Le journal Le Soir des 17 et 18 mai 2025 précise qu’ « en Europe, on utilise le sigle LGBTI+ qui inclut les Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres, Intersexes et le + pour les identités non spécifiquement mentionnées (queer, asexuelles, pansexuelles, etc.)
L’attitude à l’égard de l’homosexualité
En 2023, une enquête réalisée via la plateforme JOP de plusieurs universités flamandes (Gand, la VUB (Bruxelles) et la KULeuven) a interrogé les jeunes de l’enseignement secondaire, en Flandre, sur leur attitude à l’égard de l’homosexualité. Lorsqu’on demande à ces jeunes s’ils trouvent acceptable une agression envers les personnes homosexuelles, près d’un jeune sur cinq répond être « (tout à fait) d’accord » avec cette idée.
L’homosexualité n’est pas un choix
Contrairement à ce que croit encore le commun des mortels, l’homosexualité n’est pas un choix de vie mais une identité sexuelle qui s’impose petit à petit à l’être humain, un « choix psychique inconscient », pour reprendre l’expression de Sigmund Freud.
Cité par le Conseil Permanent Luthéro-Réformé de France en octobre 2002, Sigmund Freud écrit en 1935, dans une lettre destinée à une femme américaine qui se plaignait d'avoir un fils homosexuel :
« L'homosexualité n'est évidemment pas un avantage, mais il n'y a là rien dont on doive avoir honte, ce n'est ni un vice, ni un avilissement, ni encore moins une maladie ; nous la considérons comme une variation de la fonction sexuelle, provoquée par un arrêt du développement sexuel et du choix d'objet. Nombre d'individus hautement respectables, des temps anciens et modernes ont été homosexuels et parmi eux on trouve de grands hommes (Platon, Michel-Ange, Léonard de Vinci...) C'est une grande injustice que de persécuter l'homosexualité comme un crime. De plus, sachez qu'il est vain de vouloir transformer un homosexuel en hétérosexuel »
L’homosexualité dans l’Ancien Testament
La condamnation religieuse de l'homosexualité paraît surtout faire référence à la destruction de Sodome dans l'Ancien Testament.
Ce qui est condamné dans ce récit de la Genèse, c'est la violence sauvage des hommes de cette ville qui ont voulu abuser des deux Anges accueillis par Lot dans sa maison.
« Les gens de Sodome, du plus jeune au plus vieux, le peuple entier sans exception » (Genèse 19, 4) cernèrent la maison de Loth qui les avait accueillis.
« Ils appelèrent Loth et lui dirent : Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous pour que nous les connaissions »
(Genèse 19, 5).
La demande des habitants sera interprétée comme une demande de rapports homosexuels. Cette lecture semble apparaître aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., dans des textes qui ont peut-être été motivés par la rencontre de la culture juive avec la civilisation grecque qui vouait un culte aux éphèbes, à la nudité et à la pédérastie.
On peut difficilement imaginer que l’homosexualité était la caractéristique du « du plus jeune au plus vieux, le peuple entier sans exception » de cette ville, au point qu’il ne s’est pas trouvé « dix justes » qui auraient permis à Abraham d’obtenir de Dieu que la ville soit sauvée...
De plus, la réaction de Loth de leur offrir ses deux filles vierges en échange, par respect des lois de l’hospitalité, va également à l’encontre d’une demande de relations purement homosexuelles.
Le péché des habitants de Sodome, qui leur vaudra, dans cette histoire, le cataclysme de la destruction de leur ville, est celui de leur violence, de l’attentat à la pudeur de deux étrangers et de l’irrespect des lois sacrées de l’hospitalité.
