La Pentecôte
Nous sommes à la veille de la Pentecôte.
Le récit de la Pentecôte se trouve dans les Actes des Apôtres qui insiste sur l'universalité de l'évènement. Celui-ci concerne environ cent-vingt disciples de Jésus — au nombre desquels les Douze — et dont sont témoins des gens venus de « toutes les nations »
La tradition chrétienne présente la Pentecôte comme la réception des langues de feu, qui se déposèrent sur chacun d’eux, et du don des langues, qui permet de porter la promesse du salut universel aux confins de la Terre.
Le Père Guillaume de Menthière, professeur au Collège des Bernardins à Paris. explique dans CROIRE la place de la Pentecôte dans l’histoire des premiers chrétiens.
Après l’Ascension du Seigneur, Jésus semble avoir quitté définitivement ses disciples.
Mais Jésus leur avait dit :
« Il est bon pour vous que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas vous ne recevrez pas l’Esprit saint » (Jean 16, 7)
Si Jésus monte au ciel c’est pour aller quérir l’Esprit.
« Exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l'Esprit saint, objet de la promesse, et l'a répandu » (Actes 2, 33).
Les disciples et Marie attendent dans la prière durant neuf jours ce don promis. C’est l’origine de nos neuvaines.
Puis vient la Pentecôte
La fête juive de la Pentecôte, ou fête des Semaines (Shavouoth) était célébrée cinquante jours après la Pâque, c'est-à-dire un sabbat de semaines après la Pâque (7 x 7 = 49), pour commémorer le don que Dieu fait à son peuple de la Loi dans l'Alliance du Sinaï.
De vieux commentaires rabbiniques de l’Exode précisent que lorsque Dieu donna les dix commandements à Moïse « la voix de Dieu se divisa en septante langues pour que toutes les nations puissent comprendre ».
Voici le récit de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres :
« Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux. Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. » (Actes 2, 1-4)
Si Jésus a donné à son Église l'Esprit saint précisément le jour où Israël célébrait le don de la Loi au Sinaï, c'est bien pour manifester que désormais l'Esprit est notre Loi.
Comme Moïse monte sur la montagne pour chercher la Loi de Dieu, Jésus est monté aux cieux pour nous procurer la Loi nouvelle de l'Esprit saint.
Les langues de feu de la Pentecôte rappellent que, selon les Targoums juifs (les traductions rabbiniques du texte hébreu de la Bible en araméen), chaque commandement fut inscrit sur les Tables de la Loi par un éclair de feu qui le gravait dans la pierre.
L’Esprit Saint dans l’Ancien Testament
L’Ancien Testament parle à de nombreuses reprises de l'Esprit de Dieu :
« Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l'Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur » (Ésaïe 11, 1-2)
« Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme se complaît. J'ai mis sur lui mon esprit, il présentera aux nations le droit » (Ésaïe 42, 1-4).
L’Esprit Saint dans les Évangiles
L'Esprit saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Et du ciel une voix se fit entendre :
« C'est toi mon Fils : moi, aujourd'hui, je t'ai engendré » (Luc 3, 20-22).
Puis Jésus, rempli de l'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l'Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon (Luc 4, 1-2).
Jésus annonce à ses disciples que son Père et lui leur enverront un autre Paraclet, un Esprit de Vérité qui les introduira dans la vérité toute entière :
« Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements ; et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais, l'Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le reconnaît » (Jean 14, 14-21). « Quand il viendra, lui, l'Esprit de Vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière » (Jean 16, 7-15).
Le « Paraclet », en grec « Paraklêtos » (du verbe « Parakalein », « appeler auprès de soi », « inviter » ou « consoler ») signifie le « défenseur », l'« avocat », ou, plus largement, l’« intercesseur », le « médiateur ».
Les premiers commentateurs latins des évangiles l'ont couramment rendu par « advocatus » (Tertullien, Cyprien, etc.).
Après 45 ans de vie professionnelle comme « avocat », je puis témoigner que le défenseur, l’intercesseur, est, en même temps, le consolateur, celui qui soutient moralement l’innocent qui veut faire reconnaître la vérité, comme le coupable qui demande à ne pas être trop lourdement condamné, ou comme la victime qui veut que Justice soit faite.
Les Chrétiens perdent souvent de vue que Jésus s’est présenté comme le 1er Paraclet, le 1er défenseur, qui annonce que « le Père vous donnera un autre Paraclet … l’Esprit de vérité ».
L’Esprit Saint dans les Actes des Apôtres
Dans les Actes des Apôtres, son rédacteur, Luc, relate que Jésus étaient avec ses apôtres, réunis au cours d’un repas et qu’il leur dit :
« Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre (Actes des Apôtres 1, 4-8) »
À la Pentecôte, Pierre, « qui était là avec les Onze » à Jérusalem, prononça un discours à la foule des « Juifs pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel » :
« Ce Jésus que vous avez livré et supprimé, en le faisant crucifier par la main des impies, (...) Dieu l'a ressuscité, nous en sommes tous témoins. Exalté par la droite de Dieu, il a donc reçu du Père l'Esprit Saint promis et l'a répandu, comme vous le voyez et l'entendez. (...) Repentez-vous, que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon des péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit (Actes des Apôtres 2, 23.33.38) ».
