Le polyptyque l’Agneau mystique des frères Van Eyck exposé à la cathédrale Saint-Bavon à Gand, commencé en 1426 par Hubert Van Eyck et terminé en 1432 par Jan Van Eyck, s’inscrit dans un contexte historique et politique important.
Nous sommes en Flandre, à Gand, au XVe siècle. La grande ville des Pays-Bas est dirigée par une dynastie princière puissante, rattachée aux Valois et à la maison des ducs de Bourgogne.
La commande adressée aux frères Van Eyck eut lieu pour le baptême le 6 mai 1432, du prince Josse de Bourgogne, fils du Duc et de la Duchesse de Bourgogne, Philippe III le Bon et Isabelle de Portugal.
Ouvert, le retable montre le Christ-Roi trônant entre la Vierge Marie et saint Jean Baptiste.
Le regard converge vers la scène centrale de l’adoration de L’Agneau mystique, en un sacrifice librement accepté sur l’autel richement orné.
Elle est encadrée par les « justes intègres » et les « chevaliers du Christ », ainsi que par des ermites et des pèlerins.
Le jardin dans lequel s’inscrit cette scène aux nombreux personnages foisonne de détails, en un rapprochement manifeste avec le jardin d’Éden.
Dans deux panneaux latéraux, Adam et Ève encadrent l’ensemble de la représentation d’où s’élève une musique céleste faite de chants et d’orgue.
Fermé, le retable montre l’Annonciation, ainsi qu’un portrait du commanditaire et de sa femme, en compagnie de saint Jean Baptiste et de saint Jean l’évangéliste.
L’Agnus Dei
L’Agnus Dei, ou « Agneau de Dieu », est l’une des images les plus puissantes et évocatrices de la foi chrétienne.
Chez les chrétiens, elle désigne Jésus-Christ dans son rôle de victime sacrificielle, destinée à l'offrande pascale.
Il est « l'agneau de Dieu » sacrifié lors de la crucifixion et qui enlève les péchés du monde par sa mort et sa résurrection.
Son origine se trouve dans l'Évangile selon Jean. C'est une citation de Jean le Baptiste : « […] il vit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jean 1, 29).
Le chant de l’ « Agnus Dei »
Selon l'article 83 de la Présentation Générale du Missel Romain du Vatican, l'invocation Agnus Dei accompagne la fraction du pain.
Normalement, l’invocation de l’Agnus Dei est lancée et chantée par la schola ou le chantre, et le peuple des fidèles y répond. L'invocation est conclue avec le « dona nobis pacem » des fidèles.
La prière est également en usage dans d'autres confessions, notamment la Communion anglicane et les Églises luthériennes.
Voici le Texte latin :
« Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem. »
Et voici le Texte français de la nouvelle traduction du missel romain (2021)
« Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous. Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous. Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, donne-nous la paix. »
L'agneau pascal
Le site « Catholicus.eu » nous guide dans la compréhension de l’agneau pascal. Il est un symbole religieux très présent dans les traditions juive et chrétienne. Il fait référence à l'agneau immolé lors de la Pâque juive.
Les juifs continuent à commémorer l'exode en célébrant la Pâques, et seuls certains courants du judaïsme continuent à le faire en sacrifiant un agneau.
La fête de Pessa'h (passage) célèbre durant huit jours la libération du peuple d'Israël et la traversée de la mer Rouge.
Le sacrifice de l'agneau tire son origine d'un ordre de Dieu à Moïse, avant la traversée de la mer Rouge, celui d’immoler un agneau par famille (Exode 12) :
01 Dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
02 « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année.
03 Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. (…)
11 Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur.
12 Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur.
13 Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.
14 Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez.
Cet événement a marqué le début de l’Exode et de la fin de l’esclavage pour les Israélites.
Un autre passage significatif est l’histoire du sacrifice d’Isaac, dans laquelle Dieu pourvoit un bélier qu’Abraham peut sacrifier à la place de son fils (Genèse 22,13). Dans ce récit, le bélier ou l’agneau symbolise le sacrifice substitutif que Dieu lui-même offre.
les chrétiens, la fête de Pâques est le passage de la mort à la vie par Jésus, qui s'est sacrifié pour racheter les péchés des hommes.
Jésus est identifié à l'agneau sacrificiel du judaïsme
En l’appelant « Agneau de Dieu », l’Evangéliste Jean identifie Jésus comme l’accomplissement de toutes les prophéties et sacrifices de l’Ancien Testament.
Jésus est l’Agneau pascal ultime, qui s’offre en sacrifice pour racheter l’humanité du péché.
Tout comme l’agneau pascal dans l’Ancien Testament était sacrifié pour le salut des premiers-nés d’Israël, Jésus-Christ, l’Agneau sans défaut, s’est offert en sacrifice pour les péchés du monde entier. Ce sacrifice nous libère non seulement du péché, mais il ouvre aussi les portes de la vie éternelle.
L’Agneau comme symbole d’humilité et de douceur
« L’agneau de Dieu » renvoie au Messie qu’annonce le prophète Isaïe (Is 53, 2-7) :
« Il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. »
Mais, ensuite, il sera reconnu comme le sauveur de toute l’humanité
« Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme.» (Is 52, 13-14)
L’agneau conduit à l’abattoir est un animal qui symbolise l’innocence, la douceur et la soumission.
