Dans la théologie chrétienne, la justification est la transformation du pécheur en serviteur juste de Dieu.
C’est une réponse à la question fondamentale : Comment l'homme devient-il juste aux yeux de Dieu ?
La doctrine de la justification par la foi a joué un grand rôle au moment de la Réforme protestante, lorsque Martin Luther, préoccupé par son salut
et insatisfait des réponses de l'Église, a réévalué l'importance de l'Écriture en lisant l'épître de saint Paul aux Romains.
La doctrine de la justification chez saint Paul
Elle part d’une expérience personnelle et fondatrice de Paul.
Sur la route de Damas, lorsque qu’il rencontra Jésus ressuscité et
« tomba à terre », « enveloppé d’une lumière qui venait du ciel »
(Actes des Apôtres 9, 3), Paul était un Juif érudit, pratiquant, orthodoxe, mais « ne respirant toujours que menaces et meurtres contre les disciples du Seigneur » (Actes 9,1).
Très respectueux de la Loi de Moïse et de ses prescriptions, il se croyait juste et irréprochable aux yeux de la Loi et donc de Dieu.
Dans sa lettre aux Galates (1, 13-14) Paul se décrit sans complaisance :
« Vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans
le judaïsme : avec quelle frénésie je persécutais l’Eglise de Dieu (c’est-à- dire les Chrétiens) et je cherchais à la détruire ; je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères. »
Il persécuta les chrétiens, il approuva et assista à la lapidation d’Etienne, premier martyr des chrétiens (Actes 7, 58).
Lorsqu’il rencontra Jésus, son existence fut radicalement bouleversée.
C'est suite à cette révélation de la personne de Jésus-Christ ressuscité que Paul placera dorénavant au centre de son message et de ses lettres
une opposition radicale entre deux chemins vers la justice : l'un s’appuyant sur les œuvres de la Loi de Moïse et l'autre fondé sur la foi dans le Christ.
Dans cette même lettre aux Galates (2, 15-16), Paul proclame :
« Nous, nous sommes Juifs de naissance, nous ne sommes pas de ces pécheurs que sont les païens; cependant nous le savons bien,
ce n'est pas en observant la Loi que l'homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c'est pourquoi nous avons cru en Jésus Christ pour devenir des justes par la foi au Christ, mais non par la pratique de la loi de Moïse, car personne ne devient juste
en pratiquant la Loi. »
Dans sa lettre aux Philippiens (3, 7), il reconnaît :
« Hébreu, fils d’Hébreux ; pour la loi, Pharisien, ; pour le zèle, persécuteur de l’Église ; pour la justice qu’on trouve dans la loi, devenu irréprochable (…)
Or toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ. Mais oui, je considère que tout est pertes en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus-
Christ mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu et
je considère tout cela comme ordures afin de gagner Christ, et d’être trouvé en lui, non plus avec une justice à moi, qui vient de la loi,
mais avec celle qui vient par la foi au Christ, la justice qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi. »
Il le redit dans sa lettre aux chrétiens de Rome (Romains 3, 23-24 et 28) :
« Tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu, lui qui leur donne d'être des justes par sa seule grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus ».
« En effet, nous estimons que l'homme devient juste par la foi, indépendamment des actes prescrits par la loi de Moïse » (3, 28).
Comme le souligne le Pape Benoît XVI, dans sa catéchèse sur la « Doctrine de la Justification chez Saint Paul », lors de son audience générale du mercredi 19 novembre 2008 :
« Pour Saint Paul comme pour tous ses contemporains, le mot Loi signifiait la Torah dans sa totalité, c'est-à-dire les cinq livres de Moïse.
La Torah impliquait, dans l'interprétation pharisienne, celle étudiée et reprise par saint Paul, un ensemble de comportements qui allaient du noyau éthique jusqu'aux observances rituelles et cultuelles
qui déterminaient substantiellement l'identité de l'homme juste.
En particulier la circoncision, les observances concernant les aliments purs et plus généralement la pureté rituelle, les règles sur l'observance du sabbat, etc. »
L’explicitation de la doctrine de la justification par la foi dans la lettre de Saint paul aux Romains 7, 13-25
Cette lettre est dictée par Saint Paul à Tertius, en 57 ou 58 après Jésus-Christ, au moment où il se trouve probablement à Corinthe.