L’homosexualité dans le Nouveau Testament
Jésus Christ n’a jamais parlé de l’homosexualité. Il parlera une seule fois de la ville de Sodome dans l’Evangile de Matthieu chap.11, 20-24 :
« Il se mit à invectiver contre les villes où avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas converties (…) Et toi, Capharnaüm, seras-tu élevée jusqu’au ciel ? (…) au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité avec moins de rigueur que toi »
Saint Paul dans sa lettre aux Romains, chap. 1, 25-27 :
« Les hommes ont vénéré la création et lui ont rendu un culte plutôt qu’à son Créateur, lui qui est béni éternellement. Amen. C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions déshonorantes. Chez eux, les femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature. De même, les hommes ont abandonné les rapports naturels avec les femmes pour brûler de désir les uns pour les autres ; les hommes font avec les hommes des choses infâmes, et ils reçoivent en retour dans leur propre personne le salaire dû à leur égarement. »
Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, chap. 6, 9 :
« Ne savez-vous pas que ceux qui commettent l’injustice ne recevront pas le royaume de Dieu en héritage ? Ne vous y trompez pas : ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les pédérastes » (TOB)
De nombreux exégètes, dont notamment Daniel Marguerat, dans sa magistrale étude sur « Saint Paul de Tarse », parue le 7 avril 2023 (p. 2444), replacent ces affirmations dans le contexte de l’époque. Ainsi, conformément à la culture de son temps, Saint Paul écrit : « Femmes soyez soumises à vos maris » et « Vous, les esclaves, obéissez à vos maîtres d’ici-bas comme au Christ, avec crainte et profond respect, dans la simplicité de votre cœur. » (Lettre aux Ephésiens 5, 22 et 6, 05) et aussi « Est-il convenable qu’une femme prie Dieu sans être voilée ? La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas qu’il est déshonorant pour l’homme de porter des cheveux longs ? » (Lettre 1 Co 11, 13-14)
Les perceptions de la société et de la sexualité ont fortement évolué :
« L’Antiquité (ajoute Marguerat) n’a pas conscience que l’homosexualité puisse relever de l’identité de la personne plutôt que d’un choix éthique »
Avec le temps, les Juifs dans la Thora sont passés de la polygamie à la monogamie. Et, pour l’Eglise aujourd’hui, le mariage n’a plus comme fin première la procréation, mais l’accomplissement des deux partenaires.
L’homosexualité dans la Doctrine de l’Église catholique romaine
D'après le Catéchisme de l'Église catholique (§ 2357), « les actes d'homosexualité sont intrinsèquement désordonnés » et « contraires à la loi naturelle », « ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable » et « (ils) ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas »
Si l’homosexualité doit être respectée, les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont encore considérées comme des « péchés ».
Dans La Croix du 18 novembre 2021, Joël Pralong, prêtre et ancien supérieur du séminaire de Sion (Suisse), auteur de trois livres sur la question homosexuelle dans l’Église, écrit ceci : « Le discours de l’Église aux homosexuels semble leur adresser le message suivant : « Aimez, mais n’aimez pas. Soyez, mais ne soyez pas vous-mêmes. Aimez comme nous voulons que vous aimiez, soyez comme nous voulons que vous soyez. »
« Dieu crée à partir de rien, ex nihilo. Les homosexuels sont dans le « rien » pour l’Église. Or c’est à partir de ce « rien » qui est rejeté, méprisé, enfermé, que Dieu fait une création nouvelle »
Or, ajoute Joël Pralong, « Paul écrit : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus » (Galates 3, 28)
Les « thérapies de conversion »
L’expression « thérapie de conversion », née aux États-Unis dans les années 1950, renvoie à des pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne en assimilant notamment l’homosexualité à une « maladie ».
En France, la Loi du 31 janvier 2022 interdit ces pratiques barbares. Un million d’Européens ont appelé à leur interdiction sur le continent.
« Mais il s’agit bien d’une réalité présente dans tous les milieux religieux », notamment dans certains milieux évangéliques et charismatiques, affirme Marina Zuccon, la présidente du Carrefour des chrétiens inclusifs. Selon elle, « Ce terreau restera encore particulièrement fructueux pour ces groupes [tant que] le monde chrétien ne voudra pas revoir sa condamnation de l’homosexualité comme péché ».
L’évolution de l’Église catholique romaine avec le Pape François
Dans l’avion du retour des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Rio de Janeiro au Brésil, le 29 juillet 2013, quatre mois après son élection, le pape François a prononcé cette phrase : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur, fait preuve de bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? » François a poursuivi, assurant : « Le problème n’est pas d’avoir cette tendance, non, nous devons être frères. »
Le Journal La Croix rapporte le 21 octobre 2020 que « Le pape François a défendu mercredi très explicitement le droit des couples gays, «enfants de Dieu», de vivre au sein d'une «union civile», dans un changement radical par rapport à ses prédécesseurs. « Les personnes homosexuelles ont le droit d'être en famille. Ce sont des enfants de Dieu, elles ont le droit à une famille », a déclaré le souverain pontife argentin, dans un documentaire présenté à la Fête du cinéma de Rome.
