Le site de « L’Eglise catholique en France », édité par la Conférence des Evêques de France répond ainsi le 23 septembre 2020 dans son dossier « Jubilé de la Miséricorde » :
La miséricorde est une attitude caractéristique de Dieu qui peut le définir tout entier : comme le disait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, « Il n’est qu’amour et miséricorde ».
La miséricorde est révélatrice du soin dont le Père entoure ses enfants : Dieu écoute avec attention ce qui monte du cœur de l’homme ce qui provoque en Lui une attention quasi-maternelle.
L’homme peut alors accepter de voir la misère, la pauvreté, l’étroitesse de sa vie. Face à nos difficultés à aimer et à pardonner, Dieu lui-même vient combler nos manques et restaurer notre humanité pour nous orienter vers une vie plus donnée.
En latin Miseri veut dire « les pauvres » et Cor, « le cœur ». Miseri-cor, c’est le cœur vers les pauvres.
La miséricorde consiste à avoir le cœur qui bat pour les pauvres. Quoi de plus beau, de plus chaleureux, de plus courageux !
Le mot miséricorde, dit Saint Thomas d’Aquin, signifie un cœur rendu misérable par la misère d’autrui.
La miséricorde, c’est la compassion pour toutes les formes de souffrances ;
c’est la patience bienveillante devant la lenteur de la conversion ;
c’est le pardon généreux envers qui se reprend ;
c’est le cœur qui s’ouvre devant la misère du prochain.
Ce cœur sensible à la misère ne se réduit pas à des sentiments à de l’émotion.
Ce cœur est une attitude de toute la personne, un engagement de la volonté, à la fois une disposition de l’âme et une manière d’agir. Il pousse à vouloir faire cesser la misère du prochain comme on le ferait pour la sienne.
La miséricorde n’est pas une posture humaine, même relookée. C’est l’être intime de Dieu, son cœur de Père, sa bienveillance envers les hommes et le monde, son attribut ultime, l’expression la plus haute de sa justice.
La miséricorde, telle que l’Écriture Sainte nous la dévoile, c’est Dieu saisi aux entrailles par ma détresse qui vient à mon secours et me délivre.
La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours Extraits de la Bulle d'indiction du 11 avril 2015 du Pape François du « Jubilé extraordinaire de la miséricorde » Une bulle pontificale (ou « bulle papale » ou « bulle apostolique ») est un document scellé (du latin « bulla », « sceau ») par lequel le pape pose un acte juridique important tel que l’indiction d’une année sainte du latin « indictio », « annonce ».
À l'origine, le terme désigne le sceau de métal, en plomb ou en or, attaché à un document pour l'authentifier.,
« La miséricorde est, dans l’Ecriture, le mot-clé pour indiquer l’agir de Dieu envers nous. Elle est source de joie, de sérénité et de paix. »
« La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie. La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché. »
Pape François, Bulle d’Indiction, N°2.
« La miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle Il révèle son amour comme celui d’un père et d’une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d’eux-mêmes par leur fils. Il est juste de parler d’un amour « viscéral ». Il vient du cœur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d’indulgence et de pardon. » Pape François, Bulle d’indiction, N°6
Catéchèse du Pape François du 30 mars 2016 sur le Psaume 50 (51) appelé le « Miserere »
« Il s’agit d’une prière pénitentielle où la demande de pardon de celui qui prie est précédée par la confession de sa faute et, se laissant purifier par l’amour du Seigneur, il devient une créature nouvelle, capable d’obéissance, d’un esprit ferme et d’une louange sincère.
Le ‘titre’ que l’antique tradition juive a donné à ce psaume fait référence au Roi David et à son péché avec Bethsabée, la femme d’Urie le Hittite. Nous connaissons bien cette histoire. Le roi David, appelé par Dieu à faire paître son peuple et à le guider sur des chemins d’obéissance à la Loi divine, trahit sa mission et, après avoir commis un adultère avec Bethsabée, il fait tuer son mari.