Il estime avoir achevé sa tâche en Orient et se propose désormais d’apporter l’Évangile en Occident, et d’y fortifier la foi des chrétiens de Rome.
Il décide d’envoyer un billet à l’Église de Rome, qu’il ne connaît pas encore, pour exposer aux Romains et à tous les croyants les thèmes majeurs de sa théologie, de ce qu’il appelle « mon évangile » (2, 16).
Paul est conscient du danger qui menace l’Église : elle risque de se diviser en deux communautés, l’une judéo-chrétienne et l’autre, celle des païens convertis, coupée de la première et sans lien avec l’Ancien Testament.
Ainsi, à Rome, coexistaient les convertis du judaïsme et les convertis du paganisme. D’où son appel : « Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis ». La lettre n’est pas adressée à « L’Église de Dieu », comme le sont ses autres lettres, ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas ici d’une communauté unie.
Paul proclame que nous sommes tous pécheurs, même lui, pourtant Juif pharisien irréprochable aux yeux de la Loi de Moïse.
Nous sommes tous pécheurs, tous autant que nous sommes : les Juifs et les Judéo-chrétiens, comme les païens nouveaux convertis.
Le respect par les Juifs des multiples prescriptions de la Loi de Moïse, notamment la circoncision, ne les rendent pas plus saints que les autres.
Tous sont invités à servir Dieu d’une façon nouvelle, celle de l’Esprit et non plus celle de la lettre de la Loi.
Cette lettre de Paul aux Romains recevra différentes interprétations à l’origine de l’opposition de Luther.
La doctrine de la justification par la foi a joué un grand rôle au moment de la Réforme protestante, lorsque Martin Luther, préoccupé par son salut et
insatisfait des réponses de l'Église, a réévalué l'importance de l'Écriture en lisant l'épître de Paul aux Romains.
Pour les luthériens, la certitude du salut est un don de Dieu qui est reçu par la foi seule et ne dépend pas des bonnes œuvres.
Tandis que pour les catholiques, la certitude du salut est un don de Dieu qui peut grandir au fil du temps par la foi et les bonnes œuvres.
Les catholiques s’appuient notamment sur la Lettre de Saint Jacques (2, 14) :
« À quoi bon, mes frères, dire qu’on a de la foi, si l’on n’a pas d’œuvres ? La foi peut-elle sauver dans ce cas ? (…) La foi qui n’aurait pas d’œuvres est morte dans son isolement. (…) Veux-tu te rendre compte, pauvre être, que la foi est inopérante sans les œuvres ? »
C'est pourquoi l'expression l’affirmation "sola fide" de Luther est vraie, si l'on n'oppose pas la foi à la charité, à l'amour.
La foi c'est regarder le Christ, s'en remettre au Christ, s'attacher au Christ, se conformer au Christ, à sa vie.
Et la forme, la vie du Christ c'est l'amour ; donc pour les catholiques, croire c'est se conformer au Christ et entrer dans son amour.
Le rôle des sacrements dans la justification
Les catholiques considèrent les sacrements comme des moyens de grâce essentiels, nécessaires au salut et à la croissance spirituelle, tout en respectant la possibilité pour Dieu d'agir en dehors de ces sacrement (le baptême ou la confession lorsqu'elle n'est pas possible dans l'immédiat, par exemple).
Les luthériens, eux, affirment que les sacrements ne sont pas nécessaires au salut, qui est reçu par la foi seule en Jésus-Christ. Pour les luthériens, les sacrements servent plutôt à manifester et à sceller la grâce que Dieu
a déjà accordée au croyant.
Antonio Vivaldi : Le Psaume 126 « Nisi Dominus »,
« Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les maçons »
Par ce psaume, le roi Salomon exhorte son peuple juif,au Xe siècle av. J.-C., à mettre sa foi et sa confiance en Dieu, en l’assurant qu'il ne doit attendre le succès de sa vie que de lui, et qu'il ne sert à rien d'œuvrer sans la présence de Dieu à ses côtés.
