Notre Credo, est la profession de foi partagée par les confessions chrétiennes majoritaires, à savoir le catholicisme, l'orthodoxie et la plupart des Églises issues du protestantisme.
Il fut promulgué lors du concile œcuménique de Nicée de 325 et complété lors du concile œcuménique de Constantinople de 381 qui aboutira au « Symbole de Nicée-Constantinople »
Le concile de Nicée a adopté le Symbole suivant :
Nous croyons en un seul Dieu Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, né du Père, [c’est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, ] lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré, et non fait, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait [ce qui est au ciel et sur la terre] ; qui pour nous, hommes, et pour notre salut est descendu, s’est incarné et s’est fait homme ; a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra de nouveau juger les vivants et les morts.
En latin :
« Et incarnátus est et homo factus est »
La traduction liturgique officielle du Symbole de Nicée complété par le concile de Constantinople, dans l’Eglise catholique, est celle-ci :
« Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l'Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme »
Déjà Tertullien (vers 150-220) un des plus grands théologiens de son temps, écrivain converti de langue latine, issu d'une famille berbère, romanisée et païenne vivant à Carthage, cite le symbole dans plusieurs de ses écrits, dont :
De Praescriptione XIII
« Je crois en Dieu, le créateur du monde, au Verbe, son Fils, Jésus-Christ qui par l'Esprit et la puissance de Dieu le Père prit chair dans le sein de Marie, et naquit d'elle »
Ainsi, nous proclamons :
Que Dieu le Père est descendu du ciel, s’est incarné et s’est fait homme. Que par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme.
Le texte fondamental, reconnaissant l’Incarnation de Dieu, est celui du Prologue de l’Évangile de Jean, probablement écrit en grec, vers la fin du Ier siècle, par « le disciple que Jésus aimait qui reposa sur sa poitrine à la dernière Cène », l’un des fils de Zébédée, l’un des Douze.
Le « Christ » y est appelé « le Verbe », « la Parole », « la Lumière » Voici le Prologue dans la traduction de la TOB :
01 AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.
02 Il était au commencement tourné vers Dieu.
03 Tout fut par lui, et rien de ce qui fut ne fut sans lui.
04 En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ;
05 et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise.
06 Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; son nom était Jean (Jean le Baptiste).
07 Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui.
08 Il n’était pas la Lumière, mais il devait rendre témoignage à la Lumière.
09 Le Verbe était la vraie Lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme.
10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui et le monde ne l’a pas reconnu.
11 Il est venu dans son propre bien et les siens ne l’ont pas accueilli.
12 Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu.
13 Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.
14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, cette gloire que Fils unique, plein de grâce et de vérité, il tient du Père.
Jésus-Christ est « le Logos – la parole – le Verbe divin », « l’expression parfaite du Père », « l’image du Dieu invisible », « la lumière qui indique aux hommes le chemin à suivre », « la manifestation suprême de Dieu dans l’humanité ».
Le Verbe s’est fait chair
Il a habité parmi nous, littéralement : « Il a établi sa tente parmi nous » allusion probable au Temple, lieu de la Présence divine (Note « s » de la TOB).
Le même évangéliste Jean rapporte
À la question essentielle de l’apôtre Philippe : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit », Jésus répondra :
« Celui qui m’a vu a vu le Père … Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ! Au contraire, c’est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres » (Jean 14, 8-10).
Saint Paul était venu dans la ville de Philippes, en Macédoine, lors de son deuxième voyage missionnaire, en 49 ou en 50, avec Silas, Timothée et Luc.
Alors qu’il est en prison en attendant son jugement, pendant son premier emprisonnement à Rome, il écrit pour remercier la jeune communauté chrétienne de Philippes qui a rassemblé des dons pour le soutenir.
Dans cette lettre, écrite probablement vers 61, il lui adresse aussi des recommandations pratiques, pour que les Philippiens restent fermes dans la foi :
« Lui qui, dès l’origine, était de condition divine, n’a pas cherché à profiter de l’égalité avec Dieu, mais il s’est dépouillé lui-même, et il a pris la condition du serviteur.
Il s’est rendu semblable aux hommes en tous points, et tout montrait qu’il était bien un homme. Il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant, jusqu’à subir la mort, oui, la mort sur la croix. (Ph 2. 6-11).
Cette lettre de Saint Paul aux Philippiens dit clairement que Dieu a envoyé ce Fils comme étant Dieu lui-même et qu’Il l’a envoyé en tant qu’homme à des hommes.
Quelques-unes des plus anciennes sources en dehors du Nouveau Testament affirment que Jésus était Dieu dans tous les sens du terme.
