La justice des hommes
- recherche le strict respect de la loi, même mauvaise ou injuste, elle défend le droit de propriété, même au détriment des plus pauvres, elle est le garant des législations sociales, économiques et fiscales, même et surtout en faveur des plus riches.
- elle est « rétributive » récompense le travail mais délaisse les handicapés, les malades, les chômeurs et les sans revenus.
La justice de Dieu, telle qu’elle nous a été annoncée par Jésus,
est venue renverser nos échelles de valeurs. Elle accueille les lépreux, les mendiants, les boiteux, les paralytiques, les sans domicile fixe, les immigrés clandestins, les prostituées et les prisonniers. Elle ne condamne pas la femme adultère. Elle fustige le pharisien hypocrite qui respecte toutes les règles de la Loi mais n’a pas de cœur et méprise les pauvres.
La justice de Dieu est profondément subversive. Elle renverse nos hiérarchies les plus établies.
De tous les guides sur les chemins vers Dieu, que j’ai rencontrés dans mes lectures, celui qui m’a le plus marqué est Isaac le Syrien, dit aussi Saint Isaac de Ninive.
Il a vécu au VIIème siècle et a été évêque de Ninive avant de remettre sa charge pour se faire moine au Monastère de Rabban Shabour au Nord Kurdistan.
Il est un des auteurs spirituels les plus aimés de l’Église d’Orient et un « Saint Père de l’Église orthodoxe » (Hilarion Alfeyev, L’univers spirituel d’Isaac le Syrien, traduit du russe par Dom André Louf, Spiritualité orientale, n° 76, Abbaye de Bellefontaine, 2001, p. 31).
Il a été traduit à partir de la langue syriaque, notamment en grec à la fin du VIIIème siècle, en arabe au IXème siècle, en latin au XVème siècle, en russe en 1854, en japonais en 1909, etc.,
Le nombre impressionnant de traductions de ses livres à travers les siècles montre sa très grande audience, surtout dans les milieux monastiques (Ibidem, p. 34).
Il a beaucoup insisté sur la bonté de Dieu telle qu’elle a été révélée par son Fils Jésus-Christ :
« Annonce la bonté de Dieu. Car alors que tu es indigne, Il te dirige, et alors que tu Lui dois tout, Il ne te réclame rien. Et pour les petites œuvres que tu fais, Il te donne en retour de grandes choses.
N'appelle pas Dieu juste. Car ce n'est pas dans ce que tu fais qu'est connue sa justice. Si David Le nomme juste et droit, son Fils nous a révélé qu'Il est bien plutôt bon et doux. Il est bon pour les méchants et les impies (Luc 6, 35).
Comment peux-tu nommer Dieu juste, quand tu lis le chapitre sur le salaire des ouvriers ?
« Ami, je ne te fais pas tort, je veux donner à ce dernier autant qu'à toi. Vois-tu d'un mauvais œil que je sois bon ? » (Matthieu 20, 13)
Comment peut-on également appeler Dieu juste, quand on lit le chapitre du fils prodigue qui dissipa la richesse de son père dans la débauche : comment à la seule componction qu'il montra, son père courut vers lui, se jeta à son cou et lui donna plein pouvoir sur toute sa richesse ?
Ce n'est pas un autre qui nous a dit cela sur Dieu, pour que nous en doutions. C'est son Fils lui-même. Lui-même a donné de Dieu ce témoignage.
Où est la justice de Dieu ?
En ce que nous étions pécheurs, et que le Christ est mort pour nous ? Si Dieu est compatissant ici-bas, croyons qu'Il ne change pas »
(Isaac le Syrien, Œuvres spirituelles, DDB, 1981, p. 323).
La bonté de Dieu, sa tendresse, son amour infini, son cœur compatissant et miséricordieux, son pardon mille fois redonné sont incompatibles avec nos vues humaines d’une justice rétributive.
Dieu ne nous rendra pas ce qui paraît nous être dû selon nos mérites.
Saint Paul dans sa lettre aux Romains, au chapitre 3, affirme que nous ne devenons « juste devant Dieu » que par « la foi en Jésus-Christ » plutôt que par « la pratique de la Loi »
20 Ainsi, par la pratique de la Loi, personne ne deviendra juste devant Dieu. En effet, la Loi fait seulement connaître le péché.
21 Mais aujourd’hui, indépendamment de la Loi, Dieu a manifesté en quoi consiste sa justice : la Loi et les prophètes en sont témoins.
22 Et cette justice de Dieu, donnée par la foi en Jésus Christ, elle est offerte à tous ceux qui croient. En effet, il n’y a pas de différence :
23 tous les hommes ont péché, ils sont privés de la gloire de Dieu,
24 et lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus.
25 Car le projet de Dieu était que le Christ soit instrument de pardon, en son sang, par le moyen de la foi. C’est ainsi que Dieu voulait manifester sa justice, lui qui, dans sa longanimité, avait fermé les yeux sur les péchés commis autrefois.
26 Il voulait manifester, au temps présent, en quoi consiste sa justice, montrer qu’il est juste et rend juste celui qui a foi en Jésus.
27 Alors, y a-t-il de quoi s'enorgueillir ? Absolument pas.
Par quelle loi ? Par celle des œuvres que l’on pratique ?
Pas du tout. Mais par la loi de la foi.
Un internaute de « croire.com » s'est interrogé sur la justice de Dieu : « Pourquoi parler d'un Dieu juste ? En quoi consiste cette justice ? » La réponse du P. Luc Forestier, prêtre de l'Oratoire, enseignant en théologie :
« Amos, un des « petits prophètes », dénonce au nom de la justice de Dieu l'action des hommes, avec une visée plutôt sociale, en épinglant les commerçants qui trafiquent leur balance, les juges corrompus. Amos, qui est un homme simple, fils d'un bouvier, dénonce avec force les inégalités sociales, l'injustice qui écrase les pauvres.
Parler de justice de Dieu, c'est dire qu'il y a une injustice sur terre à laquelle il faut mettre fin.
Pour nous chrétiens qui relisons tout cela à la lumière du Christ, l'entrée du Christ dans la chair humaine, sa vie, sa mort et sa résurrection, vient accomplir la promesse que Dieu agit pour mettre fin aux injustices
Dans la parabole des ouvriers de la dernière heure, ceux qui ont travaillé plus longtemps reçoivent ce qui leur a été promis. Donc ce qui les gêne, ce n'est pas ce qu'ils ont reçu, mais c'est que les autres reçoivent même chose (alors qu’ils ont travaillé nettement moins).
C'est l'idée du mimétisme : on est mécontent de voir l'autre recevoir ce qu'il n'aurait pas dû avoir. On voit bien ici qu'en Dieu « amour et liberté » sont pleinement liés.
Il nous aime sans nous enfermer et sans jamais lui-même se laisser enfermer dans ce que nous pensons de lui.
Un psaume dit (Psaume 84, 11) :
« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent.» C'est une sorte de programme de réflexion pour la vie sociale. Amour et vérité, pas l'un sans l'autre. Justice et paix, pas l'une sans l'autre. De ce point de vue, la miséricorde de Dieu cohabite avec la justice et réciproquement. »
« Qu’est-ce que vivre dans la Justice de Dieu ? »
Le Pasteur Jocelyn Séry répond à cette question le 11/09/2014 (www.acmir.re)
« Saint Paul dans sa lettre aux Philippiens, au chapitre 3, versets 9 à 10, dit :
« Afin de gagner Christ et d’être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, (du respect de la loi) mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi. »
Quand on parle de la justice de Dieu, tout de suite, notre premier réflexe est de penser à des lois auxquelles on doit obéir. Nous sommes programmés dans la chair. Quand on parle de justice, on voit un système légal qui condamne ou qui approuve.
Mais la justice qui a été manifestée pour nous, et dont Paul parle ici, quand il dit « d’être trouvé en Christ, non avec ma justice, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ », (n’est pas la justice) qui était selon la loi et ne pouvait pas lui permettre d’être trouvé en Christ, en communion avec Christ.
La communion avec Jésus-Christ n’a rien à voir avec notre propre justice. Essayer d’être en communion avec Christ, sur la base de ce que nous faisons de bien, ne nous permet pas de rester attachés à Christ, car tout ce qui vient de nous est souillé.
Le salut est quelque chose que Dieu nous donne à 100%. La justice que Dieu manifeste envers nous pour nous sauver vient de Dieu. Elle ne vient pas des hommes. Elle ne vient même pas (du respect) de la loi, pourtant la loi avait été donnée par Dieu, mais Paul dit qu’on ne peut pas être justifiés par (le respect de) la loi. Maintenant, c’est Jésus qui vient et, de la part du Père, il manifeste la justice de Dieu. C’est un don qu’il nous fait. C’est quelque chose qui s’obtient par la foi et qui s’appelle la justification.
On est justifiés, innocentés, concernant notre vie de pécheurs et tout notre passé. Nous devenons de nouvelles créatures.
Quand vous jugez quelqu’un, vous vous détachez de la justice que Dieu vous a donnée, car vous vous faites juges ! Mais, vous ne pouvez pas être juges. Si vous vous faites juges, c’est sur votre propre justice, car Dieu ne vous donne pas sa justice pour que vous jugiez.
Si je veux demeurer en Christ, je ne dois pas reconstruire un style de vie légaliste, qui va devenir un autre fondement pour ma vie avec Dieu, parce que cela ne marche pas. Cela va me couper, me détacher, du Seigneur. Cela va me séparer de la grâce qui est dans le Seigneur pour moi. La grâce de Dieu vient vers moi, quand je ne m’appuie pas sur ma justice, mais sur la justice qui vient de lui.
Quand quelqu’un ne pardonne pas, c’est qu’il ne s’aligne pas avec la justice de Dieu, puisque que la justice de Dieu lui a pardonné. N’est-ce pas vrai ? Si quelqu’un ne pardonne pas, il remet en question la justice de Dieu qui l’a sauvé. S’il garde la justice de Dieu, il va garder la paix avec Dieu. S’il la garde en pardonnant, il s’aligne avec cette justice (de Dieu) et il est trouvé en Christ.
Il reste en Christ à cause de la justice de Dieu manifestée pour lui, mais aussi à cause de la justice de Dieu que lui-même manifeste envers les autres. C’est la même justice.
Quand Dieu nous a pardonnés, il ne nous a pas demandé ce qu’on a fait, comment on a fait, ce qui est arrivé, pourquoi c’est arrivé. Il ne nous a pas demandé de faire des sacrifices. Il ne nous a pas demandé de prendre un chemin pour mériter le pardon.
Il nous a pardonnés, tout simplement, sur la base de notre foi et de notre repentance sincère. Voilà la justice que Dieu a rendue envers nous !
Le Pasteur Jocelyn Séry poursuit sa réponse à la question
« Qu’est-ce que vivre dans la Justice de Dieu ? »
Quand quelqu’un juge, il ne manifeste pas la justice de Dieu, il manifeste la justice de sa chair. Même s’il croit avoir raison, il n’a pas le droit de juger, parce qu’un seul est juge. Vous allez voir que, souvent, ceux qui passent leur vie à juger, à critiquer, n’arrivent pas à rester en Christ.
Cela se voit après, par le fait qu’ils s’éloignent de l’Église. Ceux qui jugent et critiquent ne restent pas avec la justice de Dieu. C’est pareil ! L’Évangile est sans puissance pour eux, puisqu’ils ont une vie contraire à la justice de Dieu.
La justice de Dieu dit que c’est Dieu qui juge. Ce n’est pas nous ! À partir du moment où je commence à juger, je ne manifeste plus la justice de Dieu.
Quelqu’un qui vit avec la justice de Dieu, il est en Christ. Dans son coeur, il est conduit par l’Esprit. Il n’a pas besoin de grands enseignements. Il a en lui l’Esprit de Dieu, qui met en lui des désirs pour faire les choses, le désir d’aller prier, de jeûner. Il y a beaucoup de désirs en lui qui grandissent, quand il est en Christ, parce qu’il s’attache à la justice de Dieu
Dans le Psaume 50, David prie Dieu de le purifier de son plus grand péché : l’adultère commis avec Bethsabée et l’assassinat de son mari Urie.
Au verset 16, David prie
« Ô Dieu, Dieu de mon salut ! délivre-moi du sang versé, et ma langue acclamera ta justice. » On s’attendrait plutôt à ce qu’il dise : « et ma langue acclamera ta miséricorde » ou « et ma langue acclamera ton amour qui pardonne » !
À notre grande surprise, il est évident ici que David considère le pardon de son péché comme étant lié à la justice de Dieu (cf. aussi Ps 143.1-2). »
Dans son « Magnificat anima mea Dominum » (Luc 1, 46-56), Lors de sa visite à Elizabeth qui lui dit « Bienheureuse celle qui a cru ! » Marie « rend grâce à Dieu et à Sa Justice » :
« Mon âme exalte le Seigneur, Exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. »
Cette prière de Marie, ce « Magnificat », renvoie à « la Justice de Dieu ». On peut comprendre que les théologiens de la Libération S’en soient sentis très proches.
« Grâce à l'action du Christ, nous pouvons entrer dans une justice « plus grande », celle de l'amour (cf. Rm 13, 8-10), la justice de celui qui, dans quelque situation que ce soit, s'estime davantage débiteur que créancier parce qu'il a reçu plus que ce qu'il ne pouvait espérer.
Fort de cette expérience, le chrétien est invité à s'engager dans la construction de sociétés justes où tous reçoivent le nécessaire pour vivre selon leur dignité humaine et où la justice est vivifiée par l'amour. »
C’est à cette « Justice de Dieu », loin de la justice des hommes, que nous sommes appelés.