L’Esprit Saint dans les lettres de l’apôtre
Paul Saint Paul appelle les chrétiens à prier « en tout temps, dans l'Esprit » :
(Lettre de Paul aux Ephésiens 5, -20) : « Cherchez dans l'Esprit votre plénitude. Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur. En tout temps et à tout propos, rendez grâces à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus Christ ».
(Lettre de Paul aux Ephésiens 6, 16-18) : « Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l'Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints »
(1ère Lettre de Paul aux Thessaloniciens 5, 16-22) : « Restez toujours joyeux. Priez sans cesse. En toute condition soyez dans l'action de grâces. C'est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus. N'éteignez pas l'Esprit, ne dépréciez pas les dons de prophétie ; mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal »
Il termine certaines de ses lettres par une formule trinitaire d’origine liturgique : « La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous ! » (2ème Lettre de Paul aux Corinthiens 13, 13)
L’Esprit Saint aujourd’hui
Dans un discours au Conseil mondial des Églises, à Uppsala en 1968, le Métropolite Ignatios de Lattaquié, Primat de l'Église orthodoxe en Syrie, au Liban et au Koweit, et ensuite Patriarche d’Antioche sous le nom d’Ignace IV du 2 juillet 1979 à sa mort le 5 décembre 2012, parle ainsi de l’Esprit Saint :
« Sans l’Esprit Saint, Dieu est loin,
le Christ reste dans le passé,
l’Évangile est une lettre morte,
l'Église, une simple organisation,
l’autorité, une domination,
la mission, une propagande,
le culte, une évocation
et l’agir chrétien, une morale d’esclaves.
Mais, en Lui :
le cosmos est soulevé et gémit dans l’enfantement du Royaume,
le Christ ressuscité est là,
l'Évangile est puissance de vie,
l’Église signifie la communion trinitaire,
l’autorité est un service libérateur,
la mission est une Pentecôte,
la liturgie est mémorial et anticipation,
l’agir humain est déifié”
Qui est le Saint Esprit ?
Comme le dit si bien, dans son « Credo », le grand théologien allemand, Hans Küng, qui vient de mourir, le 6 avril 2021 à 93 ans :
« Il ne saurait être question de comprendre le Saint-Esprit comme un tiers, un intermédiaire entre Dieu et l’homme. Non, l’Esprit désigne la proximité personnelle de Dieu-même à l’égard de l’homme, il n’est pas plus séparable de Dieu que ne l’est le rayon du Soleil (…) Dieu nous est proche à nous les hommes, il nous est présent par l’Esprit, dans l’Esprit, comme Esprit » (Hans Küng, CREDO La confession de foi des Apôtres expliquée aux hommes d’aujourd’hui, Editions du Seuil, Paris, 1996, p. 165).
La question du « Filioque » et le grand schisme d’Orient de 1054 entre les Eglises latines et orientales
Le « Credo », que l’Église catholique récite aujourd’hui, affirme :
« Je crois en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes. »
Le Symbole de Nicée-Constantinople élaboré au premier concile de Constantinople (381) proclamait en langue grecque :
« Nous croyons en l'Esprit-Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie, qui procède du Père (τὸ ἐκ τοῦ Πατρὸς ἐκπορευόμενον), qui a parlé par les Prophètes, qui avec le Père et le Fils est adoré et glorifié »
En réalité, les conciles œcuméniques de Nicée en 325 et Constantinople en 381 avaient uniquement affirmé :
« Je crois en l'Esprit Saint, qui est Seigneur, qui donne la vie, qui procède du Père. »
C’est l’Empereur Charlemagne qui a voulu y ajouter que le Saint-Esprit procède du Père « et du Fils », en latin « ex Patre Filioque procedit », et cela contre l'avis du pape Léon III.
Cette querelle, dite du « filioque », constitue, avec celle de la primauté du Pape, l'une des principales causes du schisme de 1054 entre Rome et Constantinople et dès lors entre l'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe orientale.
L’Églises catholique romaine et les Églises orthodoxes, séparées définitivement de Rome depuis le schisme de 1054, tentent aujourd’hui de surmonter leurs divisions, en trouvant notamment un compromis sur le « filioque ».
Le Pape François
Lors de l’audience générale du mercredi 17 mars 2021 le Pape François a insisté sur le fait que la première tâche du chrétien est de maintenir ce feu de l’Esprit sur la terre, ce feu de l'amour sans lequel
« les prophéties s’éteignent, la tristesse l’emporte sur la joie, l’habitude remplace l’amour, le service se transforme en esclavage ».
Et le Pape de prendre l’exemple de la petite lampe qui brille devant le tabernacle, jour et nuit, en silence:
« personne ne la voit, pourtant elle brûle devant le Seigneur ».