Un exemple est l'épître de Mathète (disciple des apôtres) à Diognète (probablement le précepteur du même nom de l'empereur Marc-Aurèle) écrite à la fin du IIème siècle, une lettre très populaire parmi les premiers chrétiens.
En voici quelques extraits :
« Dieu lui-même, le tout-puissant, le créateur de toutes choses, a fait descendre du ciel sur la Terre la vérité, c’est à dire son Verbe saint et incompréhensible. Il a voulu que le cœur de l’homme fût à jamais sa demeure.
Ce n’est donc pas, comme quelques-uns pourraient le croire, un ministre du Très Haut qui nous a été envoyé, un ange, un archange, un des esprits qui veillent sur la conduite du monde, ou qui président au gouvernement des cieux. Celui qui est venu vers nous est l’auteur, le créateur du monde, par qui Dieu le Père a fait les cieux, a donné des limites à la mer ; » (…) (7.2)
« Voilà celui que Dieu nous a envoyé, non comme un conquérant chargé de semer la terreur et d’exercer partout un tyrannique empire, ainsi que quelques-uns pourraient le croire. Non, il l’a envoyé comme un roi envoie son fils, il l’a envoyé comme roi ; il a envoyé ce Fils comme étant Dieu lui-même ; il l’a envoyé en tant qu’homme à des hommes. Pour qu’il leur apporte le salut. » (7.3-4)
« La Parole leur est apparue [aux apôtres] et leur a fait des révélations, leur parlant clairement. Même s’il n’était pas compris des incroyants, il a dit ces choses à ses disciples, qui, étant considéré fidèles par lui, ont été instruits dans les mystères du Père. Pour cette raison il a envoyé sa Parole : afin d’être révélé au monde. Cette Parole a été déshonorée par le peuple (juif) mais annoncée par les apôtres et crue par les nations. » (11 :2-4)
Il faudra attendre le concile de Chalcédoine, en 451, pour que l’Église proclame le « dogme de l'incarnation ».
Il affirme un seul Christ reconnu en deux natures (divine et humaine), sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation.
Pour reprendre une formule populaire, 100% homme et 100% Dieu
Jésus est vraiment Dieu et vraiment homme.
En lui se rencontrent la pleine réalité de Dieu et la pleine réalité de l'homme.
Jésus est bien un homme, un homme de son temps, de sa culture, de son peuple.
Il est né et a grandi comme tous les hommes, il est mort en tant qu’homme. Mais c'était bien le Fils de Dieu qui mourait alors d'une mort humaine.
L’Incarnation est décrite comme communication de Dieu dans les textes du concile Vatican II (1962-1965) :
« Dieu […] “qui jadis avait parlé bien des fois et de bien des manières à nos pères par les prophètes” (He 10, 1, 1), lorsque vint la plénitude des temps, envoya son Fils, le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit, pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres […] comme “médecin charnel et spirituel” le Médiateur entre Dieu et les hommes. En effet, l’humanité de celui-ci, dans l’unité de la personne du Verbe, fut l’instrument de notre salut » (De sacra liturgia, 1963, I, 1, 5).
Pour Karl Rahner, le grand théologien allemand, qui a vécu de 1904 à 1984 et a participé aux travaux du Concile :
« Jésus-Christ est la Parole dans laquelle le Père peut s'exprimer, et même, par une démarche libre, sortir de la divinité en s'extériorisant dans quelque chose qui n'est pas Dieu mais la nature humaine de Jésus. »
« Ce que Jésus est et accomplit au titre de son humanité n'est autre que la condition du Verbe vivant parmi nous pour être notre salut, et cette condition nous révèle ce qu'est le Verbe lui-même. »
Le Père Bernard Sesboüé s.j., théologien jésuite, professeur au Centre Sèvres à Paris, dans un article sur « Dieu et le concept de personne », paru dans la Revue Théologique de Louvain (2002 33-3 pp. 321-350) écrit :
« Le concile de Chalcédoine nous dit que le Christ est une seule personne en deux natures. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela signifie qu'une personne divine est suffisamment proche des personnes humaines pour pouvoir s'humaniser.
La personne du Fils, incarnée en Jésus de Nazareth, est devenue en quelque sorte une personne humaine, parce qu'elle s'est faite homme. En réalité, il n'y a pas de personne humaine distincte de la personne divine, mais c'est la personne divine elle-même qui se manifeste à nous sous la forme d'une personne humaine. L'incarnation nous révèle en son fond la solidarité entre personnes divines et personnes humaines. »
Jésus révèle le Dieu de l'Ancien Testament comme étant son propre Père, comme le Père par excellence. « Je leur ai fait connaître ton nom » (Jean 17,26). Mais Jésus révèle Dieu comme Père en se révélant lui-même comme Fils. « Le Père et moi, nous sommes un » (Jean 10,30) affirme à la fois le « nous » des personnes et l'unité de la divinité.
