LE DOUBLE CRIME DU ROI DAVID
Dans le deuxième livre de Samuel
(Traduction Louis Segond)
11 L'année suivante, au temps où les rois se mettaient en campagne, David envoya Joab, avec ses serviteurs et tout Israël, pour détruire les fils d'Ammon et pour assiéger Rabba. Mais David resta à Jérusalem.
2 Un soir, David se leva de sa couche; et, comme il se promenait sur le toit de la maison royale, il aperçut de là une femme qui se baignait, et qui était très belle.
3 David fit demander qui était cette femme, et on lui dit: N'est-ce pas Bethsabée, fille d'Éliam, femme d'Urie, le Hittite ?
4 Et David envoya des gens pour la chercher. Elle vint vers lui, et il coucha avec elle. Après s'être purifiée de sa souillure, elle retourna dans sa maison.
5 Cette femme devint enceinte, et elle fit dire à David : Je suis enceinte.
6 Alors David expédia cet ordre à Joab : Envoie-moi Urie, le Hittite. Et Joab envoya Urie à David.
7 Urie se rendit auprès de David, qui l'interrogea sur l'état de Joab, sur l'état du peuple, et sur l'état de la guerre.
8 Puis David dit à Urie : Descends dans ta maison, et lave tes pieds. Urie sortit de la maison royale, et il fut suivi d'un présent du roi.
9 Mais Urie se coucha à la porte de la maison royale, avec tous les serviteurs de son maître, et il ne descendit point dans sa maison.
10 On en informa David, et on lui dit : Urie n'est pas descendu dans sa maison. Et David dit à Urie : N'arrives-tu pas de voyage ? Pourquoi n'es-tu pas descendu dans ta maison ?
11 Urie répondit à David : L'arche et Israël et Juda habitent sous des tentes, mon seigneur Joab et les serviteurs de mon seigneur campent en rase campagne, et moi j'entrerais dans ma maison pour manger et boire et pour coucher avec ma femme! Aussi vrai que tu es vivant et que ton âme est vivante, je ne ferai point cela.
12 David dit à Urie : Reste ici encore aujourd'hui, et demain je te renverrai. Et Urie resta à Jérusalem ce jour-là et le lendemain.
13 David l'invita à manger et à boire en sa présence, et il l'enivra; et le soir, Urie sortit pour se mettre sur sa couche, avec les serviteurs de son maître, mais il ne descendit point dans sa maison.
14 Le lendemain matin, David écrivit une lettre à Joab, et l'envoya par la main d'Urie.
15 Il écrivit dans cette lettre : Placez Urie au plus fort du combat, et retirez-vous de lui, afin qu'il soit frappé et qu'il meure.
16 Joab, en assiégeant la ville, plaça Urie à l'endroit qu'il savait défendu par de vaillants soldats.
17 Les hommes de la ville firent une sortie et se battirent contre Joab ; plusieurs tombèrent parmi le peuple, parmi les serviteurs de David, et Urie, le Hittite, fut aussi tué.
18 Joab envoya un messager pour faire rapport à David de tout ce qui s'était passé dans le combat.
19 Il donna cet ordre au messager: Quand tu auras achevé de raconter au roi tous les détails du combat,
20 peut-être se mettra-t-il en fureur et te dira-t-il : Pourquoi vous êtes-vous approchés de la ville pour combattre ? Ne savez-vous pas qu'on lance des traits du haut de la muraille?
21 Qui a tué Abimélec, fils de Jerubbéscheth ? n'est-ce pas une femme qui lança sur lui du haut de la muraille un morceau de meule de moulin, et n'en est-il pas mort à Thébets ? Pourquoi vous êtes-vous approchés de la muraille ? Alors tu diras : Ton serviteur Urie, le Hittite, est mort aussi.