Péché horrible ! Le prophète Nathan lui révèle sa faute et l’aide à la reconnaître. C’est le moment de sa réconciliation avec Dieu, à travers la confession de son péché. Et là, David a été humble, il a été grand !
Qui prie avec ce psaume est invité à avoir les mêmes sentiments de repentir et de confiance en Dieu que David lorsqu’il s’est ressaisi et, bien qu’étant roi, il s’est humilié sans craindre de confesser sa faute et de montrer sa misère au Seigneur, mais convaincu de la certitude de sa miséricorde.
Et ce n’était pas un petit péché, un petit mensonge, qu’il avait fait : il avait commis un adultère et un meurtre !
Le psaume commence par ces paroles de supplication :
« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense » (v. 3-4).
L’invocation est adressée au Dieu de miséricorde pour que, poussé par un grand amour tel celui d’un père ou d’une mère, il ait pitié, c’est-à-dire qu’il fasse grâce, qu’il montre sa faveur avec bienveillance et compréhension.
C’est un appel pressant vers Dieu, le seul qui puisse libérer du péché. Des images très plastiques sont utilisées : efface, lave-moi, purifie-moi.
Dans cette prière se manifeste le véritable besoin de l’homme : l’unique chose dont nous ayons vraiment besoin dans notre vie est d’être pardonnés, libérés du mal et de ses conséquences de mort.
Malheureusement, la vie nous fait bien souvent faire l’expérience de ces situations ; et dans ces cas-là, nous devons avant tout avoir confiance en la miséricorde.
Dieu est plus grand que notre péché. N’oublions pas cela : Dieu est plus grand que notre péché ! « Père, je ne sais pas comment le dire, j’en ai fait de belles, beaucoup ! » Dieu est plus grand que tous les péchés que nous pouvons faire. Dieu est plus grand que notre péché. (…)
Et son amour est un océan dans lequel nous pouvons nous immerger sans peur d’être submergés : pour Dieu, pardonner signifie nous donner la certitude qu’il ne nous abandonne jamais.
Quoi que nous puissions nous reprocher, il est encore et toujours plus grand que tout (cf. 1 Jn 3, 20), parce que Dieu est plus grand que notre péché.
En ce sens, celui qui prie avec ce psaume recherche le pardon, confesse sa faute mais, en la reconnaissant, il célèbre la justice et la sainteté de Dieu. Et puis encore, il demande grâce et miséricorde.
Le psalmiste a confiance dans la bonté de Dieu, il sait que le pardon divin est éminemment efficace parce que Dieu crée ce qu’il dit. Il ne cache pas le péché, mais le détruit et l’efface ; mais il l’efface vraiment à la racine, non pas comme à la teinturerie quand nous apportons un vêtement et qu’on efface la tache.
Non ! Dieu efface notre péché vraiment à la racine, tout ! C’est pourquoi le pénitent redevient pur, toutes ses taches sont éliminées et il est maintenant plus blanc que la neige non contaminée.
Nous sommes tous pécheurs. C’est vrai, cela ? Si l’un d’entre vous ne se sent pas pécheur, qu’il lève la main… Personne ! Nous le sommes tous.
Avec le pardon, pécheurs, nous devenons des créatures nouvelles, comblés de l’Esprit et remplis de joie
Maintenant, une nouvelle réalité commence pour nous : un cœur nouveau, un esprit nouveau, une vie nouvelle.
Pécheurs pardonnés, nous qui avons accueilli la grâce divine, nous pouvons même enseigner aux autres à ne plus pécher. « Mais Père, je suis faible, je tombe, je tombe. — Mais si tu tombes, relève-toi ! Relève-toi ! » Quand un enfant tombe, que fait-il ? Il tend la main vers sa maman, son papa, pour qu’ils le relèvent.