La Déclaration commune sur la justification par la foi
Une Déclaration commune sur la justification par la foi fut signée en l'église Sainte-Anne d'Augsbourg le 31 octobre 1999 par le cardinal Edward Cassidy, représentant de l'Église catholique, et l’évêque Christian Krause, président de la Fédération mondiale luthérienne.
Les deux parties présentent leur accord sur cette question théologique qui les avait divisés au cours de l'histoire : est-on sauvé par ses œuvres ou par sa foi ?
Cet accord est présenté comme l'obtention d'un « consensus dans les vérités fondamentales de la doctrine de la justification ».
L'accord a ainsi permis la levée des condamnations réciproques qui avaient eu lieu dès l'avènement de la Réforme sur ces questions doctrinales.
La déclaration énonce des positions communes, notamment :
« Nous confessons ensemble que la personne humaine est, pour son salut, entièrement dépendante de la grâce salvatrice de Dieu. »
Nous confessons ensemble que le pécheur est justifié au moyen de la foi en l’œuvre salvatrice de Dieu en Christ.
Nous confessons ensemble que l’homme est justifié par la foi en l’Evangile « indépendamment des œuvres de la loi » (Rm 3, 28)
Nous confessons ensemble que les bonnes œuvres – une vie chrétienne dans la foi, l’espérance et l’amour – sont les conséquences de la justification et en représentent les fruits.
Le 18 juillet 2006 la déclaration a été signée par le Conseil méthodiste mondial à Séoul en présence du cardinal Walter Kasper, président du Conseil
pontifical pour l’unité des chrétiens, du révérend Ismael Noko, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale et du pasteur Samuel Kobia, lui-
même méthodiste et secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (COE).
La Communion mondiale d'Églises réformées (CMER) s’est associée officiellement à la déclaration sur la justification lors d’un culte le 5 juillet 2017 à l’église de Wittenberg.
Le 31 octobre 2017, dernier jour de l’année jubilaire marquant le
500e anniversaire de la Réforme protestante, l’archevêque de Cantorbéry, primat de la communion anglicane, a annoncé que son Église rejoignait la Déclaration commune sur la justification par la foi.
Catéchèse du Pape François sur la Lettre de saint Paul aux Galates
Lors de l’audience générale du 29 septembre 2021, dans la salle Paul VI
au Vatican, le pape François a poursuivi sa catéchèse sur la Lettre aux Galates de Saint Paul.
« Mais, qu’est-ce que la justification ? », a-t-il interrogé.
« Nous, qui étions des pécheurs, (nous) sommes devenus des justes. »
« Qui alors nous a rendus justes ? »,
« Ce processus de transformation est la justification »,
« nous, devant Dieu, (nous) sommes justes. »
Dans la Lettre aux Galates, ainsi que dans celle aux Romains, a souligné le pape
« Paul insiste sur le fait que la justification vient de la foi en Christ ».
Reconnaissant qu’ « il n’est pas facile de parvenir à une définition exhaustive » de la justification, François explique que dans l’ensemble de la pensée de saint Paul, « nous pouvons simplement dire que la justification est la conséquence de “la miséricorde de Dieu qui offre le pardon” ».
« La justification c’est Dieu qui pardonne (à) chacun dès le commencement, en Christ », a-t-il souligné.
Saint Paul conquis par le Christ, et la foi en lui « qui l’a transformé en profondeur », a poursuivi le pape François, lui a permis « de découvrir une vérité jusqu’alors cachée : nous ne devenons pas justes
par nos propres efforts ».
Non, a affirmé François, « ce n’est pas nous mais c’est le Christ, avec la force de sa grâce, qui nous rend justes ». « Nous avons été justifiés, nous avons été sauvés par pure grâce, non par nos propres mérites. Et cela nous donne une grande confiance », a-t-il relevé.
Rappelant l’enseignement de l’apôtre Jacques : « L’homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi », le pape François a également
rappelé que la justification « si elle ne fleurit pas par nos œuvres, sera là, sous terre, comme morte ». « Elle est là, mais nous devons la mettre en œuvre par nos actions », a-t-il précisé. « Ainsi, les paroles de Jacques complètent l’enseignement de Paul ».
Pour les deux, en effet,
« la réponse de la foi exige d’être actifs dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain ».