Le mot « œcuménisme », nous dit Wikipédia, est issu du participe grec « οἰκουμένη » (« oikouménê »), du verbe « οἰκέω » (« oikéô », ou « j'habite »), sous-entendant le mot « γῆ » (« gễ », ou « terre ») et signifiant « [terre] habitée ».
Il traduit un caractère universel qui, avant que le terme soit employé dans son acception moderne, a servi à qualifier pendant les premiers siècles du christianisme les conciles dits alors « œcuméniques ».
Mais c'est au XIXe siècle qu'apparaît le mouvement de chrétiens qui visent à leur propre unité, connu comme le « mouvement œcuménique ».
C'est lors de la réunion de l'Alliance évangélique à Londres en 1846 que le terme semble avoir été employé pour la première fois dans son sens actuel par Adolphe Monod.
L'« œcuménisme » ne doit pas être confondu avec le « dialogue interreligieux » qui a lui pour objet les échanges entre différentes religions, même si l'on trouve parfois l’expression « œcuménisme entre les religions » pour le désigner.
Le Christ a prié pour l’Unité de ses disciples
Dans l’Évangile de Jean, 17, 1-3, 20-23 :
« Après avoir ainsi parlé, Jésus leva les yeux au ciel et dit : "Père, l'heure est venue ; glorifie-le, ton Fils, pour qu'il te glorifie et que, par le pouvoir qu'il a reçu de toi sur toute chair, il accorde la Vie à tous ceux que tu lui donnes. Or la Vie, c'est de te connaître, toi le seul véritable Dieu, et moi, le Christ que tu envoies...
Je n'intercède pas uniquement pour eux qui sont présents mais aussi pour tous ceux qui, par eux, seront conduits à croire en moi, afin que tous soient un. Père, comme tu es en moi et moi en toi, qu'ils soient en nous également pour que le monde croie que tu m'as envoyé.
La gloire que tu m'as donnée, je la leur donne, pour qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu'ils soient parfaits dans l'unité et que le monde croie que c'est toi qui m'envoies, que tu les as aimés comme tu m'as aimé. »
Le Père jésuite et théologien Bernard Sesboüé,
grand spécialiste de l’œcuménisme, professeur au centre Sèvres de Paris de 1974 à 2006, dans son livre « Croire », publié aux éditions Droguet et Ardant, en 1999, p. 435 et 437, souligne pourtant la division des chrétiens :
« Un trait incontestable de la présence du péché dans l'Église est la division des chrétiens. Aux tout premiers siècles de l’Église, les païens pouvaient dire des chrétiens : « Voyez comme ils s'aiment » et ce témoignage valait toutes les propagandes. La foi chrétienne s'est largement répandue à l'époque par le bouche-à-oreille des artisans et des commerçants à partir des grands ports de la Méditerranée. Très vite cependant, les communautés chrétiennes ont connu des tensions qui ont conduit à des ruptures.
L'histoire des divisions et des schismes dans l’Église est le contre signe par excellence de la vocation de l’Église qui est de rassembler les hommes dans l'unité pour laquelle Jésus a prié.
Quand elles s'accompagnent de violences et de massacres, ces divisions sont encore plus scandaleuses. Car la croix du Christ, instrument par excellence de salut et de réconciliation, en vient à être brandie comme une arme de guerre. On voit en quoi le mouvement de réconciliation œcuménique, engagé depuis le milieu du XIXe siècle, est essentiel, non seulement pour les Églises elles-mêmes, mais encore pour le témoignage qu'elles entendent rendre à l’Évangile dans le monde. »
Quelles sont les origines de la division des Chrétiens ?
Wikipédia nous permet encore de nous y retrouver :
Le premier différend s'articule autour du concile d'Éphèse (431) qui voit s'opposer les écoles théologiques d'Alexandrie et d'Antioche sur la compréhension de la personne du Christ et le vocabulaire propre à décrire la relation entre l’humanité et la divinité de Jésus.
