d’un même Dieu.
Qui est AUX CIEUX
Dieu n’est pas localisable !
Jésus n’a pas dit « qui se trouve au Temple de Jérusalem » ou « à la Synagogue ». Comme nous ne pouvons pas dire « qui se trouve à l’église », à Rome, Lourdes ou Fatima.
Olivier Clément dit que « les « cieux » évoquent le caractère inaccessible, abyssal du Père, un Dieu au-delà de Dieu, hyperthéos dit Denis l’Aéropagite ».
Il rappelle que « les Pères parlent par exemple du saisissement qui s’empare de l’homme lorsque, parvenu au bord d’une haute falaise, la mer vertigineuse s’ouvre devant lui ».
Il ajoute que « si justement le ciel sert de symbole à la transcendance c’est sans doute parce que l’azur profond – particulièrement dans les pays méditerranéens – est à la fois au-delà de nos prises et partout présent, enveloppant tout, pénétrant tout de sa lumière ». (Olivier Clément, Trois prières, DDB, p.24)
QUE TON NOM SOIT SANCTIFIÉ
La traduction Œcuménique de la Bible écrit « Fais connaître à tous qui tu es ».
En note, elle précise que « puisque Dieu est le Saint par excellence, ( cette prière) ne peut signifier qu’on ajoute quoi que ce soit à sa sainteté ; mais elle indique qu’on reconnaît, qu’on manifeste ce qu’il est, qu’on lui rend gloire. »
Le dictionnaire Larousse indique que sanctifier c’est « attribuer à quelque chose un caractère sacré, noble, exceptionnel, le placer au-dessus de tout ».
Sanctifier signifie quelquefois « louer, bénir, fêter ».
« Le nom – dit encore Olivier Clément – invoque et évoque la Présence. Il n’a pas prise sur elle, comme dans les magies, il nous offre à elle. »
Ainsi, dans la prière de Jésus, celle des pères du désert et celle du Pèlerin russe,
« Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur », l’invocation du Nom rend Dieu présent.
QUE TON RÈGNE VIENNE
Olivier Clément signale qu’une variante très ancienne de l’Evangile de Luc remplace « Vienne ton Royaume » par « Vienne ton Esprit Saint et qu’il nous communique ton Royaume » : c’est-à-dire ta gloire, ta shekhinah (ta présence divine en hébreu), tes énergies, ta grâce, ta lumière, ta vie, ta force, ta joie … »
Dans l’Evangile de Luc 17 : 20-21, Jésus répond à cette demande :
« Comme les pharisiens demandaient à Jésus quand viendrait le règne de Dieu, il prit la parole et dit : « La venue du règne de Dieu n’est pas observable.
On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous. »
Le « règne de Dieu » est déjà parmi nous, au milieu de monde, au cœur de notre histoire. Il ne se trouve pas dans un lieu particulier ou à une époque déterminée.
QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL
Dans l’Evangile de Jean, 6, 39, Jésus dit « La volonté de celui qui m'a envoyé, c'est que je ne perde rien de tout ce qu'il m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour ». « La volonté de Dieu est qu’à la fin rien ne soit perdu »
Cette prière a été prononcée par Jésus lui-même, à Gethsémani, à un moment d’angoisse devant sa mort imminente : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne
qui se fasse » (dans l’ Evangile de Luc, 22, 42).
Nous demandons à Dieu son aide pour accomplir sa volonté et pour faire de nous des ouvriers de son Royaume.
DONNE-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN DE CE JOUR
Nous demandons à Dieu la nourriture terrestre indispensable pour nous maintenir en vie, le pain nécessaire à notre vie de tous les jours.
Mais nous lui demandons également la nourriture spirituelle, la nourriture de l’âme, de l’esprit.
Dans l’Evangile de Matthieu 4 : 2 à 4, il est dit que Jésus fût tenté au désert :
« Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, Jésus eut faim. Le tentateur, s'étant approché, lui dit : Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pipar Nikolaierres deviennent des pains.
Jésus répondit : Il est écrit : L'homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Cette demande du Notre Père peut ainsi être associée à la béatitude dans l’Evangile de Matthieu 5 : 6 « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés »
Psaume 107 : 1 et 9 « Louez l'Eternel, car il est bon, Car sa miséricorde dure
à toujours ! Car il a satisfait l'âme altérée, Il a comblé de biens l'âme affamée. »
PARDONNE NOUS NOS OFFENSES, COMME NOUS PARDONNONS À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS
Dans les évangiles, Jésus nous invite à de nombreuses reprises à pardonner.
Il a souvent proclamé que pour nous accorder son pardon, Dieu nous demande de pardonner à nos frères et sœurs.
Evangile de Matthieu 6 : 14-15 « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes. »
Evangile de Matthieu 5 : 23-24 « Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. »
Evangile de Matthieu 5 : 44-47 « Moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ?
Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? »
Evangile de Matthieu 7 : 1-2 « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera. »
NE NOUS LAISSE PAS ENTRER EN TENTATION
L’ancienne traduction, celle que j’ai connue dans mon enfance, disait
« ne nous laisse pas succomber à la tentation ».
Adoptée par un compromis œcuménique passé en 1966, avec les orthodoxes et les protestants, après la fin du concile Vatican II, l’Eglise l’a traduit par
« ne nous soumets pas à la tentation », traduction qui se voulait littérale du latin.
Une nouvelle traduction du Notre Père est entrée en vigueur le 3 décembre 2017. Elle la remplace par « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».
Dans sa lettre de Saint Jacques 1:13-14, il est clairement proclamé :
« Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal,
et lui-même ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l’entraîne et le séduit. »
À la veille de sa mort, à Gethsémani, il trouve ses disciples en train de dormir et dit à Pierre dans l’Evangile de Matthieu 26 : 40-41 :
« Ainsi vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ! Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation.
L’esprit est plein d’ardeur mais la chair est faible ».
MAIS DELIVRE-NOUS DU MAL
Le Mal, le Malin ou Satan, l’Adversaire ou encore le Tentateur. Cette prière est à mettre en relation avec la précédente :
« ne nous laisse pas seuls aux mains du Tentateur »
La Traduction Œcuménique de la Bible (la TOB) indique en note que
« De toute façon, le mal est ici compris en relation avec une puissance malveillante »
Le Tentateur, c’est lui qui pousse Adam et Eve à manger le fruit défendu, à désobéir à Dieu et à se rebeller contre lui.
C’est lui qui demande à Dieu d’éprouver Job pour qu’il le maudisse sur son fumier et prouve ainsi que sa foi est uniquement intéressée.
C’est encore lui qui tente Jésus au désert.
C’est toujours lui qui nous tente tous les jours …
Voilà les mots que Jésus nous a enseignés « Vous donc, priez ainsi »
C’est la prière que le Seigneur lui-même nous a laissée et que « nous osons dire ».
Elle contient toutes les prières à Dieu.
Puissions-nous la faire nôtre.