Le repentir fut prêché…
… par les Prophètes :
(Jérémie 8, 4-6) « Dis-leur : Ainsi parle l'Éternel : Est-ce que l'on tombe sans se relever ? Ou se détourne-t-on sans revenir ? Pourquoi donc ce peuple de Jérusalem s'abandonne-t-il à de perpétuels égarements ? Ils persistent dans la tromperie, ils refusent de se convertir. Je suis attentif, et j'écoute : Ils ne parlent pas comme ils devraient ; aucun ne se repent de sa méchanceté, et ne dit : Qu'ai-je fait ? ».
…par Jean-Baptiste : (Matthieu 3, 1-2)
« En ce temps-là parut Jean Baptiste, prêchant dans le désert de Judée. Il disait : Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche »
…par Jésus : (Matthieu 4,17, cf Luc 5, 32 ; 10, 13 ; 11, 32 ; 15, 7-10 ; 24, 47 ; Marc 1, 14-15).
« Dès ce moment Jésus commença à prêcher, et à dire : Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Marc 1, 15 ; voir aussi Actes 19, 4; Matthieu 21, 32) « Il disait : Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle ».
…par l’apôtre Pierre, s’adressant à la foule après la Pentecôte : (Actes 2,38)
« Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit » (Actes 3:19) « Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés ».
…par l’apôtre Paul, debout au milieu de l'Aréopage aux Hommes Athéniens : (Actes 17, 29-30 ; cf Actes 20, 21 ; 26, 20)
« Ainsi donc, étant la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité soit semblable à de l'or, à de l'argent, ou à de la pierre, sculptés par l'art et l'industrie de l'homme. Dieu, sans tenir compte des temps d’ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils aient à se repentir, parce qu'il a fixé un jour où il jugera le monde selon la justice »
…par les disciples de Jésus : (Marc 6, 10-12).
« … Puis il leur dit: Dans quelque maison que vous entriez, restez-y jusqu'à ce que vous partiez de ce lieu. Et, s'il y a quelque part des gens qui ne vous reçoivent ni ne vous écoutent, retirez-vous de là, et secouez la poussière de vos pieds, afin que cela leur serve de témoignage. Ils partirent, et ils prêchèrent la repentance. »
… de même, le Christ aux églises de l’Apocalypse : (Apocalypse 2, 5)
« Souviens-toi donc d'où tu es tombé, repens-toi, et pratique tes premières œuvres ; sinon, je viendrai à toi, et j'ôterai ton chandelier de sa place, à moins que tu ne te repentes » (Apocalypse 2, 21) « Je lui ai donné du temps, afin qu'elle se repentît, et elle ne veut pas se repentir de son impudicité »
Reconnaître ses fautes, ses infidélités, ses péchés … Se repentir …
Le psaume 50 (51 dans la numérotation hébraïque), également appelé le Miserere (prends pitié), selon le premier mot de sa version latine,
Ce psaume aurait été écrit par le roi David, qui demanda pardon à Dieu après qu’il eut séduit Bethsabée, la femme d’un de ses officiers, Urie le Hittite, en profitant d'une de ses absences.
Bethsabée par la suite tomba enceinte, et David fit revenir Urie afin qu'il eût des rapports sexuels avec sa femme, pour que l’enfant à venir soit le sien.
Mais Urie préféra dormir devant la porte de sa chambre par respect pour ses soldats au front.
David le renvoya alors sur le champ de bataille, avec un message destiné à Joab : « Il écrivit dans cette lettre: Placez Urie au plus fort du combat, et retirez-vous de lui, afin qu'il soit frappé et qu'il meure ». ce qui arriva.
Le Prophète Nathan vint ensuite reprocher au roi David sa faute, que celui-ci reconnut en implorant le pardon de Dieu.
« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde,
efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait. Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice, être juge et montrer ta victoire. Moi, je suis né dans la faute, j'étais pécheur dès le sein de ma mère.
Mais tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, tu m'apprends la sagesse.
Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.
Fais que j'entende les chants et la fête : ils danseront, les os que tu broyais.
Détourne ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés.
Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.
Rends-moi la joie d'être sauvé ; que l'esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j'enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés.
Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera ta justice.
Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.
Si j'offre un sacrifice, tu n'en veux pas, tu n'acceptes pas d'holocauste.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé. »
Dieu ne demande pas à David de sacrifice ou d’holocauste, mais un repentir sincère :
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé.