L'« Église d'Orient » ne reconnaît pas les conclusions de ce concile - ni de ceux qui suivront - et se développe de son côté, dans l'Empire perse et au-delà vers l'Orient.
La seconde crise s'articule autour du concile de Chalcédoine (451) qui essaie de concilier les écoles théologiques d'Alexandrie et d'Antioche.
Il affirme la pleine humanité et la pleine divinité du Christ et précise l'union hypostatique, c'est à dire l'union de la nature humaine et de la nature divine dans une seule personne, le Christ.
S'il est adopté par les patriarches de Constantinople et de Rome, le concile est rejeté par des éléments plus radicaux : une partie des Églises d'Égypte, de Syrie orientale, d'Arménie, d’Éthiopie et du Malankar, refuse les conclusions du concile.
C'est le premier schisme important et durable de la chrétienté qui voit naître les églises orthodoxes orientales ou « non-chalcédoniennes », également connues sous le nom d'« Églises des trois conciles ».
La troisième crise met en jeu l'Orient byzantin et l’Église romaine et marque une lente séparation qui s'étale entre le IXe et le XVe siècle, notamment, dès le IXe siècle, sur la répartition des nouvelles églises slaves sous la juridiction de Byzance ou de Rome.
On a souvent retenu l’année 1054 pour marquer la césure entre les deux Églises mais les historiens actuels soulignent la complexité d'un processus de séparation au long cours et l’on retient davantage l'année 1204 lorsque, à l’occasion de la quatrième croisade, les latins mettent Constantinople à sac, ce qui crée une rupture profonde, animée de ressentiment, parmi les croyants même des deux églises.
Outre les différences dans l'organisation ecclésiale régionale, des différends théologiques opposent les deux Églises,
- à l'instar de la fameuse querelle du Filioque (le Saint-Esprit procède du Père et du Fils) une altération du credo de Nicée-Constantinople imposée en Occident par Charlemagne rejetée par les orientaux pour qui le Saint Esprit procède uniquement du Père,
- ou encore de la revendication de primauté pétrinienne de l’évêque de Rome.
Certaines tentatives de rapprochement verront le jour - le deuxième concile de Lyon de 1274 ou celui de Florence de 1434 - mais sans apporter de solution durable à ce qui est plutôt une rupture motivée par l’affrontement de principes et la polémique qu'un schisme stricto sensu.
La séparation s’est formellement accentuée quand l'Église romaine a, en 1729, formellement considéré l'Église orthodoxe comme schismatique en interdisant la communio in sacris (« pleine communion ») avec celle-ci.
En retour, le patriarcat de Constantinople impose le re-baptême des catholiques rejoignant la confession orthodoxe en 1758.
Ce n’est que dans les années 1960 qu'orthodoxes et catholiques renoueront sur les voies du dialogue17. Le plus récent phénomène de ruptures d'importance au sein du christianisme est repris sous l’appellation de « Réforme protestante », une expression qui désigne le mouvement de réforme et de mutations du christianisme occidental qui voit le jour au début du XVIe siècle.
À la suite de la figure initiale de ce mouvement protestataire - Martin Luther, un religieux augustin allemand qui critique les indulgences et expose 95 thèses en 1517 -, naissent les confessions luthériennes18.
Le mouvement prendra d'autres formes avec le suisse Ulrich Zwingli et le français Jean Calvin, qui sont à la source des Églises réformées19, avec un mouvement particulier aux sujets de la couronne d'Angleterre, l’Anglicanisme, issu de la séparation d'Henry VIII et de la papauté20, ou encore avec l’Anabaptisme suivant Thomas Munzer, proposant une vision encore plus radicale que les autres confessions contestant l’Église de Rome.
La chrétienté occidentale médiévale se retrouve divisée entre un Corpus catholicorum et un Corpus evangelicorum dont les profonds clivages conduisent à de nombreux conflits entre régions ou états aux confessions différentes ainsi qu'à des persécutions inter-chrétiennes qui se prolongent pendant près de deux cents ans.
