À Pâques, les chrétiens célèbrent deux événements :
- la mort de Jésus sur la croix, le Vendredi saint,
- et sa Résurrection, au matin de Pâques. L’un et l’autre sont évidemment indissociables dans la foi chrétienne.
Le pasteur suisse Martin Hoegger, qui travaille à une grande célébration internationale et œcuménique, en 2033, à l’occasion des 2000 ans de la résurrection du Christ, affirme :
« Sans la résurrection du Christ, on vide la foi chrétienne de son contenu. Déjà pour les Athéniens, à qui Paul l’annonçait, la résurrection de Jésus apparaissait comme une folie pour la raison. Quand aujourd’hui des théologiens affirment que la résurrection est à comprendre de manière symbolique, ils montrent qu’ils sont pris dans les filets du rationalisme.»
Et nous, croyons-nous en la résurrection des corps après notre mort ?
Selon un sondage TNS Sofres/Logica publié le 9 avril 2009 par l'hebdomadaire Pèlerin et repris par La Croix,
À la question adressée aux Français « Qu'y a-t-il pour vous après la mort ? »
seuls 10 % répondent « la résurrection des morts auprès de Dieu »,
contre 7 % « la réincarnation sur terre dans une autre vie »,
33 % « quelque chose, mais que je ne sais pas définir »
et 43 % « rien ».
chez les catholiques, 13 % déclarent croire en la résurrection 7 % en la réincarnation, 40 % en quelque chose et 33 % en rien).
Selon une récente étude, réalisée auprès des Suisses, par l’Institut Link et publiée par le Site Protestinfo le 8 avril 2020,
26% affirment « croire en la résurrection physique de Jésus ».
37% chez les personnes se déclarant catholiques,
23% chez les réformés, 90% chez les évangéliques,
La Croix se demande comment expliquer cet éloignement des Français de ce que qui constitue le noyau même de la foi chrétienne ?
Pour les spécialistes interrogés par Pèlerin, c'est dans un sérieux déficit d'explicitation du christianisme qu'il faut chercher.
Le franciscain Michel Hubaut y déplore ainsi :
« Depuis un demi-siècle, l'Église est emmurée dans un silence radio sur l'au-delà ! ».
Comme l'explique Samuel Liéven, journaliste à Pèlerin :
« Bien souvent, les rudiments de catéchisme glanés au cours de l'enfance ne résistent guère aux épreuves imposées par la vie, notamment la perte d'un proche ».
D'où cet appel « urgent » du théologien jésuite Bernard Sesboüé à
« mettre au point une catéchèse qui décrypte le vocabulaire à l'intention des adultes et des futurs adultes ».
Alors … tentons de nous y mettre à notre modeste place :
Quel est le sens de la Résurrection de Jésus pour nous ?
Le père Bernard Sesboüé est l’auteur d’un livre : « La Résurrection et la vie », paru en 2009 chez Desclée de Brouwer.
Dans un article de CROIRE sur la « Résurrection de Jésus », il explique le sens de cette résurrection pour nous :
« La résurrection de Jésus, c'est donc la victoire de la vie sur la mort. Victoire bien exceptionnelle, dira-t-on, au regard de la défaite universelle.
Sans doute, mais cette victoire n'est pas l'exception qui confirme la règle, mais la révélation que ce qui est arrivé à Jésus est pour nous.
La résurrection de Jésus est la promesse de la nôtre. Elle nous donne l'image même de ce que nous sommes appelés à devenir. Elle est le symbole concret de ce que nous mettons sous le mot salut, puisque pour nous, être sauvés, c'est vivre, vivre intensément et toujours, dans une vie d'amour.
Nous vivrons en Dieu éternellement de la vie que manifeste Jésus. Sa destinée sera la nôtre. Elle nous dit que l'ordre universel de la mort est déjà vaincu en celui qui prend la tête de l'humanité pour la conduire vers la résurrection de la fin des temps.
Si l'on peut dire, la résurrection de Jésus, c'est la garantie-or des promesses qui nous sont faites.
Mais cette promesse n'est pas un «opium du peuple». Elle est déjà un don qui sollicite toutes les énergies humaines pour la construction d'une société juste, libre et fraternelle. Elle présente ses propres arrhes dans notre vie terrestre. Elle est secrètement présente, chaque fois qu'une personne ou un groupe humain se trouve libéré d'une situation intolérable, d'une injustice ou d'une oppression, d'une grave maladie, d'un trouble psychologique grave ou aliénant.
La force de la résurrection s'exprime à travers tous ceux qui ont la générosité de donner, à leur tour avec et comme le Christ, leur vie pour la justice et la vérité. »
Dans un autre article de CROIRE, « La résurrection de Jésus donne sens à l’histoire », le théologien jésuite Michel Rondet, qui s’est éteint le mardi 2 mars dernier, à l’âge de 98 ans, explique également le sens de cette résurrection pour nous :
La Résurrection de Jésus n'est pas un événement ponctuel qui n'intéresserait que la personne de Jésus et sa survie.
C'est l'Événement qui donne sens à notre histoire et à notre monde.
Il introduit dans l'évolution une brèche qui révèle que (notre histoire) est tout entière sous le signe de l'amour de Dieu.
On peut discerner dans le cosmos des signes qui annoncent la désagrégation de l'univers, on ne peut pas douter de l'avenir du monde dont fait partie le corps du Christ ressuscité.
Les liens qui nous unissent à lui ne permettent pas que nous ayons un avenir différent.
Saint Paul l'a exprimé avec force dans sa lettre aux Romains (8,38-39) :
« Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent, ni avenir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur »
Rien (ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu), sauf le mystère de notre liberté, car l'amour ne se commande pas et exige une libre réponse, mais alors, en nous séparant de Dieu qui est la Vie, nous créons notre propre néant.
Ce n'est pas seulement l'avenir de notre monde qui est concerné par la Résurrection du Christ, mais aussi notre présent.
Victoire sur la mort, elle est dès aujourd'hui, dénonciation par Dieu de toutes les forces de destruction.
Au cœur même de notre histoire, Dieu s'est manifesté comme celui qui assure le triomphe de la vie, de l'amour et du pardon sur les forces du mal.
Mis à mort, en haine de tout ce qu'il représentait, Jésus dans sa Résurrection consacre la victoire d'une humanité qui a fait confiance au Père et à la réussite de son projet de divinisation de l'homme.
Du même coup apparaît en pleine lumière ce qui peut être notre péché essentiel : le refus de l'avenir que Dieu nous offre.
Notre résurrection ne sera pas uniquement celle de l’âme, mais bien celle de notre
« nature humaine »
Anne Philippe, dans son livre « Le Temps d’un soupir » paru chez Julliard en 1963, écrivait à la disparition de son mari, le grand comédien Gérard Philippe :
« Je t’ai trop aimé pour accepter que ton corps disparaisse et proclamer que ton âme suffit et qu’elle vit. Et puis, comment faire pour les séparer, pour dire : ceci est son corps et ceci est son âme ? Ton sourire et ton regard, ta démarche et ta voix étaient-ils matière ou esprit ? L’un et l’autre … mais inséparables » (p. 48).
C’est un principe de Platon de vouloir séparer le corps de l’âme en insistant sur « l’immortalité de l’âme ».
Déjà Aristote l’avait corrigé en disant que l’âme c’est par quoi le corps humain vit, sent et pense.
Thomas d’Aquin précisera encore que je n’ai pas une âme, un corps, mais que je suis « âme-corps ». À la fois âme et corps et non pas une âme et un corps.
L’âme et le corps sont indissociables et les deux ressusciteront. C’est sans doute pour cela que le CREDO ne parle pas de la « résurrection des morts » mais de la « résurrection de la chair », dans le sens de résurrection de la « nature humaine » toute entière.
Que veut dire l’affirmation que chacun retrouvera son humanité totale ?
« Comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? »
Les Sadducéens se distinguaient notamment des Pharisiens sur la question de la résurrection des morts. Certains Sadducéens, nous rapporte l’évangile de Marc (12, 18) sont venus interroger Jésus à ce propos :
« Maître, Moïse a écrit pour nous : « Si un homme a un frère qui meurt en laissant une femme, mais sans laisser d’enfant, qu’il épouse la veuve et donne une descendance à son frère ». Il y a sept frères. Le premier a pris femme et est mort sans laisser de descendance. Le second a épousé cette femme et est mort sans laisser de descendance. Le troisième également, et les sept n’ont laissé aucune descendance. Après eux tous, la femme est morte également. À la résurrection, quand il ressusciteront , duquel d’entre eux sera-t-elle la femme ? »
Jésus leur répondit :
« Quand on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux. »
Ces questions, qui sont les nôtres, sont déjà posées par Saint Paul dans sa 1ère lettre aux Corinthiens (15, 35).
« Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! Toi, ce que tu sèmes ne prend vie qu’à la condition de mourir. Et ce que tu sèmes n’est pas la plante qui doit naître, mais un grain nu, de blé ou d’autre chose. Puis Dieu lui donne corps, comme il le veut et à chaque semence de façon particulière. (…) Il en est ainsi pour la résurrection des morts : semé corruptible, on ressuscite incorruptible ; semé méprisable, on ressuscite dans la gloire ; semé dans la faiblesse, on ressuscite plein de force ; semé corps animal, on ressuscite corps spirituel (…) »
Saint Paul répond par la comparaison de la semence : autant de différences entre le corps de la résurrection et notre corps actuel qu'entre la plante adulte et la graine.
Quand ressusciterons-nous ?
En d’autres termes, pouvons-nous ressusciter avant la fin des temps et la résurrection de toute l’humanité ?
La réponse du Père Bernard Sesboüé, jésuite et théologien dans un article de CROIRE publié en mars 2008 :
La question « Quand la résurrection se produit-elle ?» tient dans un paradoxe : nous devons dire à la fois que les morts sont déjà ressuscités et qu'ils ne le sont pas encore.
En d'autres termes : ils vivent une première résurrection, qui demeure incomplète tant que l'humanité entière n'est pas parvenue à la résurrection plénière qui aura lieu lors du retour du Christ.
À la question « Quelle est cette «première résurrection», et surtout, où va-t-on lors de cette première résurrection, est-ce que l'on sera avec Dieu et Jésus en attendant et en regardant d'en haut son retour sur terre ? »
Le Père Bernard Sesboüé répond :
« Il me semble qu'il y a dans la question posée une confusion entre le Sheol de l'Ancien Testament, dont il est question dans la descente aux enfers de Jésus, mentionnée dans le Symbole des apôtres, et le sort qui nous est promis par la Résurrection du Christ.
On sait que la tradition de l'Ancien Testament en est venue très lentement à envisager la vie après la mort.
Les défunts allaient au lieu symbolique du Sheol, mythiquement placé au cœur de la terre, où ils ne menaient qu'une ombre de vie.
La descente du Christ aux enfers leur annonce le salut, leur libération et leur accès à la vie de Dieu.
Autrement dit, le Christ est venu sauver tous ceux qui l'avaient précédé sur la terre. Il a ressuscité Adam et Eve, comme le montre la célèbre fresque de Constantinople.
Aux yeux de Dieu, le Christ est ressuscité dès l'instant de sa mort. La descente aux enfers est déjà un acte du ressuscité. Mais il fallait que les choses s'inscrivent dans le temps pour nous qui vivons dans le temps. Il fallait que sa mort soit bien attestée par sa mise au tombeau. Il fallait que le signe de sa résurrection nous soit donné par le tombeau vide et les apparitions pascales.
Telle est (la) résurrection (de Jésus), telle sera la nôtre : nous serons reçus dans la vie de Dieu, dès que nous serons assez purifiés pour cela.
