Nous disons souvent que sommes perclus de culpabilité !
Dans les domaines psychologiques et psychiatriques, la culpabilité
est caractérisée par un état émotionnel chez un individu qui est persuadé d’avoir mal agi, selon ses propres perceptions et croyances morales.
En droit, c’est la condition d'une personne reconnue définitivement responsable par une instance judiciaire d'un crime, d’un délit ou d'une infraction.
Qu’en est-il du sentiment de culpabilité ?
Selon le dictionnaire Larousse, le terme culpabilité est défini comme un « sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire »
Le sentiment de culpabilité est le fait de se sentir responsable ou coupable de son propre comportement, du fait qu’il a eu des conséquences néfastes pour les autres ou qu’il leur a causé des tourments.
Le regret est lié au fait que la personne se reproche la manière dont elle a agi, ce qui peut être la cause du remords.
Le remords, expression morale du regret, est généralement ressenti
par une personne après avoir commis un acte honteux, blessant ou violent.
C’est un ressenti émotionnel mélangeant honte, tristesse, mépris et colère contre soi-même.
Le remords est très proche de la culpabilité et d’un auto-ressentiment. Il peut motiver la personne à entreprendre des actions réparatrices.
Mais il peut aussi pousser au découragement à la perte de confiance en soi
et à la dépression. Ainsi, la culpabilité peut engendrer une tristesse profonde voire maladive sans rapport avec la faute.
Pour un chrétien, la culpabilité est l’arme dont le Mal ou l’ennemi peut se servir pour nous faire croire que nous sommes indignes de nous rapprocher de Dieu
et de croire en sa miséricorde infinie.
- La culpabilité du délinquant et du criminel
L’abbé Alain Poncelet, alors aumônier de prison, écrit dans son mémoire de criminologie à l’UCL, dans les années 1993 - 1994 :
« Pour une bonne partie des détenus, ceux que l’on qualifie très souvent de petite délinquance, les faits incriminés et la privation de liberté
qui en découle, ne constituent pas nécessairement un drame. Ceux-ci parleront plus volontiers de destin (« c’est mon destin, je n’y puis rien ») et n’envisagent pas la possibilité d’entraver ce destin.
Pour une autre catégorie de détenus, l’aumônier est confronté de face à une parole de souffrance. (…) Ce dont le détenu témoigne alors, n’est
pas tant le sentiment d’avoir mal fait, mais le sentiment pénible de perdre quelque chose de fondamental, d’existentiel. Un quelque chose sans quoi la vie n’a plus de sens ou ne paraît plus viable. (…)
C’est la prise de conscience de la gravité d’un acte qui fait surgir un sentiment de culpabilité. Il surgit à partir du regard de l’autre
(de la société). (…)
Le criminel peut être habité par un sentiment de culpabilité, et cela contrairement à ce qui se dit communément.
À la suite d’une prise de conscience de la rupture d’une logique sociale, le détenu exprime par sa parole et par son attitude une série de choses qui tournent autour de la notion d’angoisse. (…) »
Mon expérience personnelle d’avocat pénaliste et ensuite d’aumônier de prison à celle de Mons et ma rencontre de nombreux détenus, notamment criminels, me font dire que beaucoup vivent une immense culpabilité, vis-vis de leur victime mais aussi à l’égard de leur conjoint, de leurs enfants et de leurs parents qui subissent de plein fouet les conséquences de leur incarcération.
- La culpabilité de la victime
L’école de criminologie de Montréal rapporte, en 2017, que « plusieurs recherches ont permis de déterminer des conséquences négatives associées à une histoire de victimisation sexuelle durant l’enfance.
Ainsi, l’abus sexuel est maintenant clairement reconnu comme un facteur
de risque important pour les tentatives de suicide, l’abus d’alcool et de drogues et la revictimisation (qui fait revivre ses traumatismes).
De nombreux symptômes ont également été observés chez les enfants victimes d’abus sexuels.
(Ils) sont susceptibles de présenter des symptômes de stress post-traumatique ainsi que des symptômes dépressifs et anxieux.
Certains enfants peuvent également exprimer davantage de problèmes de comportement extériorisés, comme de la colère, de l’agressivité ainsi que des comportements sexualisés problématiques.
De nombreuses études confirment également que « Les enfants victimes d’abus sexuels sont également plus à risque de développer une faible estime d’eux-mêmes. »
- La culpabilité des proches de la victime
Dans les drames de harcèlements, d’abus sexuels et d’incestes, on constate très souvent que l’entourage proche ne s’est rendu compte de rien et même n’a pas pu entendre ou comprendre les appels à l’aide de la victime.
