Dans l’évangile de Matthieu (11, 28), Jésus déclare à ses disciples :
« Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de cœur »
Le Dieu éternel et tout puissant s’est incarné dans l’humanité de Jésus.
Le Fils bien aimé du Père se laissera arrêter, flageller et clouer sur une croix, alors qu’il aurait très bien pu ne pas se laisser faire et échapper à ses ennemis. Il n’est pas venu dans la gloire pour asseoir une royauté sur les hommes.
En cela, il a profondément déçu ses disciples et ses partisans, comme les disciples d’Emmaüs, fuyant Jérusalem après sa mort,
« Nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël … » (Luc 24, 21)
Le Père Jésuite François Varillon a écrit un livre qui a eu un grand retentissement : « L'humilité de Dieu » distingué par le Grand prix catholique de littérature. Paru aux Editions du Centurion à Paris en 1974.
Il y écrit notamment :
« L’amour est pauvreté, dépendance, humilité. L’aimant dit à l’aimé : « Tu es ma joie ».
C’est une affirmation de pauvreté : sans toi, je suis pauvre de joie.
(…) On ne peut pas dire à la fois « Je t’aime » et « Je veux être indépendant de toi ». Ceci annule cela.
Quand on aime, on veut dépendre : « Je te suivrai jusqu’au bout du monde. » Le plus aimant est le plus dépendant. (…)
On ne peut regarder de haut quelqu’un à qui l’on dit « Je t’aime ». Le surplomb du regard néantiserait l’amour. (…)
Quelle puissance faut-il à Dieu pour que l’amour en lui soit sans condescendance ! Une puissance qui est un insondable mystère.
Jésus nous la révèle quand il lave les pieds des siens, sans feinte ni faux-semblant : son geste dit en vérité comment Dieu aime. »
(François Varillon, L’humilité de Dieu, Éditions du Centurion, Paris, 1974, p. 69 - 70)
Dire que Dieu doit nécessairement être humble pour aimer c’est reconnaître la réalité de son amour et les limites de sa toute-puissance : il ne peut pas forcer l’homme à l’aimer et, comme le dit si bien
Thérèse de Lisieux, il en arrive à se faire le « divin Mendiant d'amour » (Lettre à Madame Guérin du 17 novembre 1894, LT 172).
Dieu ne s’impose pas ; il reste à notre porte et attend humblement que nous la lui ouvrions.
Ce n’est pas là l’attitude d’un Dieu tout puissant et condescendant.
En voulant être et n’être qu’Amour, Dieu a choisi l’humilité et la douceur de celui qui aime et demande d’être aimé en retour par un être libre
de l’accueillir ou de le rejeter.
Pour le Père Varillon, « Dieu est humble et le plus humble de tous les êtres. » Méditant sur ce qu'est l'amour, le père jésuite était arrivé à la conclusion qu'
« Un véritable amour ne domine pas, n'écrase pas, un véritable amour est humble »
« Ce qui est au cœur de Dieu est une puissance d'effacement de soi. »
Il cite le grand théologien Romano Guardini (p. 63) :
« Quel Dieu se révèle à travers ce Jésus, qui échoue si lamentablement, qui ne trouve pas d’autres compagnons que ces pêcheurs, qui est vaincu par une caste de théologiens politiciens, à qui l’on intente un procès
et que l’on condamne comme illuminé et révolutionnaire ? » …
« Jésus étant ce qu’il est, sa vie se déroulant comme nous la voyons
se dérouler, comment est le Dieu qui s’y manifeste ? » … « Que doit être Dieu pour qu’il puisse se donner une pareille existence ? »
Et le père Varillon de répondre :
« La réponse est dans l’Ecriture : Dieu est Amour. Mais dans l’amour, il y a « quelque chose que nous ne percevons pas tout de suite » : c’est l’humilité » … « L’humilité est l’aspect le plus radical de l’amour ».
Jésus nous dit que le plus grand dans le Royaume des cieux est un petit enfant
Les disciples lui ayant un jour demandé
« Qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux ?
Appelant un enfant, il le plaça au milieu d’eux et dit : « En vérité, je vous le déclare, si vous ne changez pas et ne devenez comme les enfants,
non, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.
Celui-là donc qui se fera petit comme cet enfant, voilà le plus grand dans le Royaume des cieux » (Matthieu 18, 4).
L’enfant que Jésus appela est donc un petit capable de répondre à son appel.
Il ne le présente pas comme un exemple d’innocence et de pureté. C’est un jeune enfant encore confiant, qui accepte de répondre directement à son appel sans savoir à quoi il s’engage.
C’est précisément cette confiance et cette humilité que Jésus met en exergue et nous donne en exemple.
Cet appel d’un jeune enfant par Jésus fait penser à celui que Dieu a répété toute une nuit au jeune Samuel, couché dans son sanctuaire, là où se trouvait l’arche de Dieu.
Le jeune Samuel assurait le service du Seigneur en présence du prêtre Éli. La parole du Seigneur était rare en ces jours-là, et la vision, peu répandue.
Un jour, Éli était couché à sa place habituelle – sa vue avait baissé et il ne pouvait plus bien voir.
La lampe de Dieu n’était pas encore éteinte. Samuel était couché dans le temple du Seigneur, où se trouvait l’arche de Dieu.
Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ! »
Il courut vers le prêtre Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé. Retourne te coucher. » L’enfant alla se coucher.
De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. »
Éli répondit : « Je n’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. » Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée.
De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. »
Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant,
et il lui dit : « Va te recoucher, et s’il t’appelle, tu diras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.” »
Samuel alla se recoucher à sa place habituelle.
Le Seigneur vint, il se tenait là et il appela comme les autres fois :
« Samuel ! Samuel ! » Et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. » (1er livre de Samuel 3, 1-10).
Dans l’évangile de Matthieu, chapitre 17, versets 24 à 27,
Comme ils étaient arrivés à Capharnaüm, ceux qui perçoivent les didrachmes s’avancèrent vers Pierre et lui dire :
« Est-ce que votre maître ne paient pas les didrachmes ? » « Si », dit-il.
Quand Pierre fut arrivé à la maison, Jésus, prenant les devants, lui dit : « Quel est ton avis Simon ? Les rois de la terre,
de qui perçoivent-ils taxes et impôts ? De leurs fils, ou des étrangers ? » Et comme Pierre répondait : « Des étrangers »,
Jésus lui dit : « Par conséquent, les fils (en) sont libres. Toutefois, pour ne pas scandaliser ces gens-là, va à la mer,
jette l’hameçon, saisis le premier poisson qui mordra, et ouvre-lui la bouche : tu y trouveras un statère.
Prends-le et donne-le-leur, pour moi et pour toi. »
Ce n’est pas de l’impôt dû à César qu’il s’agit ici.
Après le retour de la captivité, Néhémie et ses disciples « ont fait des ordonnances » prévoyant que chaque année les hommes devaient payer le tiers d’un « sicle » afin de fournir des sacrifices et tout ce qu’il fallait pour le culte du Temple ( Néhémie 10:32 ).
L’impôt du Temple était de deux « drachmes », un « didrachme »,
ou d’un « demi-sicle ». Il était payé en argent juif, ce qui explique la présence des changeurs installés dans le parvis du Temple (note de la Tob).
Les prêtres, les femmes, les enfants et les esclaves étaient exonérés de l'impôt, mais pouvaient donner s'ils le voulaient.
Des commissaires furent envoyés dans toute la Palestine pour percevoir l'impôt (« ceux qui perçoivent les didrachmes »). Ces commissaires étaient distincts des fonctionnaires qui percevaient la taxe gouvernementale de l’occupant romain.
Jésus et les disciples arrivent ainsi à Capharnaüm (en Galilée) au moment où l’on percevait l’impôt.
Les receveurs de cet impôt demandèrent à Pierre :
« Votre maître ne paie-t-il pas les didrachmes? » Pierre répondit: « Oui ». Il avait raison, en ce sens que le Seigneur Jésus, dans son humanité, s’est soumis, comme tel, né sous la loi, à tout ce qui était établi sur le peuple.
Mais si Pierre avait pensé à la gloire de la personne de Jésus comme Fils de Dieu, dont il avait été témoin lors de la Transfiguration, sur la sainte montagne, il n’aurait pas été si prompt à répondre « oui ».
Lorsqu’il rentra dans la maison, sachant ce que Pierre venait de répondre aux receveurs, Jésus lui dit :
« Quel est ton avis Simon ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils taxes
et impôts ? De leurs fils, ou des étrangers ? » Pierre lui dit : « Des étrangers ».
Jésus fait comprendre à Simon que Lui, le fils de Dieu, du Roi du Temple, n’est pas soumis à l’impôt du Temple, puisqu’il est le Seigneur du Temple.
Jésus, manifestant son humilité dans l’humanité qu’il avait prise,
en payant cet impôt, montre son humilité mais aussi son amour à Pierre : Il associe son disciple en payant également pour lui.
« Saisis le premier poisson qui mordra, et ouvre-lui la bouche : tu y trouveras un statère. Prends-le et donne-le-leur, pour moi et pour toi. »
Un « statère » équivaut à deux « didrachmes » ou « quatre drachmes », c’est-à-dire l’impôt pour Jésus et pour Pierre
« Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau
dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit :
« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas,
tu n’auras pas de part avec moi. » (Jean 13, 3-8 )
« Sachant que le Père lui a tout remis entre ses mains, qu'il est sorti de Dieu et qu'il s'en va vers Dieu » Jésus avait donc conscience
de son incommensurable supériorité divine,
« Il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture », ce qui est la tâche d’un esclave ou d’un serviteur.
L’évangile de Jean, démontre ainsi en Jésus l'étroite union
de la suprême dignité de sa divinité et de l’extrême humilité de son humanité.
De même Saint Paul, au début du chapitre 2 de sa lettre aux Philippiens, leur rappelle l'idéal d'humilité et de désintéressement de Jésus :
S’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres,
si l’on s’encourage avec amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la compassion,
alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité.
Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes.
Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres.
Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus :
Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort,
et la mort de la croix.
Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
« O Jésus ! lorsque vous étiez Voyageur sur la terre vous avez dit :
« Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes. »
O Puissant Monarque des Cieux, oui mon âme trouve le repos en vous voyant revêtu de la forme et de la nature d’esclave, vous abaisser jusqu’à laver les pieds à vos apôtres.
Je me souviens alors de ces paroles que vous avez prononcées
pour m’apprendre à pratiquer l’humilité : « Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez vous-même ce que j’ai fait, le disciple n’est pas plus grand que le Maître…. Si vous comprenez ceci vous serez heureux
en le pratiquant. »
Je les comprends, Seigneur, ces paroles sorties de votre Cœur doux et humble, je veux les pratiquer avec le secours de votre grâce.
Je veux m’abaisser humblement et soumettre ma volonté à celle
de mes sœurs, ne les contredisant en rien sans rechercher si elles ont, oui ou non, le droit de me commander.
Personne, ô mon Bien-Aimé, n’avait ce droit envers vous et cependant vous avez obéi non seulement à la Ste Vierge et à St Joseph, mais encore à vos bourreaux.
Maintenant c’est dans l’Hostie que je vous vois mettre le comble à vos anéantissements.
