- Evangile de Luc, 1, 26 à 33 Dans l’Annonce faite à Marie
- Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
- à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.
- L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »
- À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
- L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
- Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus.
- Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;
- il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin.
- Evangile de Jean, 1, 16 à 18
- Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ;
- car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
- Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.
- Deuxième lettre de Paul aux Corinthiens
- Et ces révélations dont il s’agit sont tellement extraordinaires que, pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime.
- Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi.
- Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure.
10 C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.
- Lettre de Paul aux Ephésiens 2, 8-9 :
- C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu
- Cela ne vient pas des œuvres, afin que nul n’en tire orgueil. »
- Lettre de Paul aux Romains 5, 20 et 6, 1-2 :
Romains 5, 20 « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » rappelait saint Paul aux chrétiens de Rome.
Romains 6, 1-2 Il faisait ainsi face à une de leurs objections :
« Qu’est-ce à dire ? Nous faut-il demeurer dans le péché afin que la grâce abonde ? Certes non ! Puisque nous sommes morts au péché, comment Vivre encore dans le péché ?»
« Rendre grâce », « être en état de grâce » ... Qu'est-ce que cela veut dire ?
Anne Lécu, dominicaine, théologienne et médecin en prison répond
aux questions de Sophie de Villeneuve dans l'émission « Mille questions à la foi » sur Radio Notre-Dame, entretien publié dans La Croix le 24/12/2013.
Sophie de Villeneuve : Le mot "grâce" peut-il avoir plusieurs sens ?
A. L. : C'est un mot compliqué. En grec, le mot charis est proche de chara qui signifie la joie. La grâce, c'est gratuit, c'est un cadeau, c'est heureux et joyeux.
Donc grâce égale joie ?
A. L. : Ce n'en est pas loin, mais surtout c'est un cadeau. Quand on parle de la grâce de Dieu, on parle d'un cadeau de Dieu qui n'est autre que lui-même. C'est lui qui se donne, et c'est sa nature même de se donner. La grâce, c'est Dieu qui se donne dans nos vies.
C'est beaucoup plus simple que ça n'en a l'air !
A. L. : On croit que c'est compliqué parce que beaucoup de théologiens ont disséqué la grâce dans tous les sens, mais c'est d'abord cela : Dieu choisit de faire de l'homme sa maison, et c'est gratuit, sans condition aucune.
Que veut dire "rendre grâce" ?
A. L. : Cela veut dire remercier. Si on voulait disséquer un peu la grâce on pourrait dire que c'est d'abord le don que Dieu fait de lui-même, et ensuite le don que nous avons à recevoir chaque jour. Comme si Dieu tenait toujours sa porte ouverte, tandis que la nôtre est parfois fermée. Alors Dieu vient frapper, et à nous d'ouvrir ou non. C'est pourquoi il faut toujours associer, et non opposer, grâce et liberté.
On entend parfois des personnes dire que dans leur vie elles ont eu beaucoup de grâces. Cela veut dire que Dieu les a souvent visitées ?
A. L. : Cela veut dire peut-être qu'elles reconnaissent la trace de Dieu dans leur existence en de multiples occasions. C'est évident qu'il y a des gens plus sensibles que d'autres, mais chacun d'entre nous peut repérer dans son existence des moments où il était présent à lui-même, présent aux autres, présent à Dieu, et ce sont de vrais cadeaux, des moments de bonheur.
Cela veut-il dire que Dieu choisit, en fonction d'on ne sait quoi, des gens à qui il va faire des cadeaux ?
A. L. : Je ne crois pas. Je pense que le don de Dieu est pour tous. Ceux qui en ont le plus besoin sont les plus petits, les plus abîmés par l'existence. Il ne faut jamais dissocier la question de la grâce de celle de l'énigme du malheur. On ne peut pas dire pourquoi certains ont une existence plus difficile que d'autres. Mais on peut dire que le Christ vient partager une existence difficile pour être aux côtés de ceux qui ont une existence difficile.
Le mot grâce est abstrait. Comment pourrait-on le traduire plus concrètement ? C'est une belle journée ? C'est un travail que l'on a trouvé ?
A. L. : C'est un cadeau, qu'on peut trouver en effet dans des détails ordinaires de la vie, mais je crois que c'est plus justement sa présence à nos côtés.
Mais c'est difficile de sentir la présence de Dieu dans nos vies !
A. L. : La présence de Dieu à nos côtés, c'est la présence des gens qu'on aime ! Dieu n'existe de manière sensible que dans nos relations, ici et maintenant. Avoir une certaine qualité de présence avec ceux qu'on aime, que ce soit dans la douleur ou dans la joie, c'est le don premier de Dieu. Si on a une vie facile, un bon travail, de beaux enfants, dans un pays calme, alors remercions Dieu, et prêtons attention à ceux qui ne sont pas dans notre cas.
Vous dites donc que la première des grâces, c'est la qualité de la relation à l'autre.
A. L. : Je pense que c'est cela, et que c'est le plus important de la vie chrétienne. Si Dieu choisit de faire de l'homme sa maison, c'est la relation entre nous qui est le lieu de sa présence.
Ce cadeau, il se cultive ?
A. L. : Certainement, parce notre liberté, c'est de mettre en œuvre ou pas ce cadeau que nous avons reçu, et d'en faire ou pas quelque chose. C'est la parabole des talents : celui qui est allé enterrer son talent se fait taper sur le doigts par le maître quand il rentre. Ces talents que nous avons en nous, notre capacité à entrer en relations avec les autres, à nous de la faire fructifier. Et là encore il ne faut pas opposer la grâce et la liberté, parce que plus nous sommes dans la présence de Dieu, plus nous sommes libres. Plus nous sommes dans la grâce, plus nous sommes nous-mêmes.
Libres, pour quoi faire ?
A. L. : Un exemple : plus vous aimez votre mari, plus vous avez une relation simple et heureuse, plus vous devenez vous-même. Plus on est soi-même, plus on est présent à ce monde, aux autres, capable d'avoir une maison ouverte, hospitalière, de pouvoir servir d'appui à ceux qui ont une vie plus difficile, etc.
Et là, Dieu est présent ?
A. L. : Je suis sûre que oui.
On nous dit beaucoup que nous sommes sauvés par grâce. Le mot grâce a-t- il là toujours le même sens ?
A. L. : Je pense que oui : Dieu nous sauve gratuitement. Il n'attend pas de nous des mérites, des efforts… La morale chrétienne, les bonnes actions que nous pouvons faire ne sont pas des conditions préalables à la bonté de Dieu, c'est un remerciement de notre part à Dieu.
C'est parce que nous sommes sauvés que nous faisons des bonnes actions ?
A. L. : C'est parce que nous sommes sauvés que nous avons envie de remercier Dieu en étant le plus justes possible, et pas l'inverse, comme on le pense souvent.
C'est un complet retournement de pensée, finalement ?
A. L. : Ce n'est pas très neuf, l’Évangile le dit volontiers.
Il y a tout de même eu de grands débats autour du salut, par les œuvres ou par la grâce.
A. L. : Au chapitre 3 de l’Évangile de Jean, Jésus dit : "Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé". C'est écrit noir sur blanc. Et plus loin, au chapitre 17, alors que Pierre vient de le trahir et que Judas vient de le vendre, Jésus dit à son Père : "Ils ont gardé ta Parole", il prend leur défense. Il nous fait confiance, il est sûr de nous alors même que nous ne sommes pas sûrs de lui.
Ce mot grâce, vous ne trouvez pas qu'il est un peu vieillot ?
A. L. : Grâce et gratuit, c'est le même mot, on peut encore l'utiliser. Ensuite il faut se demander quel sens il peut avoir dans ce que nous faisons ici et maintenant.
La gratuité de Dieu, on en entend souvent parler. Cela veut dire que nous n'avons rien à rendre ?
A. L. : Cela veut dire que c'est pour rien. Vous n'aimez pas vos enfants pour qu'ils prennent soin de vous plus tard, quand vous serez vieux. Vous les aimez pour rien, parce qu'ils sont là et que leur existence justifie la vôtre. Je pense que l'amour de Dieu est du même ordre, sans condition. La meilleure preuve, c'est qu'il choisit d'être du côté des coupables pour que tous les coupables puissent croire que l'amour de Dieu pour les coupables est sans condition.
Vous êtes médecin en prison. Est-ce que cette grâce de Dieu dont vous parlez est tangible dans cet univers-là ?
A. L. : Elle est plus tangible qu'ailleurs dans cet univers-là. Je ne suis pas aumônier, à chacun sa place, mais je suis convaincue que des gens font un chemin de vérité en prison, s'ils sont accompagnés et s'ils ont une relation possible avec une personne de confiance, qui peut être l'aumônier, un soignant, une personne de leur famille. Des gens font un chemin de vérité, et ce chemin a clairement quelque chose à voir avec l’Évangile, et certains savent très bien que le Christ est de leur côté, du côté des coupables, d'autant plus qu'eux-mêmes sont coupables.
C'est une grâce pour eux ?
A. L. : Il faudrait le leur demander, mais je crois que oui.
Peut-on être témoin de la grâce de Dieu chez les autres ?
A. L. : Bien sûr. Quand on voit des gens grandir, s'épanouir, être heureux, on est témoin de la grâce de Dieu qui les aide à vivre.
Même en prison ?
A. L. : De la même manière. Dans et hors de la prison, il y a les mêmes gens.
Donc la grâce de Dieu, c'est très simple.
A. L. : C'est très simple. C'est accepter d'être accepté par Dieu.
Cela demande beaucoup d'humilité ?
A. L. : Sans doute.
Auriez-vous des conseil à donner ?
A. L. : Être simple, être ce qu'on est, ne pas vouloir être autre chose que ce qu'on est, profiter de la présence des autres, d'être là avec eux, sans se projeter dans ce qu'on va faire demain, sans regretter ce qu'on a fait hier. Une attitude de l'ordre de la reconnaissance et de l'émerveillement.
Sans trop se regarder soi-même ?
A. L. : Sans passer non plus son temps à se l'interdire, ce qui est encore une manière de se regarder soi-même. Le mot-clé, c'est la présence. Quand on est présent aux autres, on est présent à soi-même, et non l'inverse. C'est dans la relation aux autres qu'on est présent à soi-même. Par exemple il ne faut pas attendre de s'aimer soi-même pour aimer les autres. C'est en aimant l'autre qu'on aura quelque chance de s'aimer soi-même.
Nous rendons grâce à Dieu
Pour le Père jésuite Marcel Domergue, sur le site de Croire.com le 13/04/2015, rendre grâce est une des formes de la prière.
Nous utilisons également ce mot dans plusieurs expressions : recevoir la grâce, être en état de grâce, rendre grâce, action de grâce.
"Ma grâce te suffit", telle est la réponse de Dieu à la prière de Paul (qu’il rapporte dans sa 2ème lettre aux Corinthiens 12,7-8).
Paul qui demande d'être libéré d'une « écharde dans sa chair », expression qui défie l'interprétation, mais peut s'appliquer à toute insuffisance de notre part,
à toute « faiblesse ».
Paul demandait un miracle pour n'avoir en lui rien de critiquable. Eh bien non ! Il devra se contenter de la bienveillance de Dieu malgré sa faiblesse.
Certes, nous restons passibles d'un « jugement », d'une révélation de ce que
nous sommes en vérité, mais cette révélation n'est que le préambule d'un pardon, d'une réhabilitation.
Ainsi nous vivons sous le régime de la gratuité : tout ce qu'il y a de bon en nous vient de Dieu, l'unique créateur. Nous ne pouvons faire valoir aucun « mérite » de notre part.
Cependant « grâce » dit plus qu'une amnistie de type juridique : elle comporte un côté que l'on peut dire affectif. Elle est affection, bienveillance, en un mot amour.
Que faire des « grâces », au pluriel ? Disons que ces grâces au coup par coup correspondent à nos prises de conscience de la bienveillance permanente
de Dieu à notre égard, de sa puissance d'amour.
Rendre grâce, c'est-à-dire reconnaître en Dieu l'origine de tout ce qui est bon, est un des premiers mots de la prière eucharistique, de ce que nous appelons
« préface ».
L'Eucharistie, c'est-à-dire l'action de grâce, c'est le sacrement central de la vie chrétienne.
Et cela ne dépend ni de l'âge ni de la beauté physique. Nous partageons alors la joie d'exercer nous aussi la bienveillance divine, qui est universelle. La joie de celle à qui il est dit « réjouis-toi » parce qu'elle est « pleine de grâce », pleine du Christ, car « la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ ».
Le pape François, au cours des 250 pages de l’exhortation apostolique sur la famille, Amoris laetitia (La joie de l’amour) mentionne une cinquantaine de fois la grâce.
Le pape insiste sur la nécessité de dépasser une analyse manichéenne.
« En croyant que tout est blanc ou noir, parfois nous enfermons le chemin de la grâce et de la croissance et nous décourageons des parcours de sanctification »
(305) « Dans n’importe quelle circonstance, face à ceux qui ont de la difficulté à vivre pleinement la loi divine, doit résonner l’invitation à parcourir la via caritatis. La charité fraternelle est la première loi des chrétiens » (306)..
Dans le magnifique roman de Georges Bernanos, « Journal d’un curé de campagne », paru en 1936, le curé de campagne se meurt d’un cancer
de l’estomac, réfugié chez un prêtre défroqué vivant en concubinage.
À ce dernier qui lui dit qu’un prêtre viendra malheureusement trop tard pour lui donner les derniers sacrement, il souffle juste avant de mourir :
« Qu’est-ce que cela fait ? Tout est grâce ».