Ainsi la mère d’une victime d’abus sexuels répétés commis par son compagnon sur son enfant se culpabilise et se désespère de n’avoir rien vu et d’avoir en quelque sorte abandonné sans le vouloir son enfant.
- La culpabilité du survivant
Survivre à un attentat, à une prise d’otages, une catastrophe naturelle ou tout autre traumatisme, tels un génocide ou une guerre, peut tenir du miracle, mais n’empêche souvent pas de se sentir coupable.
Coupable d’être encore en vie, d’être à la place de ceux qui ont disparu, ou de ne pas être mort avec eux.
Le double suicide au Brésil, le 22 février 1942, du grand écrivain autrichien Stefan Zweig, âgé de 61 ans, et de sa seconde épouse, Charlotte Elisabeth Altmann — dite Lotte —, âgée de seulement 34 ans, a pu récemment être élucidé par la correspondance de l’écrivain à la famille de sa femme.
Alors que l’Europe était à feu et à sang, le couple d’origine juive qui avait fui le nazisme, vivait depuis 1938 dans un exil doré à Petropolis, une station balnéaire huppée près de Rio.
Les mots qui reviennent le plus souvent dans ces lettres, sont « honte »,
« angoisse », « culpabilité ».
Car les Zweig se sentent surtout coupables de jouir d’une paix et d’un confort relatifs alors que leurs amis restés en Europe doivent lutter tous les jours pour survivre.
« Combien nous avons honte d’être ici… », répète Zweig comme un leitmotiv.
« Si seulement nous n’étions pas si angoissés à votre sujet, écrit-il même, nous pourrions dire que nous vivons les meilleurs moments de notre vie ! »
Hélène Romano docteure en psychopathologie et psychothérapeute référente de la consultation spécialisée de psychotraumatismes du CHU Henri Mondor à Créteil, explique dans la revue « Psychologies » :
Les troubles liés au traumatisme sont le plus souvent : des reviviscences,
des cauchemars, des angoisses, des peurs inexpliquées, de l’anxiété à chaque bruit qui peut évoquer le souvenir du drame. »
Par exemple, « Les traumatismes psychiques sont beaucoup plus intenses chez les déportés juifs » a dit Leo Eitinger, survivant de l’Holocauste, dans Journal Psychosomat, en 1969.
Nombreux sont les déportés qui affirment ne pas être totalement revenus
des camps ; ils y ont laissé leur esprit, parfois leur âme, ne ramenant avec eux que les souvenirs de la douleur et de la persécution, de la peur et de l’horreur.
Selon les scientifiques et les témoignages qu’ils ont pu recueillir, ces divers troubles augmentent à mesure que vieillit le sujet atteint.
- La culpabilité des parents d’enfants suicidés
Un drame épouvantable est la perte d’un enfant qui s’est suicidé !
Dans un article de la revue « Psychologies », le psychiatre Christophe Fauré
parle d’« Un arrachement », d’« une mutilation »…
C’est ainsi que les parents endeuillés décrivent la perte de leur enfant.
« Quand un enfant meurt, le parent se sent presque physiquement amputé
d’une partie de lui-même et de toutes les projections qu’il avait investies en lui »
Le décès d’un enfant va dans le sens inverse de la vie et constitue, pour les parents, une terrible injustice.
D’où un sentiment de colère « par rapport aux autres qui continuent leur vie de façon insouciante et par rapport aux autres parents… », poursuit le psychiatre.
Et souvent, aussi, une grande culpabilité : celle de ne pas avoir su protéger son enfant. À cette culpabilité peut aussi s’ajouter un sentiment de honte face au regard des autres. Comment continuer à s’accepter en tant que parent alors que son enfant est mort ?
La chanson "L'enfer" de Stromae exprime les sentiments d'isolement
et de dépression avec des paroles puissantes et un rythme mélancolique.
La chanson évoque le sentiment d'être seul, de considérer ses pensées et ses inquiétudes, en le comparant à l'enfer.
Les paroles suggèrent que le chanteur a des pensées suicidaires et qu'il croit que le suicide est le seul moyen d'échapper à ces pensées.
La chanson montre l'importance de chercher de l'aide, de parler et de compter sur le soutien d'autres personnes pour échapper à l'"enfer" de la dépression.
- Les individus incapables de culpabilité
Les individus psychopathes manquent de culpabilité et de remords pour les blessures et les souffrances qu’ils ont infligées aux autres.