Quelle n’est pas votre humilité, ô divin Roi de Gloire, de vous soumettre
à tous vos prêtres sans faire aucune distinction entre ceux qui vous aiment et ceux qui sont, hélas ! tièdes ou froids dans votre service…
A leur appel vous descendez du ciel, ils peuvent avancer ou retarder l’heure du St Sacrifice, toujours vous êtes prêt…… »
la prison de Paliano (diocèse de Palestrina), en Italie, aux côtés des détenus.
Parmi eux, douze anciens mafieux repentis — pour les douze disciples de Jésus au dernier repas qu’il prit avec eux avant sa Passion —
ont été désignés pour se faire laver les pieds par le Saint-Père : un musulman qui sera baptisé au mois de juin, trois femmes, un Albanais, un Argentin
et six Italiens.
Plusieurs devaient faire leur première communion d’autres leur confirmation dans les jours qui suivirent.
Réfléchissons : le Créateur de l’univers…on ne lui a pas permis
d’avoir un lieu pour naître ! Peut-être était-ce une anticipation de ce que l’évangéliste Jean dit : « Il est venu parmi les siens, et les siens
ne l’ont pas reçu » (Jean 1,11) ; et de ce que Jésus lui-même dira :
« Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ;
mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. » (Luc 9,58).
Saint Silouane l’athonite, qui vécut humblement comme simple moine
au monastère Saint-Panteleimon au mont Athos de 1892 à sa mort en 1938, affirme qu’en voyant le Visage miséricordieux du Christ son cœur s’est soudain transformé et fut revêtu de la Miséricorde de Dieu :
Le Seigneur est miséricordieux ; mon âme le sait, mais il n’est pas possible de décrire cela avec des mots...
Il est infiniment doux et humble et si l’âme le voit, elle se transforme
en lui, devient tout amour pour le prochain, elle devient elle-même douce et humble.
Ô humilité du Christ ! Tu donnes une joie indescriptible à l’âme ! J’ai soif de toi parce qu’en toi l’âme oublie la terre et tend toujours plus ardemment vers Dieu.
Si le monde comprenait la puissance des paroles du Christ :
« Apprenez de moi la douceur et l’humilité », il mettrait de côté tout autre science pour acquérir cette connaissance céleste.
À m'asseoir sur un banc, cinq minutes, avec toi Et regarder les gens, tant qu'y en a
Te parler du bon temps, qui est mort ou qui reviendra En serrant dans ma main tes petits doigts
Pis donner à bouffer à des pigeons idiots Leur filer des coups de pied pour de faux Et entendre ton rire qui lézarde les murs Qui sait surtout guérir mes blessures
Te raconter un peu comment j'étais, minot
Les bombecs fabuleux qu'on piquait chez l'marchand Car-en-sac et Minto, caramels à un franc
Et les Mistral Gagnants
À remarcher sous la pluie, cinq minutes, avec toi Et regarder la vie, tant qu'y en a
Te raconter la Terre en te bouffant des yeux Te parler de ta mère, un petit peu
Et sauter dans les flaques pour la faire râler Bousiller nos godasses et s'marrer
Et entendre ton rire comme on entend la mer S'arrêter, repartir en arrière
Te raconter surtout les Carambars d'antan et les Coco Boers Et les vrais Roudoudous qui nous coupaient les lèvres
Et nous niquaient les dents Et les Mistral Gagnants
À m'asseoir sur un banc, cinq minutes, avec toi Regarder le soleil qui s'en va
Te parler du bon temps, qui est mort et je m'en fous
Te dire que les méchants, c'est pas nous
Que si moi je suis barge, ce n'est que de tes yeux Car ils ont l'avantage d'être deux
Et entendre ton rire s'envoler aussi haut Que s'envolent les cris des oiseaux
Te raconter, enfin, qu'il faut aimer la vie
L'aimer même si le temps est assassin et emporte avec lui Les rires des enfants
Et les Mistral Gagnants Et les Mistral Gagnants
Auteur-compositeur : Renaud Pierre Manuel Sechan