22 Le messager partit et, à son arrivée, il fit rapport à David de tout ce que Joab lui avait ordonné.
23 Le messager dit à David : Ces gens ont eu sur nous l'avantage; ils avaient fait une sortie contre nous dans les champs, et nous les avons repoussés jusqu'à l'entrée de la porte;
24 les archers ont tiré du haut de la muraille sur tes serviteurs, et plusieurs des serviteurs du roi ont été tués, et ton serviteur Urie, le Hittite, est mort aussi.
25 David dit au messager : Voici ce que tu diras à Joab: Ne sois point peiné de cette affaire, car l'épée dévore tantôt l'un, tantôt l'autre; attaque vigoureusement la ville, et renverse-la. Et toi, encourage-le!
26 La femme d'Urie apprit que son mari était mort, et elle pleura son mari.
27 Quand le deuil fut passé, David l'envoya chercher et la recueillit dans sa maison. Elle devint sa femme, et lui enfanta un fils. Ce que David avait fait déplut à l'Éternel.
12 L'Éternel envoya Nathan vers David. Et Nathan vint à lui, et lui dit : Il y avait dans une ville deux hommes, l'un riche et l'autre pauvre.
2 Le riche avait des brebis et des boeufs en très grand nombre.
3 Le pauvre n'avait rien du tout qu'une petite brebis, qu'il avait achetée ; il la nourrissait, et elle grandissait chez lui avec ses enfants ; elle mangeait de son pain, buvait dans sa coupe, dormait sur son sein, et il la regardait comme sa fille.
4 Un voyageur arriva chez l'homme riche. Et le riche n'a pas voulu toucher à ses brebis ou à ses boeufs, pour préparer un repas au voyageur qui était venu chez lui; il a pris la brebis du pauvre, et l'a apprêtée pour l'homme qui était venu chez lui.
5 La colère de David s'enflamma violemment contre cet homme, et il dit à Nathan : L'Éternel est vivant ! L'homme qui a fait cela mérite la mort.
6 Et il rendra quatre brebis, pour avoir commis cette action et pour avoir été sans pitié.
7 Et Nathan dit à David: Tu es cet homme-là! Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël: Je t'ai oint pour roi sur Israël, et je t'ai délivré de la main de Saül;
8 je t'ai mis en possession de la maison de ton maître, j'ai placé dans ton sein les femmes de ton maître et je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda. Et si cela eût été peu, j'y aurais encore ajouté.
9 Pourquoi donc as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé de l'épée Urie, le Hittite ; tu as pris sa femme pour en faire ta femme, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon.
10 Maintenant, l'épée ne s'éloignera jamais de ta maison, parce que tu m'as méprisé, et parce que tu as pris la femme d'Urie, le Hittite, pour en faire ta femme.
11 Ainsi parle l'Éternel: Voici, je vais faire sortir de ta maison le malheur contre toi, et je vais prendre sous tes yeux tes propres femmes pour les donner à un autre, qui couchera avec elles à la vue de ce soleil.
12 Car tu as agi en secret; et moi, je ferai cela en présence de tout Israël et à la face du soleil.
13 David dit à Nathan : J'ai péché contre l'Éternel ! Et Nathan dit à David: L'Éternel pardonne ton péché, tu ne mourras point.
14 Mais, parce que tu as fait blasphémer les ennemis de l'Éternel, en commettant cette action, le fils qui t'est né mourra.
15 Et Nathan s'en alla dans sa maison. L'Éternel frappa l'enfant que la femme d'Urie avait enfanté à David, et il fut dangereusement malade.
16 David pria Dieu pour l'enfant, et jeûna ; et quand il rentra, il passa la nuit couché par terre.
17 Les anciens de sa maison insistèrent auprès de lui pour le faire lever de terre; mais il ne voulut point, et il ne mangea rien avec eux.
18 Le septième jour, l'enfant mourut. Les serviteurs de David craignaient de lui annoncer que l'enfant était mort. Car ils disaient: Voici, lorsque l'enfant vivait encore, nous lui avons parlé, et il ne nous a pas écoutés ; comment oserons-nous lui dire: L'enfant est mort? Il s'affligera bien davantage.
19 David aperçut que ses serviteurs parlaient tout bas entre eux, et il comprit que l'enfant était mort. Il dit à ses serviteurs : L'enfant est-il mort ? Et ils répondirent : Il est mort.
20 Alors David se leva de terre. Il se lava, s'oignit, et changea de vêtements ; puis il alla dans la maison de l'Éternel, et se prosterna. De retour chez lui, il demanda qu'on lui servît à manger, et il mangea.
21 Ses serviteurs lui dirent : Que signifie ce que tu fais ? Tandis que l'enfant vivait, tu jeûnais et tu pleurais; et maintenant que l'enfant est mort, tu te lèves et tu manges !
22 Il répondit: Lorsque l'enfant vivait encore, je jeûnais et je pleurais, car je disais : Qui sait si l'Éternel n'aura pas pitié de moi et si l'enfant ne vivra pas ?
23 Maintenant qu'il est mort, pourquoi jeûnerais-je? Puis-je le faire revenir ? J'irai vers lui, mais il ne reviendra pas vers moi.
24 David consola Bethsabée, sa femme, et il alla auprès d'elle et coucha avec elle. Elle enfanta un fils qu'il appela Salomon, et qui fut aimé de l'Éternel.
Pitié pour moi, mon Dieu, dans Ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché
L'œuvre a été composée (vers 1638 ou 1639) par Gregorio Allegri, compositeur, prêtre, maître de chapelle et, à l'époque de la composition de l'œuvre sous le pontificat du pape Urbain VIII, simplement chantre-choriste dans le chœur de la chapelle Sixtine au Vatican.
Le texte du Miserere est le Psaume 51(50 dans la Bible hébraïque)
Ce motet a été interprété pour la première fois le 12 avril 1639 dans la Chapelle Sixtine.
D'après une légende tenace, l'œuvre restera durant près de 130 ans, propriété exclusive du Vatican sous peine d’excommunication, jusqu’à sa retranscription de mémoire en 1770, par Mozart, alors âgé de 14 ans.
Son père, Leopold Mozart, écrit dans une lettre à son épouse Anna Maria du 14 avril 1770 : « A Rome, on entend souvent parler du célèbre Miserere, tenu dans une considération telle que les musiciens de la chapelle (Sixtine) ont l'interdiction, sous menace d'excommunication, d'en prendre même une partie, de la copier ou de la donner à qui que ce soit. Mais nous l'avons déjà, Wolfgang a retranscrit l'œuvre de mémoire ».
Moins de trois mois après avoir entendu le Miserere et l'avoir retranscrit, Mozart est appelé à Rome par le pape Clément XIV, qui, loin de l’excommunier, salue son génie et ses grandes qualités musicales en lui décernant l'Ordre de l'Éperon d'or le 4 juillet 1770.
Psaume 51 (50 dans la Bible hébraïque)
Psaume de David. Quand le Prophète Nathan alla chez lui, après que David fut allé chez Bethsabée
Pitié pour moi, mon Dieu, dans Ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre Toi, et Toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.
Ainsi, Tu peux parler et montrer Ta justice, être juge et montrer Ta victoire. Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère.
Mais Tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, Tu m’apprends la sagesse. Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.
Fais que j’entende les chants et la fête : ils danseront, les os que Tu broyais. Détourne Ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés.
Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me chasse pas loin de Ta face, ne me reprends pas Ton Esprit Saint.
Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés.
Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera Ta justice. Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera Ta louange.
Si j’offre un sacrifice, Tu n’en veux pas, Tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.
(Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem. Alors Tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ; alors on offrira des taureaux sur Ton autel.)
La profonde humilité de David,
La reconnaissance de son crime,
Son repentir, Celui d’ un cœur brisé et broyé par sa culpabilité,
Lui ont valu le pardon de Dieu
Et sa miséricorde.
C’est ce que chante le
Psaume 31 (32 dans la Bible hébraïque)
David le composa après qu’il eut reçu de Dieu le pardon de son crime avec Bethsabée : avec l’amitié de Dieu, la joie lui est rendue.
Heureux l'homme dont la faute est enlevée, et le péché remis !
Heureux l'homme dont le Seigneur ne retient pas l'offense, dont l'esprit est sans fraude !
Je me taisais et mes forces s'épuisaient à gémir tout le jour :
ta main, le jour et la nuit, pesait sur moi ; ma vigueur se desséchait comme l'herbe en été.
Je t'ai fait connaître ma faute, je n'ai pas caché mes torts.
J'ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. » Et toi, tu as enlevé l'offense de ma faute.
Ainsi chacun des tiens te priera aux heures décisives ; même les eaux qui débordent ne peuvent l'atteindre.
Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse ; de chants de délivrance, tu m'as entouré.
Jésu, der du meine Seele
« Le sang qui efface ma faute Me rend le cœur léger et la liberté. »
Le crime du Roi David lui aurait normalement valu une peine de mort.
Aujourd’hui, s’il avait comparu devant une Cour d’assises, il aurait sans doute été condamné aux « travaux forcés à perpétuité ».
Ce qu’il a commis est un des crimes les plus abominables qui soit.
C’est l’assassinat, froidement programmé et commandité, d’un de ses généraux pour s’approprier sa femme !
Et pourtant … il a été pardonné par Dieu !
Dieu qui lui a rendu son amitié et sa joie.
Le Pape François, dans sa Catéchèse du 30 mars 2016, a commenté ainsi le Psaume 50 :
« Qui prie avec ce psaume est invité à avoir les mêmes sentiments de repentir et de confiance en Dieu que David lorsqu’il s’est ressaisi et, bien qu’étant roi, s’est humilié sans craindre de confesser sa faute et de montrer sa misère au Seigneur, mais convaincu de la certitude de sa miséricorde »
« Le psalmiste a confiance dans la bonté de Dieu, il sait que le pardon divin est éminemment efficace parce que Dieu crée ce qu’il dit. Il ne cache pas le péché, mais le détruit et l’efface ; mais il l’efface vraiment à la racine, non pas comme à la teinturerie quand nous apportons un vêtement et qu’on efface une tache »
Thomas Merton La miséricorde
Thomas Merton (en religion Père Louis), né le 31 janvier 1915 à Prades en France) et mort le 10 décembre 1968 à Bangkok (Thaïlande), est un moine cistercien-trappiste américain.
Converti au catholicisme en 1938, il devient moine trappiste à l'abbaye de Gethsemani peu après.
Notre faiblesse nous a ouvert le Ciel, parce qu’elle a fait descendre sur nous la miséricorde de Dieu et nous a gagné son amour. Nos malheurs sont les semences de nos joies. Le péché même a joué un rôle involontaire dans le salut des pécheurs, car l’on ne peut empêcher l’infinie miséricorde de Dieu de tirer le plus grand bien des pires maux. Page 10 sur 10 Dieu a laissé le péché dans le monde pour qu’y règne le pardon ; non seulement le pardon secret par lequel Il purifie lui-même nos âmes, mais ce pardon manifeste que nous exerçons les uns envers les autres, exprimant ainsi le fait qu’Il est vivant, par sa miséricorde, en nos cœurs.
Dans ma carrière d’avocat pénaliste,
J’ai défendu de très nombreux criminels,
- écrasés par la culpabilité,
- persuadés qu’ils étaient impardonnables.
Certains ont retrouvé la foi en Dieu, espérant en sa miséricorde.
L’un d’entre eux m’a même demandé s’il pouvait encore devenir un « Saint ».
Les exemples du Roi David, du « Bon Larron », de Saint Paul de Tarse, de Jacques Fesch et de tant d’autres m’ont permis de le convaincre …