Souvent, l'envie de prier est absente, ou bien nous prions avec la bouche tandis que le coeur est absent, remarque encore le Pape.
« C'est le moment de dire à l'Esprit: "Viens Esprit Saint, réchauffe mon coeur, viens et apprends-moi à prier, apprends-moi à regarder le Père, à regarder le Fils. Apprends-moi comment est le chemin de la foi. Apprends-moi comment aimer et surtout apprends-moi à avoir une attitude d'espérance" », a développé François pour qui il s'agit d'appeler l'Esprit continuellement afin de le rendre présent dans nos vies.
Ainsi donc, c’est l’Esprit Saint qui « écrit l’histoire de l’Église et du monde », a fait observer le Pape.
« Nous sommes des pages ouvertes, disponibles à recevoir sa calligraphie. Et en chacun de nous l’Esprit compose des œuvres originales, car il n’y a jamais un chrétien complètement identique à un autre. Dans le domaine infini de la sainteté, l’unique Dieu, Trinité d’Amour, fait fleurir la variété des témoins: tous égaux en dignité, mais également uniques par la beauté que l’Esprit a voulu libérer en chacun de ceux que la miséricorde de Dieu a rendu ses enfants ».
Et de conclure cette catéchèse en incitant les fidèles une fois encore à s'adresser directement à l'Esprit, à l'appeler à travers cette « belle prière » : « Viens Esprit Saint ».
VENI SANCTE SPIRITUS
Viens, Esprit-Saint,
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres,
viens, dispensateur des dons,
viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes
adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos,
dans la fièvre, la fraîcheur,
dans les pleurs, le réconfort.
O lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu’à l'intime
le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine,
il n'est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.
A tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient
donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu,
donne le salut final
donne la joie éternelle.
Cet hymne grégorien, réservé à la Fête de la Pentecôte, a été attribué à tort au Pape Innocent III mais serait l’œuvre de son ami Stephen Langton (v. 1150 - 1228), cardinal-archevêque de Canterbury
Quels sont les fruits de l’Esprit Saint ?
Dans les Evangiles de Matthieu, de Luc et de Jean, Jésus dit à ses disciples :
« Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (Matthieu 7, 7).
Jésus nous invite ainsi à demander l’Esprit Saint dans nos prières. Qu’est-ce à dire ?
Dans sa lettre aux Galates Paul les invite à être conduits par l’Esprit :
« Ecoutez-moi : marchez sous l’impulsion de l’Esprit et vous n’accomplirez plus ce que la chair désire ; Car la chair, en ses désirs, s’oppose à l’Esprit, et l’Esprit à la chair ; entre eux c’est l’antagonisme ; aussi ne faites-vous pas ce que vous voulez. Mais si vous êtes conduits par l’Esprit , vous n’êtes plus soumis à la loi. » (Paul aux Galates 5, 22-23).
L'amour ou la charité (en grec, agapè) est, selon Paul dans sa lettre aux Galates, le fruit fondamental de l'Esprit.
C'est pourquoi Paul parle de fruit au singulier, avant d'énumérer la manière dont cet amour se décline :
« Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi» (Paul aux Galates 5, 22-23).
La Loi nouvelle de l’Esprit a remplacé l’ancienne
Le Nouveau Testament, la Nouvelle Alliance n’est plus le Décalogue, la Loi gravée sur des tables de pierres, données à Moïse, extérieure à l’homme, mais l’Esprit Saint qui habite en nos cœurs et régit notre existence de Chrétien.
Les Chrétiens ne sont plus soumis à une loi contraignante mais remplis d’une grâce intérieure de l’Amour de l’Esprit Saint.
Dans sa lettre aux Romains, Paul dit bien :
« Il n’y a maintenant plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ. Car la loi de l'Esprit qui donne la vie en Jésus Christ m’a libéré du péché et de la mort (…) Ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu » (Paul aux Romains 8, 1-2 et 14).
La vie nouvelle que Paul, dans sa lettre aux Galates, définit comme étant vivre par l’Esprit et marcher sous l’impulsion de l’Esprit (Galates 5, 25) n’est pas une autre vie ; c’est la même vie qui nous est donnée par Dieu, mais renouvelée, transformée et transfigurée par l’Esprit Saint.
Tout chrétien – qu’il soit moine dans une Abbaye ou engagé dans les activités du monde – est appelé à ne pas diviser sa vie en « spirituel » et « matériel », mais à lui rendre son intégralité, à la sanctifier tout entière par la présence de l’Esprit Saint.
Dans nos prières, nous pouvons demander, dans la foi et l’espérance, d’être remplis de l’Esprit Saint, de recevoir tous ses fruits en abondance, et nous serons certains d’être exaucés, en nous souvenant toujours de l’affirmation de Jésus :
« Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (Matthieu 7, 7).
L’Esprit Saint : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi » (Paul aux Galates 5, 22-23).