Faisons la même chose ! Si tu tombes dans le péché par faiblesse, tends la main : le Seigneur la prend et il t’aidera à te relever. C’est cela, la dignité du pardon de Dieu ! La dignité que nous donne le pardon de Dieu consiste à nous relever, à nous remettre toujours debout, parce qu’il a créé l’homme et la femme pour qu’ils soient debout.
Le psalmiste, dans le Psaume 50, (v. 12.15) dit :
« Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit… Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés ».
Chers frères et sœurs, le pardon de Dieu est ce dont nous avons tous besoin et c’est le signe le plus grand de sa miséricorde.
Un don que tout pécheur pardonné est appelé à partager avec tous les frères et sœurs qu’il rencontre.
Tous ceux que le Seigneur a mis à côté de nous, les membres de notre famille, nos amis, nos collègues, les paroissiens… ils ont tous, comme nous, besoin de la miséricorde de Dieu. C’est beau d’être pardonné mais toi aussi, si tu veux être pardonné, pardonne à ton tour. Pardonne ! »
Pape François, « Evangelii Gaudium »
« Evangelii gaudium » (« la joie de l'Évangile ») est la première lettre d'exhortation apostolique émise par le pape François le 24 novembre 2013 lors d'une messe solennelle clôturant symboliquement l'« Année de la foi ».
Elle touche différents sujets tels que l'obligation qu'ont les chrétiens envers les pauvres ainsi que leur devoir de maintenir un ordre économique, politique et légal juste.
Elle comprend surtout les idées personnelles du pape François. À la différence des lettres d'exhortation apostolique des papes précédents, « Evangelii gaudium » n'est pas écrite dans un style académique, mais plutôt dans un langage facilement compréhensible et plus captivant.
« Il est si bon de revenir à Lui lorsque nous nous sommes égarés! J’insiste encore une fois : Dieu ne se lasse jamais de pardonner, c’est nous qui nous lassons d’avoir recours à sa miséricorde. Celui qui nous a invités à pardonner « soixante-dix-sept fois sept fois » (Mt 18,22) nous donne l’exemple : Il pardonne soixante-dix-sept fois sept fois. Il nous reprend sur ses épaules, une fois et une autre. Nul ne saurait nous ravir la dignité que nous accorde cet amour infini et inébranlable ». Pape François, « Evangelii Gaudium », n.3
« L’Église doit être le lieu de la miséricorde gratuite, là où tout le monde puisse se sentir accueilli, aimé, pardonné et encouragé à vivre selon la bonté de vie de l’Évangile. » Pape François, « Evangelii Gaudium », n. 114
Le Pape François a fait une très belle méditation sur la « Parabole du Fils prodigue » dans l'Évangile de Luc 15, 11–32.
Le Fils prodigue est l'une des paraboles donnée par Jésus de Nazareth, également appelée parabole du Fils perdu ou de l’Enfant prodigue ;
On l'appelle quelquefois le Père miséricordieux, ou le Fils retrouvé, ou encore la parabole du Père et des deux fils.
Qui se trouve au Musée de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg Et qui représente le Père accueillant son fils, ses deux mains reposant sur son dos, l’une féminine et l’autre masculine.
Voici cette homélie du Pape François :
« Nous célébrons aujourd’hui le deuxième dimanche de Pâques, appelé aussi « de la Divine Miséricorde ».
« Que cette réalité de foi est belle pour notre vie: la miséricorde de Dieu. L’amour que Dieu a pour nous est si grand, si profond. C’est un amour qui ne décroît pas, qui saisit toujours notre main, qui nous soutient, nous redresse, nous guide ».
« Relire la parabole du Père miséricordieux me fait toujours grande impression, cela me fait impression parce qu’elle me donne toujours une grande espérance.
Pensez au plus jeune fils qui était dans la maison de son Père, il était aimé ; et pourtant il veut sa part d’héritage ; il s’en va, il dépense tout, il arrive au plus bas niveau, plus loin de son Père ; et quand il a touché le fond, il a la nostalgie de la chaleur de la maison paternelle et il retourne.