Le site « Patrimoine mondial de la pensée »
décrit les différences entre les confessions chrétiennes :
À partir du XVIe siècle, le Christianisme connaît donc trois grandes branches: le Catholicisme, l'orthodoxie et le protestantisme.
Le Catholicisme et le Protestantisme ont marqué la culture occidentale; l' Orthodoxie, le monde oriental et l'Europe de l'Est.
Le Catholicisme
L'Église, qui avait son centre à Rome et a retenu le terme de catholique (en grec, « universel ») dès le IVème siècle, au concile de Nicée (325).
Elle est dotée d'une organisation centralisée et hiérarchisée.
Le pouvoir y est exercé par le pape et les conciles œcuméniques.
Le pape, à Rome, constitue l'unité visible de l'Église.
Les prêtre et les religieux font vœu de célibat.
La médiation entre Dieu et les fidèles est assurée par les autorités religieuses, qui transmettent et gèrent le salut offert aux êtres humains dans plusieurs domaines, notamment celui de l'enseignement et celui de la distribution de la grâce.
Un autre élément de médiation est la messe, conçue comme un sacrifice où se renouvelle le don de Jésus Christ sur la croix dans le sacrement de l'eucharistie.
Les sacrements, au nombre de sept, nécessaires à la réception de la grâce, sont dispensés par les prêtres.
Une autre médiation apparaît dans le culte de la Vierge Marie et dans celui des saints.
L'orthodoxie
Le contenu de la foi y remonte à la formulation des premiers siècles. L'orthodoxie (« l'opinion ou la foi droite », en grec) s'en tient en effet aux dogmes définis par les huit premiers conciles œcuméniques.
Fidèle aux origines, elle se caractérise par une relation de collégialité entre les Églises, qui sont autocéphales et élisent leurs propres chefs.
Le patriarche de Constantinople (aujourd'hui Istanbul) conserve une primauté d'honneur: il convoque des conférences panorthodoxes, placées sous le signe d'interdépendance des Églises.
Les prêtres orthodoxes (mais non les moines) peuvent se marier.
Le protestantisme
Le terme de protestant se réfère à un événement historique: en 1529, les princes allemands favorables à la Réforme protestèrent contre l'attitude de Charles Quint, qui exigeait la soumission de tous à Rome.
Le protestantisme connaît un grand morcellement ecclésiastique, conséquence de son choix en faveur de la liberté de conscience.
Les Églises protestantes ont en commun leur conception de l'Église, le refus de médiations dans la gestion de la grâce, et l'affirmation de la responsabilité personnelle dans les choix éthiques.
L'organisation ecclésiastique est l'affaire des communautés, qui se donnent des règles communes sur des bases démocratiques.
Le culte protestant se caractérise par l'importance donnée à la parole (prédication) et par l'administration de deux sacrements: le baptême et la Cène.
Les pasteurs sont mariés et, dans la quasi-totalité des Églises, les femmes ont accès aux ministères.
Le face-à-face de l'homme avec Dieu supprime toutes les autres médiations, en particulier celle d'une hiérarchie et d'un clergé.
Les tentatives de rapprochement
Avec les Anglicans : Les conversations de Malines
Quatre réunions se sont tenues, entre 1921 et 1925, à l’archevêché de Malines, entre diverses personnalités anglicanes et catholiques, à l'initiative d’un anglais, Lord Halifax, et d’un prêtre lazariste français, Fernand Portal, sous la direction du primat de Belgique, le cardinal Désiré-Joseph Mercier, archevêque de Malines-Bruxelles, avec l'accord discret mais provisoire de l'Archevêque de Cantorbéry Randall Thomas Davidson et du Pape Pie XI.
De nombreuses questions y ont été abordées, notamment celles, délicates, de la « primauté » au sein de l’Église universelle et du pouvoir des évêques. L’idée y avait notamment germé de « patriarcats » respectant les spécificités de chacune des églises.