Mais la manifestation universelle de la résurrection doit attendre la fin des temps. La résurrection ne peut être complète tant que tous les hommes ne sont pas ressuscités. D'ici là nous vivrons entre deux résurrections.»
La manifestation universelle de la résurrection doit attendre le « dernier jour »
«Lorsque nous allons mourir, à quel endroit irons-nous en attendant le retour de Jésus ?».
En d’autres termes, pouvons-nous ressusciter avant la fin des temps et la résurrection de toute l’humanité ?
Saint Paul, dans sa 2ème lettre à Timothée avertit avec beaucoup de sévérité :
« Quant aux bavardages impies, évite-les. Ceux qui s’y livrent, en effet, progresseront dans l’impiété ; leur parole est une gangrène qui s’étend. Tels sont Hyménée et Philétos. Ils se sont écartés de la vérité en prétendant que la résurrection a déjà eu lieu ; ils renversent ainsi la foi de plusieurs » (2, 17).
Dans le CREDO, nous proclamons :
« J’attends la Résurrection des morts et la vie du monde à venir »
Jésus, lui-même, dans l’évangile de Jean a situé la Résurrection des morts :
« La volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour ; Telle est en effet la volonté de mon Père : que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6, 39-40)
À la mort de son frère Lazare, Marthe se lamente et Jésus lui dit :
« Ton frère ressuscitera » - « Je sais, répondit-elle, qu’il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra et ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Nous attendrons les autres, tous les autres êtres humains, parce que le « Salut » est collectif, il est celui de l’humanité toute entière, pour qui le « Salut » c'est vivre, vivre intensément et toujours, dans une vie d'amour.
De même, le cosmos doit être renouvelé - C’est ce que révèle l’Apocalypse :
« Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus. » (21, 1)
Dans sa 1ère lettre aux Thessaloniciens, Saint Paul rassure les premiers chrétiens (4, 13-18) :
« 13 Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance.
14 Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui.
15 Car, sur la parole du Seigneur, nous vous déclarons ceci : nous les vivants, nous qui sommes encore là pour la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis.
16 Au signal donné par la voix de l’archange, et par la trompette divine, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord.
17 Ensuite, nous les vivants, nous qui sommes encore là, nous serons emportés sur les nuées du ciel, en même temps qu’eux, à la rencontre du Seigneur. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur.
18 Réconfortez-vous donc les uns les autres avec ce que je viens de dire. »
Dans sa lettre aux Colossiens, Saint Paul insiste (3, 1-4) :
« 1 Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu.
2 Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre.
3 En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu.
4 Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. »
Notre « vie nouvelle » ne sera manifestée qu’à la « Parousie » que nous célébrons dans le CREDO :
« Il est assis à la droite du Père, il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n'aura pas de fin. »
Dans son livre « L’Homme passe l’Homme » (La Colombe, 1948, p. 252), l’abbé Maurice Zundel (1897-1975) raconte cette histoire merveilleuse :
« Une mère ayant observé la frayeur de son enfant durant un raid aérien, lui dit : « Quand je te portais tout près de mon cœur, je me demandais quel serait ton visage. La joie de la naissance a été de le découvrir.
Il en est ainsi de Dieu qui demeure en notre âme. Nous sommes tout près de lui, nous le portons dans notre esprit, mais nous ne connaissons pas son visage. La mort nous le révèlera dans la joie d’une éternelle naissance. De quoi aurais-tu peur ? »
Pendant le raid suivant, elle constata que son enfant était parfaitement tranquille. Soudain, il s’approcha d’elle, en lui disant avec une lumineuse ferveur : « Maman, c’est peut-être aujourd’hui que nous verrons son visage ».
Dans le même esprit, un de mes professeurs, prêtre, quand j’étais adolescent, à mes questions angoissées sur comment serait notre vie après la mort, me répondit que le grand théologien Saint Augustin aurait fait une comparaison, qui m’apaisa d’un coup pour toujours, même si je ne l’ai pas retrouvée :
« Maintenant, nous sommes comme des foetus et à la Résurrection, nous serons comme des hommes. »