Jésus s'adresse souvent à son Père comme à un Autre que lui, tout en affirmant son unité avec lui; en Jean 12, 28-29, à la prière de Jésus: «Père, glorifie ton nom», une voix vint du ciel: « Je l'ai glorifié et le glorifierai encore ».
Le Père et le Fils sont, dans les évangiles, deux sujets distincts qui dialoguent ensemble. Cela est particulièrement vrai de l'évangile de Jean, où Jésus s'adresse souvent à son Père comme à un Autre que lui, tout en affirmant son unité avec lui ; en (Jean 12,28-29), à la prière de Jésus: « Père, glorifie ton nom », une voix vint du ciel: « Je l'ai glorifié et le glorifierai encore ».
Et le Père Bernard Sesboüé s.j. d’ajouter :
La dignité de la personne humaine se fonde désormais dans la fraternité de tous dans le Christ, le Verbe fait chair, qui a assumé une solidarité nouvelle et totale avec l'humanité et qui est devenu « l'aîné d'une multitude de frères » (Romains 8,29). »
Le 3 janvier 2021, au premier Angélus dominical de l’année 2021, le Pape François a commenté, depuis la bibliothèque du Palais apostolique, le prologue de l’Évangile selon saint Jean, lu lors de la messe de ce jour en Italie et au Vatican. (Vatican News)
François est revenu sur le sens de l’incarnation du Fils de Dieu, désireux de vivre « une grande intimité» avec chaque être humain, en le rejoignant notamment dans sa fragilité ».
Le Verbe veut « communiquer » avec nous.
« Au commencement était le Verbe », nous dit d’abord le disciple bien-aimé. « Celui que nous avons contemplé lors de sa Nativité, comme enfant, Jésus, existait avant : avant le commencement des choses, avant l'univers. Il est avant l'espace et le temps », a commenté le Saint-Père
Par ailleurs, en appelant Jésus « le Verbe », c’est-à-dire « la Parole », saint Jean veut nous signifier que « dès le début, Dieu veut communiquer avec nous, il veut nous parler ». Il veut « nous dire la beauté d’être enfants de Dieu ».
« Voici le merveilleux message d'aujourd'hui: Jésus est la Parole éternelle de Dieu, qui pense toujours à nous, depuis toujours, et qui désire communiquer avec nous », a souligné François.
Mais pour communiquer, Jésus ne s’en est pas tenu à la parole. Il « s’est fait chair ». Une « chair » qui traduit mieux que tout autre mot le désir de Dieu de rejoindre « notre condition humaine dans toute sa faiblesse ».
« Dieu est devenu fragile pour toucher de près notre fragilité », a résumé le Souverain Pontife. De cette manière, « rien dans notre vie ne lui est étranger », « nous pouvons tout partager avec Lui ». La décision du Seigneur est « audacieuse »: « il entre dans notre honte pour se faire notre frère, pour partager la route de la vie ».
L’incarnation du Fils de Dieu, a ensuite expliqué le Pape, n’a pas été un évènement temporaire. « Non, il ne s'est plus jamais détaché de notre chair ». L’évangéliste utilise le verbe « habiter », « demeurer ». Jésus « s'est uni pour toujours à notre humanité; on pourrait dire qu'il l'a "épousée" ».
Par conséquent, le Seigneur a soif d’une « grande intimité » avec chacun. « Il veut que nous partagions avec lui les joies et les peines, les désirs et les craintes, les espoirs et les tristesses, les personnes et les situations ».
« Et sans crainte, invitons-le dans notre maison, notre famille, (…) nos fragilités » a conclu le Pape François.
En conclusion :
Dieu s’est incarné, il a envoyé son Fils
Il a envoyé son Fils comme étant Dieu lui-même ;
Il l’a envoyé en tant qu’homme à des hommes
« Dieu a voulu communiquer avec nous et est devenu fragile pour toucher de près notre fragilité en adoptant notre condition humaine dans toute sa faiblesse »,
Jésus-Christ
Il est « le Logos – la parole – le Verbe divin »,
l’expression parfaite du Père,
le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit,
la Parole dans laquelle le Père peut s'exprimer en s'extériorisant dans quelque chose qui n'est pas Dieu mais la nature humaine de Jésus