En se qualifiant d’« Agneau de Dieu », Jésus fournit l’exemple suprême d’humilité et d’obéissance à la volonté du Père.
Il n’est pas venu dans le monde pour exercer la puissance par la violence, mais pour s’offrir en sacrifice par amour.
Cette humilité est une leçon fondamentale pour les chrétiens, qui sont appelés à suivre l’exemple du Christ dans leur propre vie en pratiquant la douceur et le don désintéressé de soi pour les autres.
À la dernière Cène, lors de l’institution de l’Eucharistie,
La tradition du repas pascal c’est la célébration comme souvenir vivant de la sortie des Juifs d’Égypte et de la fin de l’esclavage pour les Israélites.
Chez les Juifs, pendant le repas pascal, on annonçait la sortie d’Égypte ; dorénavant, les communautés chrétiennes annoncent la Passion et la Résurrection du Seigneur ainsi que la Résurrection de tous les hommes.
À la dernière Cène, Jésus a transformé le repas de l’agneau pascal. Désormais, l’agneau, c’est lui.
Pendant la Cène, à l’encontre du repas pascal juif qui comporte le sacrifice de l’agneau, pas de viande dans ce repas de communion.
Cet événement est essentiel et son omission n'est qu'apparente : « La mise à mort et la consommation de l'agneau ne pouvaient qu'être absents de la dernière Cène, parce que le Christ lui-même a voulu être l'agneau pascal ».
L’Eucharistie est un rappel et une commémoration du repas pascal de Jésus et de ses disciples.
Dans le mystère de l’Eucharistie, les chrétiens croient que le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus.
Ceci rappelle son sacrifice et comment il est toujours avec eux.
Jésus se retrouvait seul avec les douze apôtres (Matthieu 26, 20 ; Marc 14, 17 et 20 ; Luc 22, 14). Ni Marie, sa mère, ni les saintes femmes, ne l’accompagnaient.
Nous conservons quatre récits de ce qui s’est passé à ce moment-là : les trois récits des synoptiques (Matthieu 26, 26-29 ; Marc 14, 22-25 ; Luc 22, 14-20) et celui de saint Paul (1 Co 11, 23-26). Ils sont très semblables.
Saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens (1 Co 11, 23-26), rapporte :
« la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. »
Quand Jésus dit « buvez à cette coupe, c’est la coupe de mon sang », le sang de Jésus-Christ rappelle le sacrifice de l’Agneau Pascal
Cela sauve les hommes de la mort éternelle, comme le sang de l’agneau pascal a sauvé les maisons en Égypte.
Dans l’Apocalypse, « L’Agneau vainqueur »
Le Livre de l’Apocalypse est également rempli de références à l’« Agneau » (Apocalypse 5, 6-14), le représentant comme celui qui est digne d’ouvrir le livre scellé et comme le centre de l’adoration céleste.
« Et j’ai vu, entre le Trône, les quatre Vivants et les Anciens, un Agneau debout, comme égorgé ; ses cornes étaient au nombre de sept, ainsi que ses yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés sur toute la terre. Il s’avança et prit le Livre dans la main droite de celui qui siégeait sur le Trône. Quand l’Agneau eut pris le Livre, les quatre Vivants et les vingt quatre Anciens se jetèrent à ses pieds. Ils tenaient chacun une cithare et des coupes d’or pleines de parfums qui sont les prières des saints. Ils chantaient ce cantique nouveau : « Tu es digne, de prendre le Livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus immolé, rachetant pour Dieu, par ton sang, des gens de toute tribu, langue, peuple et nation.
Pour notre Dieu, tu en as fait un royaume et des prêtres : ils régneront sur la terre. » Alors j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. » Toute créature dans le ciel et sur la terre, sous la terre et sur la mer, et tous les êtres qui s’y trouvent, je les entendis proclamer : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. » Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » ; et les Anciens, se jetant devant le Trône, se prosternèrent. »
L’Agneau y est montré glorifié, tout en portant les marques de son sacrifice, soulignant le lien entre la rédemption par le Christ et son sacrifice expiatoire.
Mais avec la résurrection de Jésus, l'agneau victime est devenu l'Agneau vainqueur. Il est celui dont le sang donne la victoire à ses fidèles : le mal, la mort n'ont plus le dernier mot (Apocalypse 12, 11).
« Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! Car il est rejeté, l’accusateur de nos frères, lui qui les accusait, jour et nuit, devant notre Dieu. Eux-mêmes l’ont vaincu par le sang de l’Agneau, par la parole dont ils furent les témoins ; détachés de leur propre vie, ils sont allés jusqu’à mourir. »
Jésus a traversé la mort, il est l'agneau de la nouvelle Pâque.
Les fidèles qui se nourrissent de son corps et de son sang vivent de sa vie.
Dans la grande liturgie céleste de l'Apocalypse, les Vivants, les Anciens et la multitude des anges l'acclament en disant d’une voix forte (Ap 5, 12) :
« Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. » Il est digne de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et bénédiction ! ».
Bénissons l’Agneau de Dieu qui s’est sacrifié pour la multitude dans l’humilité et l’obéissance à la volonté du Père