À la place, ils rationalisent leur comportement, refusent d'admettre leurs fautes et accusent les autres, parfois même leur victime : « Si elle m’avait donné
son sac, je ne l’aurais pas tuée et je ne serais pas en prison ! »
- L’art de culpabiliser l’autre
La culpabilisation de l’autre est souvent utilisée comme une forme de manipulation émotionnelle.
En faisant porter à l’autre la responsabilité de ses propres émotions
ou de ses échecs, le manipulateur cherche à obtenir un avantage personnel. Il peut chercher à obtenir de l’argent, des faveurs ou simplement à exercer un pouvoir sur la personne ciblée.
- La culpabilisation de la religion
Le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC), au n° 1035, proclame que :
« L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, le feu éternel »
Monseigneur Dominique Le Tourneau, chapelain de Sa Sainteté, canoniste, prêtre de la prélature de l’Opus Dei écrit
« Comme le résume le Cardinal Ratzinger : « Inutile de discuter :
la notion de damnation éternelle a bel et bien sa place
dans l’enseignement de Jésus, comme dans les écrits des apôtres.
Le dogme affirmant l’existence de l’enfer et l’éternité de la damnation repose donc sur des bases solides. »
Dans un article « Religion et culpabilité », publié dans le quotidien catholique La Croix, toute autre est la réponse de Monique Hébrard, longtemps journaliste au mensuel Panorama, auteure chrétienne :
« "La religion catholique culpabilise." L'accusation est fréquente :
elle culpabilise celle qui prend la pilule, les divorcés remariés,
les homosexuels... bref tous ceux qui ne vivent pas selon les prescriptions du Vatican.
Si on lit convenablement la Bible, il est cependant impossible de faire porter le chapeau de la culpabilité à l'Ancien Testament, encore moins au Nouveau Testament !
La Loi de l'Ancien Testament n'a pas été instituée pour culpabiliser les Hébreux ; elle s'inscrit dans ce chemin de croissance humaine qu'est la Bible !
Elle a pour fonction d'inviter l'être humain à progresser et à se libérer
de ses esclavages antérieurs, à passer progressivement de l'état fusionnel, puis d'adolescent rebelle à celui d'adulte responsable pour qui la loi
ne sera plus extérieure mais dans le cœur.
Dans le Nouveau Testament, il est clair que Jésus s'adresse à des personnes censées avoir intégré cette intériorité. La culpabilité, Jésus ne connaît pas ! Il ne cesse de dire "lève-toi et marche". »
Enfin Jésus nous lave à jamais de l'obsession de ce "péché" que l'on ressasse indéfiniment, par son passage dans la mort et la Résurrection.
Il est encore vrai, hélas, que les paroles officielles de l'Église,
rendues encore plus maladroites par les raccourcis médiatiques, continuent de donner du grain à moudre en la matière.
Mais elle disparaît pour celui qui entend l'invitation du Christ à le suivre, non à cause d'une loi extérieure mais par choix personnel, dans l'élan
du cœur. »
- La déculpabilisation
La première chose à faire, c’est d’appliquer la célèbre maxime grecque
« Gnothi seauton - connais-toi toi-même », de nous accepter tels que nous sommes, d’accepter que nous ne sommes pas parfaits, que nous pouvons nous tromper. Accepter, aussi, que nous pouvons parfois faire de mauvais choix
en donnant la priorité à nos égoïsmes, nos égocentrisme, nos intolérances ou nos manques d’amour.
La deuxième réaction est de le reconnaître, de le regretter, de demander pardon à ceux à qui nous avons fait du tort et de réparer nos erreurs quand c’est possible.
La dernière est d’avancer, de ne pas nous appesantir sur notre culpabilité, d’aller de l’avant, de tourner une nouvelle page, en faisant confiance dans en l’amour et l’infinie miséricorde de Dieu.
« Ne pas regarder dans le rétroviseur mais dans le pare-brise »
Ce que nous disent les écritures :
Esaïe 43 : 25 (LSG) « C’est Moi, Moi qui efface tes transgressions pour l’amour de Moi, et Je ne Me souviendrai plus de tes péchés. »
Psaumes 103 : 12 (LSG) « Autant l’orient est éloigné de l’occident, autant Il éloigne de nous nos péchés. »
Première lettre de Jean 1 : 9 (LSG) « Si nous confessons nos péchés, Il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. »
Seconde lettre de Paul aux Corinthiens 5 : 17 (LSG) « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. »
Lettre de Paul aux Romains 8 : 1 (LSG) « Il n’y a donc maintenant plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ.
Car la loi de l’Esprit qui donne la vie en Jésus-Christ m’a libéré de la loi du péché et de la mort.»