À la veille de Noël ou de Pâques, nous nous demandons parfois si nous avons « la foi » … si nous « croyons en Dieu ».
Il est bon de nous poser la question. Qu’est-ce que « la foi en Dieu » ?
« Avoir la foi »
Chaque Chrétien répondra avec ses mots à cette question. Il n’y a pas deux Chrétiens qui ont la même foi.
La foi en Dieu est purement personnelle.
Je ne puis donc parler de « la foi en Dieu » qu’en « je »
Croire ou être croyant, qu’est-ce que cela signifie vraiment pour moi ?
Il est vrai que ce sont là des expressions que j’utilise parfois quand je dois me présenter, même si elles ne sont pas celles qui me viennent spontanément à l’esprit.
Le mot croire renvoie à des vérités, des certitudes, des convictions, auxquelles l’homme adhère plus ou moins fort.
La foi ne me paraît pas de l’ordre de l’adhésion rationnelle à une vérité.
Croire, pour moi, c’est plutôt vivre une relation interpersonnelle
et aimante à un être vivant, mystérieux, qui me dépasse et me séduit à la fois.
À un moment donné de l’histoire, cet être supérieur s’est manifesté,
par amour pour l’humanité toute entière, dans la personne d’un homme, Son fils unique Jésus, qui a vécu parmi nous, a enseigné l’amour infini de son Père, a été rejeté et crucifié, est mort et a été enseveli avant
de ressusciter et d’apparaître aux femmes et aux disciples qu’il aimait et qu’il a envoyés « prêcher en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem » (Luc 24, 47).
Dès lors, plutôt que d’affirmer : « Je crois », je préfère de loin dire simplement : « J’aime »
J’aime un être indéfinissable que je ne puis même pas imaginer et qui, pourtant, m’est présent.
Cet être transcendant, dont je sens parfois la chaleur irradiante et avec lequel je tente de dialoguer dans la prière, la lecture ou la méditation, est vivant, de toute éternité.
Je l’appelle « mon Dieu », non pas qu’Il serait le mien mais parce qu’Il est Celui auquel je m’adresse depuis toujours et qu’Il est celui que j’aime.
Il est pour moi tel que je me L’imagine ou me Le représente à travers ce que Son Fils Jésus Christ nous a révélé de Lui.
Il m’est présent à partir de ce qu’en ont dit les patriarches, les prophètes, les psalmistes, les évangélistes et les mystiques de tous les temps.
Cela dit, « J’aime mon Dieu » plus ou moins bien, avec mes défauts
et malgré mes faiblesses, mes moments d’indifférence ou mes infidélités.
Quand je trébuche, la tentation du découragement et de l’abandon
est souvent très forte. C’est contre elle qu’il me faut lutter en priorité.
Alors, dès que j’en ai la force et parfois bien trop tard, je Le prie
de me pardonner mes égarements et de m’aider à repartir sur le chemin qui me conduit à Lui.
Tomber et se relever, se tromper de route et retrouver la bonne voie, inlassablement, c’est le propre de celui qui marche dans le désert
ou dans la nuit et c’est ma destinée, si je veux découvrir Dieu.
Je cherche Dieu
L’amour de Dieu est une longue quête, sans que jamais personne ne puisse dire, avant sa mort, « Moi, j’ai vu Dieu »
Tout au long de sa vie, « le croyant », ou plutôt « l’aimant Dieu »,
Le cherche inlassablement et arrive petit à petit à Le découvrir jusqu’à ce qu’il se trouve enfin, après la mort, face à face avec Lui.
Je suis aimé de Dieu
Avant de dire « J’aime », je devrais dire « Je suis aimé »
Dieu nous a aimé le premier. « Pour nous, nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier » dit l’évangéliste Jean (1ère épître de Jean 4, 19).
Son amour est de toute éternité et pour tous les hommes sans exception. Si son amour ne manque jamais, il n’en va pas de même pour l’homme qui, dans l’histoire de l’humanité, n’a eu de cesse de le rejeter, de l’ignorer ou de l’oublier.
C’est Thérèse de Lisieux qui disait de Dieu qu’il est le « divin Mendiant d'amour » (LT, 172). Dieu ne demande qu’à être aimé en retour de Son Amour infini. Dieu ne cesse jamais d’aimer.
La réalité de mon amour de Dieu
La question de la réalité de mon amour pour Dieu, même imparfait, n’est pas de l’ordre de la croyance ou de la certitude.
C’est un état que je vis plus ou moins intensément.
Un sentiment amoureux ou de bonheur peut ainsi subitement m’envahir à un moment précis, au hasard d’une rencontre, devant la beauté
de la nature ou à l’écoute d’un morceau de musique qui m’emporte. Je me sens submergé, sans pouvoir expliquer pourquoi, ni comment.
Ainsi, je ne me pose jamais la question de savoir si j’aime ou non ma femme, mes enfants et mes petits-enfants. Je les aime, c’est une évidence. Et si quelqu’un devait me demander d’expliquer pourquoi
je les aime, en quoi et comment, je serais bien en peine de lui répondre. La question me paraîtrait d’ailleurs absurde.
À celui qui a connu l’amour, je ne pourrais que le renvoyer à ce qu’il a vécu avec les êtres qu’il a le plus aimés.
Celui qui a aimé et s’est senti aimé que ce soit de ses parents, de son conjoint ou de son compagnon, de ses enfants, de ses proches ou de ses amis, sait ce qu’est aimer et être aimé, il croit en l’existence de l’amour et peut donc imaginer un Dieu qui n’est qu’Amour.
Qui aime est en Dieu
Une certitude qui m’habite c’est celle de savoir au plus profond de moi que chaque fois que j’aime je suis dans l’amour et donc en Dieu.
Pour peu que mon amour ne soit pas exclusif et ne se vive au détriment de personne. Pour peu, aussi, qu’il ne soit pas purement égoïste,
une simple recherche de moi-même, de mon plaisir ou d’être aimé dans un amour à sens unique.
Quelles que soient mes traversées du désert, au cœur de mes faiblesses, de mes erreurs et même de mes fautes, je sais qu’en aimant ceux que
je côtoie, je participe à l’amour de Dieu et je suis en Lui.
Il me suffit d’aimer pour me savoir en Lui, sans devoir faire d’autre examen de conscience.
Mon intuition profonde est qu’il en va de même pour toute personne qui aime, quelle qu’elle soit, croyante, agnostique ou même athée… En aimant, elle est dans l’Amour. Dieu étant Amour, elle est en Dieu. Qu’elle en soit consciente ou non. Comme au soleil, on est dans la lumière, et au milieu de la nuit, dans les ténèbres.
Dès lors, pour moi, celui ou celle qui s’inquiète de « ne pas avoir la foi », de « ne pas pratiquer », de « ne même pas pouvoir prier », peut se rassurer : s’il aime, il a trouvé l’Amour et donc Dieu et il est en Lui.
« Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1ère épître de Jean 4, 16).
L’évangéliste Jean souligne qu’est en Dieu celui « qui demeure dans l’amour ». Il ne dit pas celui qui croit en Lui, qui Le prie ou qui suit scrupuleusement sa Loi et Ses commandements…mais celui qui aime et, par-là, répond à l’injonction de Jésus :
« Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.
À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jean 13, 34-35).
Toute la question est de savoir s’il peut exister un homme ou une femme qui n’a jamais aimé et qui refuserait d’être aimé jusqu’à sa mort…
Dieu seul le sait. Ce serait certainement la « brebis perdue » de l’Évangile que le « Bon Pasteur » rechercherait éperdument.
Je ne puis imaginer que Dieu l’abandonnerait et ne ferait pas l’impossible pour lui ouvrir les yeux et le cœur.
« Il suffit d’aimer ! »
« Il suffit d’aimer ! » répétait inlassablement Sœur Emmanuelle, la petite sœur des chiffonniers du Caire.
Son livre posthume, « Confessions d’une religieuse », publié comme elle l’a voulu juste après sa mort, le 20 octobre 2008, en témoigne avec une profonde humilité.
C’est trop simple, diront certains… Hélas, non. Rien n’est plus difficile que d’aimer, à chaque instant, de toujours faire passer l’autre avant soi, de renoncer à son égoïsme et à son égocentrisme, de ne pas jalouser,
de ne pas s’emporter devant les faiblesses et les erreurs de l’autre, d’inlassablement vouloir comprendre sans juger et condamner… d’en arriver à aimer même ses ennemis.
L’amour est ce qu’il y a de plus exigeant. Autrement plus que le respect des lois et des interdits moraux.
Mon intuition est seulement que tout homme qui aime réellement, sincèrement, d’un amour qui fait place à l’autre et renonce à son égoïsme, est dans l’Amour, un amour absolu et transcendant que j’appelle Dieu et qui, pour moi, est le Dieu de Jésus-Christ.
Cela ne m’empêche pas de penser qu’Il est aussi le Dieu de tous les enfants d’Abraham, d’Isaac et d’Ismaël, celui des Juifs et des Musulmans, comme celui de toutes les religions monothéistes.