« Ce qu'il faut, c'est une loi d'union civile, elles ont le droit à être couvertes légalement. J'ai défendu cela », a-t-il souligné dans ce documentaire intitulé « Francesco » et réalisé par Evgeny Afineevsky.
Selon son biographe Austen Ivereigh, Jorge Bergoglio, le futur pape, avait défendu le bien-fondé de cette protection légale lorsqu'il était encore archevêque de Buenos Aires, dans le contexte d'un débat animé en 2010 dans son pays sur la légalisation des mariages gays.
La déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la foi
Fiducia supplicans (« Confiance suppliante ») est une déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la foi du 18 décembre 2023 relative à la bénédiction non sacramentelle par un prêtre de couples considérés comme étant « en situation irrégulière », dont les couples homosexuels et les divorcés remariés.
Dès sa publication, la déclaration a suscité de très nombreuses réactions, certaines enthousiastes, d'autres très critiques, voire hostiles, provoquant une crise profonde dans l'Eglise catholique. Elle a notamment été rejetée par la plupart des évêques africains.
Elle a nécessité plusieurs clarifications, tant de la part du préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi, que du pape François lui-même, qui a précisé que la déclaration n'autorisait pas la bénédiction des unions, mais des personnes.
Sur les couples homosexuels… Ce qu’a dit le cardinal Prevost, futur Pape Léon XIV
Dans le Journal La Croix du 9 mai 2025 Héloïse de Neuville écrit : Sur ce dossier, il a démontré une certaine prudence.
Après la « déclaration Fiducia supplicans » qui ouvrait, en 2023, la possibilité de bénir des couples de même sexe dans un contexte non liturgique, il a déclaré qu’il fallait laisser une grande latitude aux conférences épiscopales nationales pour s’emparer ou non de cette possibilité selon leur contexte.
« Les différences culturelles peuvent être l’une des raisons pour lesquelles chaque conférence épiscopale doit disposer d’une certaine autorité pour déterminer comment comprendre cela dans la réalité concrète dans laquelle nous vivons chacun », a déclaré le futur Léon XIV, lors d’un point presse en marge du Synode, en octobre 2024.
Là aussi, plaidant pour une forme de décentralisation synodale du pouvoir romain, adapté aux réalités locales.
Une position médiane qui traduit probablement sa conscience des réalités pastorales contrastées à travers le monde. Cette position traduit sa vision d’une Église universelle mais non uniforme, capable d’équilibre entre principes doctrinaux communs et applications pastorales adaptées. Une ligne qui pourrait définir son approche globale face aux tensions géographiques et idéologiques traversant l’Église catholique.
L’homosexualité dans les autres confessions chrétiennes
Au sein des églises anglicanes, l'acceptation de l'homosexualité fait débat. Dans certaines églises de la Communion anglicane, des évêques ouvertement homosexuels ont été nommés ou élus, ce qui a provoqué des conflits et des menaces de rupture, voire d'éclatement de la communion.
En Afrique du Sud, l'archevêque primat Desmond Tutu, déclare en 1998
« Puisque nous considérons que l'amour concerne tout l'être et pas seulement la dimension sexuelle, et qu'il ouvre au don de soi et à la compassion, quelles raisons aurions-nous de croire que cette qualité doit être réservée aux couples hétérosexuels ? »
Aux Etats-Unis, le 7 juin 2003, un prêtre vivant ouvertement en couple homosexuel, Gene Robinson, est élu pour occuper le siège d'évêque du New Hampshire. Après des débats houleux, l'élection est confirmée en août au niveau de la convention générale de l'Église épiscopale
Le monde protestant, nous dit le site « Regards protestants », aborde la question de la sexualité avec une grande tolérance.
Le courant libéral accepte le ministère ecclésial de personnes homosexuelles et célèbre les mariages entre personnes de même sexe.
Le 21 août 2009, l’Église évangélique luthérienne en Amérique), formée de quelque 10 000 congrégations totalisant 4,6 millions de fidèles, vota à 559 voix contre 451, au terme d’un débat passionné, un texte autorisant que des pasteurs « vivant une relation homosexuelle durable et monogame » exercent un ministère ecclésial au sein de l’Église.
En 2015, la principale église protestante en France (l’Eglise protestante unie de France) a décidé d’autoriser la bénédiction de couples homosexuels et pas seulement des personnes.
En conclusion
Retenons la proclamation de Saint Paul dans sa lettre aux Galates (3, 28) :
« Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ »