Tous les chrétiens, sont appelés à la sainteté selon la parole de Saint Paul, dans sa première lettre aux Thessaloniciens, au chapitre 4, verset 3 :
« La volontiers de Dieu, c’est votre sanctification »
et dans sa lettre aux Éphésiens, au chapitre 1, verset 4 :
« Le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables, sous son regard, dans l’amour ».
L’apôtre écrit également dans sa lettre aux Colossiens, au chapitre 3, verset 12 :
« Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour, c’est le lien parfait ».
La Constitution su l’Église « Lumen gentium », du Concile Vatican II, promulguée en novembre 1964, au n° 41, « Les formes multiples d’exercice de l’unique sainteté », il est dit :
« À travers les formes diverses de vie et les charges différentes, il n’y a qu’une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l’Esprit de Dieu et qui, obéissant à la voix du Père et adorant Dieu le Père en esprit et en vérité, marchent à la suite du Christ pauvre, humble et chargé de sa croix »
Le Pape François, dans ce passage de son exhortation apostolique de 2018 « Gaudete et Exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, nous dit comment il voit la Sainteté :
6. Ne pensons pas uniquement à ceux qui sont déjà béatifiés ou canonisés.
L’Esprit Saint répand la sainteté partout, dans le saint peuple fidèle de Dieu, car « le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel ; il a voulu en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté ».
9. La sainteté est le visage le plus beau de l’Église. Mais même en dehors de l’Église catholique et dans des milieux très différents, l’Esprit suscite « des signes de sa présence, qui aident les disciples mêmes du Christ ».
La Sainteté est-elle pour nous ?
Combien de chrétiens ne se désespèrent-ils pas devant leurs faiblesses et leurs péchés ?
Nous entendons souvent dire :
« La sainteté, ce n’est pas pour moi. C’est pour les parfaits, pour ceux qui ne commettent jamais de péchés. Ceux qui ont le temps de faire leurs prières, de jeuner et de s’offrir des retraites… Ils sont sans soucis et peuvent donc se soucier de Dieu et de leur salut. »
Il y a une spiritualité chrétienne que je réprouve, celle qui fait une distinction entre les âmes religieuses et les pêcheurs, les premières devant prier pour les seconds. Nous sommes tous pêcheurs, qui que nous soyons. Plus nous nous rapprochons de Dieu, plus nous en sommes conscients. Ce n’est en aucun cas pour vivre dans une culpabilité morbide mais bien plutôt pour aimer Dieu dans l’humilité et la joie de se savoir pardonnés. Le vrai saint est, en réalité, un être tourmenté par les multiples tentations qui l’assaillent et auxquelles il succombe plus ou moins souvent. Tentations d’orgueil, de vanité, de suffisance et de mépris, de racisme et de xénophobie, d’égocentrisme, de colère, de dureté et d’autoritarisme, de jalousie, de ressentiment et de vengeance, de cupidité et d’avarice, de fraude, de tromperie, d’égoïsme, de recherche effrénée de plaisirs, etc.
L’Abbé Pierre, dans son livre « Confessions », paru en 2002 chez Albin Michel, page 87, n°254, redit ce qu’il avait déjà écrit dans son livre « C’est quoi la mort ? », paru en 1999, également chez Albin Michel :
J’ai un très vieil ami qui habite une des régions les plus pauvres du Brésil. Il vient d’avoir quatre-vingt-dix ans. Il s’appelle Don Helder Camara. Souvent, il répète :
« Le saint, ce n’est pas celui qui ne fait pas de péché, c’est celui qui pèche un million de fois et qui repart un million de fois avec joie et humilité ».
Saint Bernard de Clairvaux, dans « Les commentaires du Cantique des Cantiques » (en 1142) disait déjà :
« Le juste tombe sept fois, et sept fois il se relève. »
Souvent reconnu et pour sa richesse symbolique ou sacrée, le chiffre 7 se retrouve dans un grand nombre de traditions, de croyances, de légendes et de religions (christianisme, Islam, bouddhisme…). Jésus délivra Marie-Madeleine de ses 7 démons (Marc 16, 9). Le chiffre 7 fait bien sûr penser, entre autres, aux 7 jours de la création du Monde, aux 7 couleurs de l’arc-en-ciel, aux 7 branches du chandelier des Hébreux, aux 7 notes de la gamme diatonique, aux 7 merveilles du monde, aux 7 circumambulations de la Mecque, ou encore aux 7 chakras principaux pour le corps humain, chez les Bouddhistes, dont 3 dans la partie inférieure de notre corps régulant nos caractéristiques physiques instinctives et 4 dans le haut de notre corps pour nos capacités intellectuelles et spirituelles.
C’est la prise de conscience de ses péchés qui rend le Saint humble et lui donne de se repentir en constatant ses faiblesses et en implorant la miséricorde de Dieu.
Plus il pêche, plus il est conscient d’être un pécheur, plus il se repent humblement en offrant son néant à celui qui pardonne tout.
Avec l’âge et l’expérience du péché et de la miséricorde de Dieu, il ne se permet plus de juger, il est devenu bon, doux, patient, il comprend et compatit aux souffrances et aux faiblesses des hommes ses frères.
Ce n’est pas en accumulant les austérités, les privations et les mortifications, parfois sources d’orgueil, qu’on peut se rapprocher de Lui, mais par l’humilité et le repentir.
« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
en ta grande tendresse, efface mon péché ;
lave-moi de toute malice
et de ma faute Seigneur, purifie-moi. (…)
Tu ne prendrais aucun plaisir au sacrifice,
si j’offre un holocauste, tu n’en veux pas ;
le sacrifice à Dieu, c’est un esprit brisé,
un cœur brisé, broyé, Seigneur, tu l’agrées »
(Psaume 50, 3-4 et 20-21, Psautier de Jérusalem, Cerf, 1990).
Un des plus grands spirituels de la chrétienté, très aimé des Orientaux, reconnu comme saint par les Eglises catholique et orthodoxe, Jean Climaque, supérieur du Monastère Sainte-Catherine dans le Sinaï, où il mourut vers 649 après Jésus-Christ, a écrit dans son ouvrage resté célèbre « L’Échelle sainte » (de là son nom) (XXVI, 34) :
« Il n’est pas dit : j’ai jeûné, j’ai veillé, j’ai couché sur la dure, mais : je me suis humilié et aussitôt le Seigneur m’a sauvé ».
La Sainteté est faite d’humilité
La sainteté n’est pas une perfection inaccessible au commun des mortels et réservée à quelques géants de la foi.
Elle est faite d’humilité, de conscience de ses imperfections, de sa faiblesse et du besoin du secours de Dieu. Le saint est devenu à ce point humble qu’il ne peut plus juger personne, que son être est empreint de douceur, de bonté, de compassion pour tous les êtres humains quels qu’ils soient et plus particulièrement pour les faibles.
Les saints d’aujourd’hui
La communion des Saints, ce ne sont pas seulement ceux qui ont été déclarés bienheureux ou qui ont été canonisés officiellement par l’Église.
C’est aussi, à des degrés divers, celle
de Charles de Foucauld, de Dietrich Bonhoeffer, de Martin Luther King,
de sœur Thérèse de Calcutta, de sœur Emmanuelle du Caire,
de Chiara Lubich, fondatrice du mouvement des Focolari,
de Andrea Riccardi, fondateur de Sant’Egidio,
de dom Helder Câmara archevêque de Recife au Brésil,
de l’archevêque Oscar Roméro, assassiné à San Salvador,
des moines cisterciens de Thibirine assassinés en Algérie,
de l’Abbé Pierre, et pour moi d’Albert Schweitzer, d’Albert Camus,
de Léonardo Boff et Gustavo Guttierez, parmi les fondateurs de la théologie de la libération en Amérique du Sud,
du Mahatma Gandhi, de Nelson Mandela, du Docteur Mukwege,
d’Hans Küng, théologien progressiste à Tübingen en Allemagne, et de tant d’autres prophètes, connus ou inconnus, chrétiens ou non, dont certains ont été réduits au silence mais n’ont pas quitté l’Église pour autant.
Les Saints d’aujourd’hui sont aussi et surtout des êtres qui ont passé leur vie à aimer sans compter, ce sont des anonymes qui se sont sacrifiés pour le bonheur des autres ou pour soulager leurs misères.
Ils seraient bien surpris et gênés de s’entendre appeler ainsi eux qui vivent dans l’humilité, la douceur et la bonté, à l’image de Jésus-Christ.
Le Pape François a donné le 19 mars 2018 une très belle « Exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel – Gaudete et exultate ».
La traduction française, publiée aux Éditions jésuites – Fidélité, est introduite par Dom Armand Veilleux, ancien Abbé de l’abbaye trappiste de Scourmont (Chimay en Belgique).
Il souligne le ton d’une simplicité déconcertante de cette exhortation, sans recours à de grandes réflexions théologiques.
François y insiste sur « le grand critère » qu’est l’enseignement du chapitre 25 de l’évangile de Saint Matthieu :
« Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou en prison, sans venir t’assister ? Alors il leur répondra : En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait ».
François écrit ainsi dans des mots très simples :
« 7. J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. C’est cela, souvent, la sainteté ‘‘de la porte d’à côté’’, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, ‘‘la classe moyenne de la sainteté’’[4]. »
Le disciple
Être un Saint, c’est peut-être, tout simplement, être un disciple de Jésus, le suivre dans ses choix, ses priorités, l’amour de son Père, comme des hommes et des femmes, ses Frères et Sœurs, enfants de Dieu.
C’est ce que disait Le Padre José Comblin, théologien de la libération. Il est né le 22 mars 1923 à Bruxelles et décédé le 27 mars 2011 à Simões Filho, dans l'État de Bahia, au Brésil.
Prêtre catholique belge 'Fidei donum' et missionnaire au Brésil, docteur en théologie de l’Université Catholique de Louvain, il est arrivé au Brésil en 1958.
Expert pour la Conférence des évêques de l’Amérique latine (CÉLAM) de 1968 à 1972, il a enseigné la théologie à Quito en Équateur et à Louvain en Belgique.
Durant plusieurs années, il a été conseillé théologique de dom Helder Câmara, archevêque de Recife, et du Cardinal Arns, archevêque de Sao Paulo, ainsi qu’à la Conférence des évêques de Medellin en 1968 et à celle de Puebla en 1979.
« Le disciple est appelé à observer, entendre et accompagner Jésus, à découvrir son mode d'agir, ce qu'il cherche, sa façon de s'exprimer, les gestes qu'il fait, les mots qu'il prononce lors de circonstances déterminées. Les mêmes évangiles montrent que les disciples eurent de grandes difficultés à accepter le genre de vie de Jésus. Le plus difficile fut de comprendre le chemin du non pouvoir, de la pauvreté. C'est la difficulté que les disciples de tous les temps rencontreront car ils seront tant de fois fascinés par le pouvoir, la richesse, le prestige, le statut social. Les disciples de Jésus ne sont pas comme les étudiants chez les docteurs de la loi. Ils n'étudient pas une loi. Ils ne sont pas comme les élèves des philosophes, parce que les disciples de Jésus apprennent son agir et qu'ils n'apprennent pas des idées, des doctrines, des jeux intellectuels.
Les disciples ne sont pas comme ceux qui étudient les sciences modernes, parce que, dans les sciences modernes, le mode de vie du professeur n'importe pas, mais ce qui compte est l'objectivité de l'observation et de l'expérimentation comme la rigueur mathématique pour définir les relations. Les disciples apprennent une façon de vivre, une orientation pour toute la vie.
Être disciple, ce n'est pas étudier la théologie, car la théologie peut même être très dangereuse ; elle peut générer pouvoir, capacité de s’imposer aux autres, sentiment de supériorité, qualification en vue d'une promotion sociale. La théologie est un des principaux facteurs qui alimentent la domination cléricale, domination paternaliste, mais domination tout de même, perçue par tous les laïcs même si les prêtres le nient.
Être disciple c'est changer de vie, recevoir une illumination qui pousse à tout abandonner pour se dédier au règne de Dieu.
Comme Pierre et André, et Jean et Jacques qui laissent leurs filets, leur famille, leur maison pour suivre le Maître. »
Le Père José Comblin me renvoie à une figure aimée de ma famille, un grand-oncle, le Padre Carlos de Béco, curé de 1966 à 1991 à Juçaral, tout petit village isolé au milieu d’étendues infinies de canne à sucre, à 70 km de Recife au Brésil, dans l’archidiocèse de dom Helder Câmara.
J’ai le souvenir d’un homme humble, discret mais passionné et plein d’humour, vivant dans un état de pauvreté ou plutôt de misère inimaginable pour les jeunes européens que nous étions. Il y a lutté sans relâche en faveur de l’allaitement maternel contre la société Nestlé qui vantait les bienfaits de son lait en poudre sans vouloir tenir compte de la pollution des eaux utilisées par les familles dans les favelas.
Qu’est-ce qu’être un Saint pour nous aujourd’hui ?
Être saint, ce n’est pas être parfait !
Seul Dieu est parfait.
Être saint, c’est être voué à Dieu, c’est l’aimer au-delà de tout.
Tout remettre en ses mains, y compris nos erreurs, nos errances, nos péchés, nos lâchetés, nos faiblesses de tous les jours.
Nous pouvons toutes et tous devenir des Saints
Il suffit d’aimer et d’accomplir nos devoirs quotidiens, quels qu’ils soient : devoirs d’époux, de parent, de travailleur, de citoyen, de chrétien, « hic et nunc » c’est-à-dire « ici et maintenant », là où nous sommes. Même si nous ne serons pas de « grands saints » nous pouvons être de vrais saints, discrets, humbles, inconnus et même inaperçus. L’écrivain français Georges Bernanos écrit à propos des Saints :
« Il en est des saints comme des chats : il y a les grands saints et puis, il y a ces saints des gouttières, les bâtards de la grâce.»
L’indication de Jésus-Christ est claire : pour l’imiter, il faut vivre dans l’esprit des béatitudes évangéliques et s’ouvrir totalement à l’amour du Père et de nos sœurs et frères en humanité.
Celui qui tombe une fois, deux fois … sept fois, doit simplement se relever dans la confiance de la miséricorde infinie de Dieu et surtout ne jamais désespérer.
C’est ce que le Seigneur a fait savoir à Saint Silouane de l’Athos, né en 1866, en Russie, et décédé le 24 septembre 1938 au mont Athos :
Une nuit, alors qu'il priait en proie à une profonde détresse, il adresse à Dieu ces mots : « Seigneur, tu vois que je tâche de te prier avec un esprit pur, mais les démons m'en empêchent. » Il reçoit en son cœur cette réponse : « Les orgueilleux ont toujours à souffrir de la part des démons. » Silouane reprend : « Alors, Seigneur, enseigne-moi ce que je dois faire pour que mon âme devienne humble », et de nouveau il reçoit cette réponse dans son cœur « Tiens ton esprit en enfer, et ne désespère pas. »
Un de mes clients que j’ai défendu pour meurtre devant une Cour d’assises m’a un jour demandé « si un meurtrier peut devenir un Saint ? »
Je lui ai répondu sans hésiter que oui en lui donnant
- - l’exemple du « bon larron » crucifié en même temps que Jésus, sans doute pour des crimes horribles mais qui s’est repenti et auquel Jésus a assuré que le soir même il serait avec lui au Paradis
- - l’exemple du Roi David, coupable d’un triple crime : avoir laissé combattre son armée en restant à Jérusalem, avoir forcé Betshabée, la femme de son Général Urie, à commettre un adultère avec lui, et avoir fait assassiner Urie.
Qui que nous soyons, quel que soient notre parcours, nos errances et nos péchés, devenons des Saints à l’invitation de Jésus-Christ.