La mort du cardinal Mercier, en 1926, mit malheureusement fin à cette initiative œcuménique, déjà mise à mal par les réticences croissantes de l'archevêque de Cantorbéry et l'hostilité de la hiérarchie catholique anglaise qui n’y avait pas été invitée.
Il faudra attendre Vatican II pour qu'un dialogue œcuménique puisse reprendre. Ce n’est qu’en mars 1966 que le Pape Paul VI et l'archevêque de Cantorbéry Michael Ramsey décident de reprendre un dialogue officiel entre l'Église catholique et la communion anglicane.
En 1967, a été établie « La commission internationale anglicane-catholique romaine » comme instance de dialogue œcuménique dans le but de faciliter la réunion ecclésiologique de la communion anglicane et de l'Église catholique romaine et d'adopter des positions communes dans les débats sociaux et éthiques.
Toutefois, les travaux de la commission ont été paralysés depuis 1993 lorsque l'Église d'Angleterre a voté en faveur de l'ordination des femmes. Les pourparlers ont été officiellement suspendus en 2003 lorsque l'évêque homosexuel Gene Robinson fut élu à la tête du diocèse épiscopalien du New Hampshire.
Avec les Protestants : Le Groupe des Dombes
Le « Groupe des Dombes », groupe de dialogue œcuménique, fût fondé en 1937 à l’initiative de deux prêtres de Lyon, en France, Paul Couturier et Laurent Rémilleux, et d’un pasteur de Berne en Suisse, Richard Baümlinet.
Il réunit une quarantaine de théologiens catholiques et protestants à l’abbaye des Dombes et, en alternance jusqu’en 1970, à la Communauté de Taizé.
Chaque année, depuis plus de 70 ans, à la fin de l’été, des théologiens catholiques et protestants se réunissent pour prier et réfléchir. Ils produisent de nombreux documents.
Avec les Orthodoxes : les Rencontres entre les Papes et les Patriarches
Le 15 avril 2014, 50 ans après la rencontre historique entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras à Istanbul, le patriarche Bartholomée a déclaré à la presse :
« Les besoins de réconciliation sont urgents et interpellent les Églises. Celles-ci doivent entreprendre des pas décisifs pour y répondre d’une seule voix».
Quelques mois plus tard, le 30 novembre 2014, le pape François lui a répondu en ces termes à l’issue de la liturgie célébrée au Phanar à Istanbul :
« L’unique chose que désire l’Église catholique, et que je cherche comme évêque de Rome, « l’Église qui préside dans la charité », c’est la communion avec les Églises orthodoxes ».
Expliquant que la « pleine communion » n'était ni « soumission », ni « absorption », considérant que les Églises catholique et orthodoxe étaient déjà en chemin vers la pleine communion, le pape François a affirmé que l'Église catholique n'entendait pas « imposer une quelconque exigence, sinon celle de la profession de foi commune » et s'est dit prêt à continuer de « chercher ensemble, à la lumière de l’enseignement de l’Écriture et de l’expérience du premier millénaire, les modalités par lesquelles garantir la nécessaire unité de l’Église dans les circonstances actuelles ».
Prière pour l'unité des chrétiens de Martin Luther
Le pape François dit de Luther qu'il a voulu rénover l'Eglise et non la diviser.
Dieu Éternel et Miséricordieux,
toi qui es un Dieu de paix, d'amour et d'unité, nous te prions, Père, et nous te supplions de rassembler, par ton Esprit-Saint, tout ce qui est divisé. Veuille aussi nous accorder de nous convertir à ton unité, de rechercher ton unique et éternelle vérité, et de nous abstenir de toute dissension. Ainsi nous n'aurons plus qu'un seul cœur, une seule volonté, une seule science, un seul esprit, une seule raison.
Et, tournés tout entiers vers Jésus-Christ, notre Seigneur, nous pourrons, Père, te louer d'une seule bouche, et te rendre grâce par notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Esprit Saint.
Amen.