Qu’est-ce que le repentir ?
Le Dictionnaire ROBERT le définit comme « un vif regret d'une faute, accompagné d'un désir de réparation ».
Patrick Charaudeau, Professeur Émérite en "Sciences du langage" Paris 13, le décrit ainsi :
Le repentir, c’est : une faute, un aveu, un regret. Le tout dans l’espoir d’un pardon. La faute est ce qui rend coupable le sujet qui l’a commise.
L’aveu est l’acte de parole par lequel le sujet déclare qu’il a bien commis la faute.
Le regret est cet autre acte de parole par lequel il exprime qu’il n’aurait pas dû agir de la sorte.
Le pardon, lui, dépend d’un autre et n’est pas automatique. Mais le repentir n’est pas la repentance.
La repentance, du moins dans ses emplois modernes, réfère à l’acte par lequel un homme politique ou le législateur, au nom de l’État ou d’un peuple, reconnaît, par un discours, une commémoration ou un acte symbolique, les exactions (exils, déportations, massacres) qui ont été commises à l’égard d’un autre peuple ou d’une communauté.
Pédocriminalité : à Lourdes, les évêques à genoux se repentent
C’est le titre d’un article du Journal La Croix du 6 novembre 2021 :
Réunis à Lourdes pour une Assemblée plénière largement consacrée à la réception du rapport Sauvé sur les abus sexuels dans l’Église, les 120 évêques français ont participé à un temps mémoriel et pénitentiel samedi 6 novembre, aux côtés de victimes et de laïcs invités pour l’occasion.
Et tandis que deux victimes de prêtres pédophiles lisent le psaume 21, celui-là repris pour la Passion du Christ, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », des dizaines d’évêques se mettent soudain, spontanément, à genoux, implorant : « Seigneur, prends pitié ».
Ce temps pénitentiel, samedi 6 novembre au matin à Lourdes, est sans doute l’un des moments les plus forts de cette Assemblée plénière inédite, au cours de laquelle les évêques de France ont reconnu leur responsabilité institutionnelle et le caractère systémique des abus sexuels commis pendant des décennies dans l’Église.
« O Dieu, pardonne-nous de n’avoir pas compris que le pouvoir que tu nous donnes demande une exemplarité sans faille. Pardonne-nous d’avoir pris ta miséricorde pour une tolérance devant le mal », a lu Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la conférence épiscopale, agenouillé sur les marches de la Basilique du Rosaire, au pied d’une grande croix rouge dressée pour l’occasion.
De l’autre côté du Gave, Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des Evêques de France (CEF), avait su trouver des mots justes, poignants, quelques minutes plus tôt, lors de la première partie de ce rassemblement consacrée à faire mémoire des victimes de pédophilie dans l’Église.
« Petit garçon qui t’en étais allé servir la messe, plein de fierté, petite fille qui allais te confesser le cœur plein d’espérance du pardon, jeune garçon, jeune fille, allant tout enthousiaste à l’aumônerie ou au camp scout. Qui donc a osé souiller votre corps de ses grosses mains ? Qui a susurré à votre oreille des mots que vous ignoriez ? Qui vous a imposé cette odeur qui vous imprègne ? Qui a fait de vous sa chose, tout en prétendant être votre meilleur ami ? Qui vous a entraîné dans son secret honteux ? »
En attendant que soit édifié un mémorial à l’intention des victimes, avait été révélée une photographie prise par une victime de prêtre pédophile et installée près de l’hémicycle.
Au premier plan, le visage d’un enfant en pleurs se détache de la pierre. Derrière, dans la pénombre du pilier au haut duquel a été sculpté ce visage, une gargouille au visage grimaçant, et un peu plus loin, un lion impassible. L’auteur de cette photographie avait perçu, dans les sculptures de l’église Sainte-Croix, à Saint Gilles Croix de Vie, « la souffrance de la violence subie » par l’enfant qu’il était, (et) l’image de son agresseur (ainsi que) celle de « l’Église institutionnelle, restée à distance ».
Soeur Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), a commenté ainsi cette image :
« Que cet intense visage de l’enfance humiliée me poursuive, nous hante même, chacun de nous, qui portons une responsabilité, d’une façon ou d’une autre, jusqu’à ce que nous ayons fait se rencontrer la justice et la vérité ».
