Demander pardon sincèrement est une des démarches les plus difficiles qui soit !
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Il faut d’abord et avant tout reconnaître ses torts
S’excuser ou, plutôt, présenter ses excuses auprès de la victime de ses torts, du fond du cœur, c’est
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- prendre ses responsabilités, plaider coupable, reconnaître ses torts complètement et sans restrictions,
- prendre ses responsabilités en décrivant clairement et précisément les erreurs et fautes commises,
- comprendre et admettre que l’autre est victime de son comportement,
- ne pas rejeter sur lui ses propres responsabilités,
- reconnaître le mal qui a été fait, les souffrances subies par sa faute,
- proposer sincèrement de les réparer et le faire dès que possible.
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Il faut ne pas rejeter sur d’autres ses propres responsabilités
Un exemple se trouve dans le récit allégorique de la faute d’Adam et Ève
qui se trouve au chapitre 3 de la Genèse.
Un grand spirituel, Saint Dorothée de Gaza, né vers 500 et mort entre 565 et 580, un des pères spirituels du désert palestinien, a écrit dans ses
« Instructions » (traduites et publiées par Sœur Pascale-Dominique Nau à Rome en 2014, p.72) que si Adam et Eve n’avaient pas rejeté leur faute, Adam sur Eve et Eve sur le Serpent, Dieu aurait pu leur pardonner.
« Après la chute, Dieu a donné encore le temps de se repentir et d’obtenir la miséricorde ; mais l’homme a gardé la tête haute. Dieu lui a en effet demandé : « Adam où es-tu ? » (Genèse 3,9). En d’autres termes :
De quelle gloire es-tu tombé ?Et dans quelle honte ? Puis, il lui demanda : « Pourquoi as-tu péché et désobéi ? » Il le lui disait pour
le conduire à dire : « Pardonne-moi ». Mais où est ce « Pardonne-moi » ? Il n’y avait ni humilité ni repentance ; au contraire, l’homme répondit :
« la femme que tu m’as donnée, m’a trompé (Genèse 3, 12). Il n’a pas dit
« Ma femme » mais « La femme que tu m’as donnée », comme pour dire :
« le fardeau que tu m’a mis sur la tête ».
C’est cela, mes frères : si un homme ne veut pas reconnaître sa faute, il n’a pas peur d’accuser Dieu lui-même.
Dieu s’est ensuite tourné vers la femme et lui a dit : « Pourquoi n’as-tu pas gardé, toi non plus, mes commandements », comme pour dire : « Toi, au moins, dis-moi : « Pardonne-moi ! » pour que ton âme s’humilie
et reçoive miséricorde ». Mais, chez elle non plus, il n’y a pas eu de
« Pardonne-moi ». Elle a répondu à son tour : « Le serpent m’a séduite », comme pour dire : « Si lui a péché, en quoi, moi, suis-je coupable ? »
Malheureux ! que faites-vous ? Donnez au moins un signe de repentir, reconnaissez votre faute, ayez pitié de votre nudité ! Mais aucun des deux n’a voulu s’accuser puisqu’ils ne reconnaissaient pas leur faute, et aucun n’a montré la moindre humilité. »
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Les demandes de pardon dans la Bible
Psaume 31 (32), 5
« Je t'ai fait connaître ma faute, je n'ai pas caché mes torts.
J'ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. » * Et toi, tu as enlevé l'offense de ma faute ».
Psaume 50 (Le « Miserere » de David reconnaissant le meurtre de son général Urie le Hittite, mari de Bethsabée qu’il convoitait)
03 Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
04 Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. 05 Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.
06 Contre toi, et toi seul, j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait. Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice, être juge et montrer ta victoire.
Dans la magnifique parabole du Père de l’enfant prodigue (Evangile de Luc, chapitre 15)
- Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
- Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”
- Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
- Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”
- Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
- allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
- car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.
1ère lettre de Saint Jean 1, 8-9
« Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous.
Si nous reconnaissons nos péchés, lui qui est fidèle et juste
va jusqu’à pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice. »
- Le Roi David s’est repenti de son crime et a été pardonné
David priait : « Sauve-moi, ô Dieu, du sang versé ! »
« Purifie-moi de mon offense ! »
Le roi David était là, pleurant à chaudes larmes, et avouant à tous sa culpabilité. Il est même allé jusqu’à l’écrire dans ses Psaumes.
Sa confession demeure à jamais.
Un roi qui confesse un crime ? C’était impensable pour l’époque.
Il ne se contenta pas de confesser son péché : il se repentit de tout son cœur.
Il demanda à Dieu de lui pardonner, mais crut aussi que Dieu exauçait sa prière. Il remercia et loua Dieu.
Quelle leçon d’humilité !
5. Il nous faut faire face à de nombreuses difficultés pour être capables d’assumer nos responsabilités et de présenter des excuses sincères
L’idée de demander pardon nous met sur la défensive, elle peut nous faire peur et même nous paralyser : peur de reconnaître ses torts, de passer pour quelqu’un de faible, de s’humilier, de perdre la face.
6. Dans les affaires de pédophilie et d’abus sexuels
Il s’est trouvé des auteurs de ces crimes pour accuser leurs victimes de séduction et donc les blâmer pour le crime sexuel qu’elle ont subi comme mineurs
et, preuve à l’appui, prétendre que la durée de leurs fréquentations démontre leur consentement et contredit tout abus.
C’est là une manipulation perverse qui a poussé, malheureusement, certaines victimes, se sentant coupables, à ne pas dénoncer les crimes qu’elles ont subis.
C’est nier qu’un mineur ne peut pas valablement donner son consentement et qu’une relation d’emprise peut s’étirer dans le temps.
Il nous arrive, aussi, non seulement de rejeter la faute sur les autres mais aussi sur Dieu lui-même ! « Si tu m’avais aidé » … « Si tu ne m’avais pas tenté ! » Or, Dieu ne tente personne !
3. Dans l’affaire récente des viols de Mazan
Dominique Pelicot a prié sa famille « d’accepter ses excuses », tout en saluant le « courage » de son ex-femme, Gisèle, qu’il avait droguée pendant
une décennie pour la violer et la livrer à des dizaines d’hommes recrutés sur Internet.
Qu’a-t-il dit ? « Je l’ai bien aimée quarante ans et mal aimée dix ans (…).
J’ai tout gâché, j’ai tout perdu. Je dois payer (…). J’avais des besoins,
j’ai tout mis en balance sans réflexion, comme un imbécile, comme un égoïste, et j’ai honte. »
Il dit sept fois « je », mais n’évoque à aucun moment la souffrance de sa femme Gisèle Pelicot.
Plutôt que le pardon, cet homme n’était-il pas en train de demander la clémence de la cour, mettant en avant des circonstances atténuant sa responsabilité ?
Ce serait alors une perversion de la demande de pardon :
au lieu d’être au service de la vérité, de la reconnaissance des sévices infligés et de vouloir la réparation de la victime, elle n’est formulée qu’à son profit
et dans le déni de l’autre.
Dans de nombreux procès pénaux devant les cours et tribunaux
Les demandes de pardon sont souvent profondément sincères.
Elles manifestent une prise de conscience, hélas trop tardive, du mal qui a été fait et des souffrances infligées à la victime.
Malheureusement, elles sont souvent raillées par les avocats des parties civiles. Ceux-ci entendent dénoncer ce qu’ils qualifient de « discours de circonstance », purement conventionnels dans l’unique but d’amadouer les jurés, les magistrats.
La demande de pardon peut être rejetée
Ce peut être très dur à entendre !
Être pris pour un hypocrite sans empathie pour sa victime.
Être rejeté purement et simplement sans aucune chance de pouvoir se racheter. Certains sombrent dans le désespoir et se suicident.
Il faut savoir que le taux de suicide en prison est énorme.
Le pardon peut être instrumentalisé
Nombreuses sont les victimes qui ne réclament pas la condamnation pénale de leur abuseur mais uniquement la reconnaissance officielle et indiscutable de leurs abus, avec une offre de réparation et une demande de pardon.
Le pardon est très souvent instrumentalisé pour forcer les victimes à se taire.
Combien de fois, à des proches ou des autorités alertés sur les abus sexuels d’un membre d’une famille, d’un enseignant ou d’un prêtre, les victimes n’obtiennent-elles pour seules réponses :
« Il faut savoir pardonner maintenant »,
« Vous devriez tourner la page ! »
« Il faut éviter tout scandale »
« Une plainte ferait plus de tort que de bien »
« Elle pourrait ternir l’image de la famille, de l’institution »…
Ce peut être, aussi, un chantage au suicide de l’abuseur sur sa victime.
Une manière de vouloir la culpabiliser encore plus : « Mes enfants, ma famille souffriront énormément de ta plainte et tu vas faire des victimes… »
Faire de la victime un bourreau … Quelle perversité !
Les actes de repentance officiels
Les actes de repentance se sont succédés depuis la demande de pardon de Jean- Paul II, le 23 février 1992, à Gorée, pour la traite africaine vers les Amériques.
Jacques Chirac, reconnaissant la culpabilité de la France pour la rafle du Vel d’Hiv, Emmanuel Macron, qualifiant la colonisation de l’Algérie de « crime contre l’Humanité », et la loi Taubira, créant une journée de la mémoire
de l’esclavage des Noirs par les Européens.
De telles excuses expriment le regret pour des actes de nos ancêtres ou de nos parents, toutefois sans en admettre la moindre responsabilité personnelle.
Il est bien plus difficile de demander pardon d’actes qu’on a soi-même commis, à ceux qui en ont été personnellement victimes, que de juger les actes commis par d’autres, dans le contexte de leur époque.
Il en irait autrement si nous demandions nous-mêmes pardon, par exemple, pour notre racisme antinoir hérité de siècles d’esclavage.
La demande de pardon dans le Notre Père
La troisième demande du Notre Père est la suivante :
« Remets-nous nos dettes comme nous aussi avons remis à nos débiteurs
Jésus commente cette prière :
Car si vous remettez aux hommes leurs fautes, il vous remettra à vous aussi, votre père du ciel. Mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre père non plus ne remettra pas vos fautes »
(évangile de Matthieu 6, 12 et 14-15 Nouvelle traduction par sœur Jeanne d’Arc, Desclée de Brouwer, 2011)
Le mot « dette » correspond à un mot araméen, langue parlée au temps de Jésus
— qui signifie à la fois dette, obligation et par extension, péché et faute.
Si Jésus nous invite à demander pardon à « Notre Père », c’est qu’il sait qu’il nous l’accordera, si notre demande est sincère et accompagnée de la volonté de réparer nos fautes.
Mais, Jésus y ajoute cette condition supplémentaire, que nous oublions souvent, celle de pardonner le mal qui nous est fait.
Puissions-nous sincèrement demander pardon aux victimes de nos agissements, même si nos excuses et nos propositions de réparation ne sont pas acceptées.