Et le Père ? Avait-il oublié son fils ? Non, jamais. Il est là, il l’aperçoit de loin, il l’attendait chaque jour, chaque moment: il est toujours resté dans son cœur comme un fils, même s’il l’avait abandonné, même s’il avait dilapidé tout le patrimoine, c’est-à-dire sa liberté;
le Père, avec patience et amour, avec espérance et miséricorde n’avait pas cessé un instant de penser à lui, et à peine l’aperçoit-il encore au loin, il court à sa rencontre et l’embrasse avec tendresse, la tendresse de Dieu, sans une parole de reproche : il est revenu !
Et c’est cela la joie du père. Dans le fait d’embrasser son fils, il y a toute cette joie : il est revenu ! Dieu nous attend toujours, il ne se fatigue pas. Jésus nous manifeste cette patience miséricordieuse de Dieu pour que nous retrouvions confiance, espérance, toujours !
Un grand théologien allemand, Romano Guardini, disait que Dieu répond à notre faiblesse avec sa patience et c’est le motif de notre confiance, de notre espérance (cf. Glaubenserkenntnis, Würzburg 1949, p. 28).
Et le Pape François de conclure son homélie :
Rappelez-vous saint Paul : de quoi je me vanterai, sinon de ma faiblesse, de ma pauvreté ?
C’est vraiment dans le fait de ressentir mon péché, dans le fait de regarder mon péché que je peux voir et rencontrer la miséricorde de Dieu, son amour et aller à lui pour en recevoir le pardon.
Dans ma vie personnelle, j’ai vu bien des fois le visage miséricordieux de Dieu, sa patience ; j’ai vu aussi en de nombreuses personnes le courage d’entrer dans les plaies de Jésus en lui disant : Seigneur, me voici, accepte ma pauvreté, cache dans tes plaies mon péché, lave-le avec ton sang. Et j’ai toujours vu que Dieu l’a fait, a accueilli, consolé, lavé, aimé.
Chers frères et sœurs, laissons-nous envelopper par la miséricorde de Dieu ; comptons sur sa patience qui nous donne toujours du temps ; ayons le courage de retourner dans sa maison, de demeurer dans les blessures de son amour, en nous laissant aimer par lui, de rencontrer sa miséricorde dans les sacrements. Nous éprouverons sa tendresse, si belle, nous sentirons qu’il nous embrasse et nous serons nous aussi plus capables de miséricorde, de patience, de pardon, d’amour.
Déjà, le 17 mars 2013, quatre jours après son élection comme pape, François, lors de son premier Angélus, place Saint Pierre, a fait l’éloge d’un livre du Cardinal Walter Kasper « La miséricorde notion fondamentale de l'Evangile : clé de la vie chrétienne » (en FR aux Editions Béatitudes)
«Ces jours-ci, j’ai pu lire un livre d’un cardinal – le cardinal Kasper, un théologien très bien, un bon théologien – sur la miséricorde. Ce livre m’a fait tant de bien, mais ne croyez pas que je fais de la publicité pour les livres de mes cardinaux! Ce n’est pas cela! Il m’a fait tant de bien, tant de bien…
Le cardinal Kasper disait que faire l’expérience de la miséricorde change tout. C’est la plus belle parole que nous puissions entendre: elle change le monde. Un peu de miséricorde rend le monde moins froid et plus juste. Il nous faut bien comprendre cette miséricorde de Dieu, ce Père miséricordieux qui a tant de patience… Rappelons-nous du prophète Isaïe, qui affirmait que même si nos péchés étaient rouges comme l’écarlate, l’amour de Dieu les rendrait blancs comme la neige. C’est beau, la miséricorde ! »
Nous avons écouté aujourd’hui le Pape François sur la Miséricorde divine, Sujet qui lui tient particulièrement à cœur depuis le début de son pontificat.