C’est là un véritable acte de repentir des évêques de France
- qui reconnaissent leur « leur responsabilité institutionnelle et le caractère systémique des abus sexuels commis pendant des décennies dans l’Église» ;
- qui demandent pardon aux victimes et à Dieu ;
- qui s’engagent à réparer, autant que faire se peut, les conséquences incalculables de ces crimes ;
- qui manifestent leur volonté que de tels crimes sur des enfants ne se reproduisent plus et ne restent en tout cas jamais impunis.
L’Église catholique réagit enfin … contrainte par le Rapport Sauvé en France et les multiples plaintes qui sortent dans le monde entier.
- notre indulgence devant une littérature pédopornographique (Le Marquis de Sade, « Lolita » de Nabokov, et à une époque où l'expression du désir pour les enfants était largement admise en littérature, de Lewis Caroll à André Gide, Henry de Montherlant, Roger Peyrefitte ou Michel Tournier. Les discours intolérables de Tony Duvert, prix Medicis en 1973, qui revendique très clairement le droit pour les enfants à disposer de leur corps comme ils l'entendent. Enfin, Gabriel Matzneff, aujourd’hui vilipendé ;
- notre admiration devant les photos de David Hamilton et Irina Ionesco, condamnée par la Cour d’appel de Paris pour des photographies de nus sa fille Eva, alors prépubère ;
- notre tolérance pour le tourisme sexuel avec des enfants en Thaïlande ou en Asie du Sud-Est ;
- l’addiction de certains pour des images ou des films pédopornographiques recherchés du le net.
Plus graves encore,
- nos indifférences devant la souffrance de victimes d’incestes ou d’abuseurs sexuels ;
- nos tendances à minimiser ce qu’elles ont subi ;
- nos conseils de ne pas en parler, de ne pas déposer plainte, de tourner la page, pour préserver avant tout « l’honneur de la famille » et « la paix des ménages »…
Dans sa « Lettre au Peuple de Dieu du 20 août 2018 », le Pape François écrit :
« La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passé sous silence. (…)
Nous ressentons de la honte lorsque nous constatons que notre style de vie a démenti et dément ce que notre voix proclame. Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. »
La Messe de Vatican II (1969) a conservé le « confiteor »
« Je confesse à Dieu tout-puissant,
Je reconnais devant mes frères
que j’ai péché, en pensée, en parole, par action et par omission.
Oui, j’ai vraiment péché.
C’est pourquoi, je supplie la Vierge Marie,
les anges et tous les saints,
et vous aussi, mes frères,
de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.
Le prêtre ajoute ensuite :
Que Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde, qu'il nous pardonne nos péchés, et nous conduise à la vie éternelle. »
Dans son livre « Notre Mère la Terre », paru le 24 octobre 2019 aux Editions Salvator, c’est encore le Pape François qui nous y appelle :
« Je rêve sincèrement d’une prise de conscience et d’un sincère repentir de la part de nous tous, hommes et femmes du XXIe siècle, croyants ou non croyants, de la part de nos sociétés », face aux « logiques qui divisent, meurent, isolent et condamnent ».
« Il serait beau si nous devenions capables de demander pardon aux pauvres, aux exclus ». C’est alors que « nous deviendrons capables de nous repentir sincèrement aussi du mal causé à la terre, à la mer, à l’air, aux animaux ».
À l’est du Cénacle de Jérusalem, la « Chambre haute » dont parlent les Évangiles, où auraient eu lieu le dernier repas de Jésus avec ses apôtres, se dresse l’église de Saint-Pierre-en-Gallicante à l’emplacement d’une première église de l’époque byzantine (vers 450), sur les pentes qui descendent vers le Cédron.
C’est là que Jésus fut emprisonné et que Pierre le renia trois fois au moment de sa Passion.
« Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au dehors.
Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l’un d’entre eux ! » De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »
Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes. »
Et Pierre fondit en larmes
Le repentir est un acte d’humilité profonde, de reconnaissance de nos fautes, de demande de pardon à Dieu et aux victimes de nos actes, demande de pardon suivie d’actes de réparation et de réconciliation.
Je dois me repentir chaque fois que je décide de ne pas aimer, que je me préfère à l’autre, que je refuse de répondre aux demandes de l’autre.
Je dois me repentir de mes actes dictés par mon orgueil, ma vanité, mon égocentrisme, mes égoïsmes et mes rejets ou mes indifférences à l’égard de mes frères et sœurs en humanité et à l’égard de la création.