Il représente l’Être Suprême, absolu, transcendant et immanent, qu’il soit personnel ou impersonnel.
Enfin, celui que j’appelle Dieu-Amour, je comprends qu’Il puisse être pour l’athée un idéal qu’il se donne comme but à atteindre.
Mon indépendance de jugement reste totale. Dans une relation amoureuse, aucun des deux amoureux ne doit être soumis à l’autre, sans quoi ce n’est plus de l’amour qui les réunit mais un lien de dépendance. En amour, ni l’un ni l’autre ne doit « obéir » contre son gré à l’autre mais chacun tend à rendre son partenaire heureux et recherche son épanouissement.
Quand je prie le « Notre Père » en demandant à Dieu « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », je ne lui demande pas de me soumettre et de soumettre tous les hommes à une autorité contraignante quelconque mais, bien au contraire, de faire régner l’Amour entre Dieu et les hommes comme entre tous les êtres humains.
La volonté de Dieu n’est qu’un commandement d’amour :
« Un légiste demanda à Jésus : Maître quel est le grand commandement dans la Loi ? Jésus lui déclara : Tu aimeras
le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le grand, le premier commandement.
Un second est aussi important : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes » (Matthieu 22, 35-40).
Liberté dans la foi
Vivre ma foi ne consiste pas à adhérer à la vérité des dogmes de l’Église catholique romaine, mais c’est, pour moi, adopter la « loi de l’amour », à laquelle je ne me soumets pas malgré moi mais que je veux, bien au contraire, voir régner en moi et sur la terre de toutes mes forces
et avec mon total libre arbitre.
Vouloir la paix dans le monde, refuser la guerre, la torture, la peine
de mort, l’exploitation de l’homme par l’homme, se battre pour le respect des droits humains, jusqu’aux confins de la terre, ce sont des actes libres et volontaires et, en aucun cas, des actes de soumission à une autorité quelconque.
Si les Évangiles, les épîtres des apôtres, l’Église, les saints et les chrétiens me proposent de suivre leurs enseignements, il n’appartient qu’à moi de le faire en toute liberté de conscience.
Cela ne m’empêchera pas de ne pas adhérer à telle ou telle position de la hiérarchie de l’Église catholique romaine, que ma conscience rejette, comme le refus de toute contraception, la condamnation des relations sexuelles entre homosexuels, ou entre personnes non mariées, l’exclusion des divorcés remariés, le non-respect de la femme tenue pour inférieure et inapte à la prêtrise ou encore l’obligation du célibat pour les prêtres.
À l’égard de l’autorité de l’Église catholique romaine, je me sens une totale liberté de pensée et de jugement. Je puis me tromper, faire fausse route, éventuellement m’égarer mais je reste en tout cas libre.
C’est précisément cette liberté que Dieu a voulue pour l’homme en ne s’imposant pas à lui.
À tout moment je garde une absolue liberté de conscience.
Mais, cela ne m’empêche pas de vouloir rester fidèle à mes engagements, à mon choix de suivre Jésus-Christ et sa parole, telle qu’elle est transmise par les Évangiles.
Cela ne m’exonère pas non plus du devoir de prendre conseil, de me faire éclairer par des lectures et des avis de personnes de confiance, ni de me remettre sans cesse en question.
Je crois en Dieu
« Je crois en Dieu » Personne ne peut dire qui est Dieu.
Chacun le vit d’une manière ou de l’autre, qu’il le nie, le rejette ou le prie. Sa relation à Dieu, l’homme ne peut la définir. Il ne peut que la ressentir.
Nous devons écarter les polémiques, les plus stériles les unes que les autres. Vouloir prouver l’existence ou l’inexistence de Dieu est totalement impossible à l’homme. Chacun avance des arguments péremptoires
qui ont pour seules caractéristiques l’intolérance et le refus de permettre à l’autre de penser autrement. Dieu ne se prouve pas.
La « Vérité », aucun être humain ne l’a jamais démontrée et ne peut prétendre être le seul à la posséder.
Et dire que le Dieu des Chrétiens n’est pas le Dieu des Juifs ou celui des Musulmans revient à dire qu’il y a plusieurs dieux.
Ils ne le prient sans doute pas de la même manière mais il n’y a qu’un seul Dieu. Il est unique et n’est en aucun cas « le mien »…
Tous les monothéistes ont « la foi en Dieu », pas de la même manière mais dans un même Dieu qui est Unique.
Et comme l’affirme l’évangéliste Jean :
« Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1ère épître de Jean 4, 16).