J'ai dans mon bureau, que ma femme a baptisé mon « ermitage », une page d'un très vieil antiphonaire manuscrit, avec les notations musicales sur papier à l'encre noire et rouge, tiré d’un recueil de partitions grégoriennes des offices des moines, sur laquelle est inscrit : « Hec dies quam fecit dominus. Exultemus et letemur in ea ».
C'est l'antienne de Pâques, tirée du psaume 117 (118), verset 24 : « Voici le jour qu'a fait le Seigneur, qu'il soit pour nous (un) jour de fête et de joie » (traduction du Psautier de Jérusalem).
Pâques, symbole et promesse de notre propre résurrection, c'est, pour moi, la victoire de Dieu sur le Mal, la souffrance et la mort, sur tous nos maux.
La Résurrection de Jésus-Christ est le fondement de la foi de tout chrétien.
Dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe, Saint Paul écrit :
« Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi (…) Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est illusoire » (1 Cor 15, 14 et 17).
La Résurrection de Jésus est attribuée dans le Nouveau Testament à l'action toute-puissante de Dieu le Père.
Trois résurrections précèdent celle de Jésus dans le Nouveau Testament, celle du fils de la veuve de Naïn dans l’évangile de Luc (7,11-17) celle de la fille de Jaïre dans les synoptiques (dont Marc 5, 21-24) et celle de Lazare dans l'Évangile selon Jean (11, 1-44)
Deux résurrections succèdent à celle de Jésus-Christ :
celle de Dorcas (Tabitha) par l’apôtre Pierre (Actes 9, 36-42) et celle d’Eutyche opérée par l’apôtre Paul (Actes 20, 7-12)
Dans tous ces cas, il s'agit du rappel à la vie d’un cadavre réanimé, on pourrait dire de la guérison d'une maladie ayant entraîné la mort.
Ces résurrections n’ont rien à voir avec celle de Jésus-Christ. Après avoir été ramenés à la vie, ils mourront plus tard comme tous les êtres humains.
Jésus ressuscité n'a pas connu la corruption (ce que démontre le tombeau vide) et n'est pas rendu à une vie mortelle.
Dans la prédication de la Pentecôte, l’apôtre Pierre affirme que le Christ
« n'a pas été abandonné au séjour des morts et [que] sa chair n'a pas connu la décomposition » (Actes des Apôtres 2, 31).
Le théologien dominicain français Jean-Michel Maldamé
rappelle la double définition du miracle :
- celle, positiviste ou philosophique, d'un événement qui transcende les lois de la nature,
- et celle, théologique, de l'intervention de Dieu qui, par un « signe », un « prodige », révèle une partie de son mystère.
Or la Résurrection de Jésus, rappelle le Père Maldamé, dépasse la notion même de miracle : elle est « l'acte de Dieu donnant à Jésus une vie nouvelle », qui ne se limite pas à la « réanimation d'un cadavre » ni à « son retour à la vie antérieure ». En ce sens, dit-il, elle constitue une « métamorphose » par laquelle le Christ « échappe aux contraintes de l'espace et du temps » de l'humanité.
Les premiers témoins de la Résurrection sont des femmes,
celles qui l’avaient suivi depuis la Galilée et que l’on a surnommées par après « les saintes femmes » :
(Luc 24, 9-11-TOB) « Elles revinrent du tombeau et rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. C’étaient Marie de Magdala et Jeanne et Marie de Jacques ; leurs autres compagnes le disaient aussi aux apôtres. Aux yeux de ceux-ci ces paroles semblèrent un délire et ils ne croyaient pas ces femmes ».
Dans l'histoire du christianisme, la croyance en la résurrection du Christ s'est fondée sur les témoignages des apôtres ainsi que sur ceux d'autres témoins qui sont relatés dans les quatre évangiles, et à une occasion par Saint Paul dans le quinzième chapitre de sa première lettre aux chrétiens de la ville de Corinthe, en Grèce.
La Première épître aux Corinthiens a été écrite entre 53 et 57 après Jésus-Christ (soit 20 à 25 ans après la Crucifixion et la Résurrection). Paul y mentionne une profession de foi répandue parmi les premiers croyants, qui forme l'axe central de la future doctrine chrétienne :
« Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; et qu'il est apparu à Céphas, puis aux douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. »
Dans le verset suivant, Paul indique que Jésus lui est aussi apparu :
« En tout dernier lieu, il m’est aussi apparu, à moi l’avorton. Car je suis le plus petit des apôtres ».
C’est le texte le plus ancien du Nouveau Testament qui parle de la Résurrection
De là, la foi des premières communautés chrétiennes en ce que Jésus-Christ est effectivement apparu, vivant, le troisième jour après sa mort et que plusieurs témoins l'ont vu et ont entretenu des contacts avec lui pendant une certaine période.
Le mot résurrection vient du verbe latin « resurgere » qui signifie se relever, se lever une nouvelle fois et qui qui a donné « resurrectiun » en moyen français à la première moitié du XIIe siècle.
Il est la traduction du terme grec « anastasis ».
L'Ancien Testament a été écrit en hébreu puis traduit en grec, par des juifs d'Alexandrie, vers le IIIème siècle avant Jésus-Christ, dans ce qu’on appelle la Septante. Les traducteurs hébreux du grec ont rendu anastasis par une expression qui signifie « retour à la vie des morts ».
Que dit le Catéchisme de l’Eglise catholique ?
127. Quels « signes » attestent la Résurrection de Jésus ?
Hormis le signe essentiel que constitue le tombeau vide, la Résurrection de Jésus est attestée par les femmes qui, les premières, l’ont rencontré et l’ont annoncé aux Apôtres. Jésus est « apparu ensuite à Céphas (Pierre), puis aux Douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois » (1 Co 15,5-6) et à d’autres encore. Les Apôtres n’ont pu inventer la résurrection, car elle leur apparaissait impossible. En effet, Jésus leur a aussi reproché leur incrédulité.
128. Pourquoi la Résurrection est-elle en même temps un événement transcendant ?
Tout en étant un événement historique, que l’on peut constater et qui est attesté par des signes et des témoignages, la Résurrection, parce qu’elle est l’entrée de l’humanité du Christ dans la gloire de Dieu, transcende et dépasse l’histoire, comme mystère de la foi. C’est pour cette raison que le Christ ressuscité ne se manifeste pas au monde, mais à ses disciples, faisant d’eux ses témoins devant le peuple.
129. Quel est l’état du corps ressuscité de Jésus ?
La Résurrection du Christ n’est pas un retour à la vie terrestre. Son corps ressuscité est celui qui a été crucifié et qui porte les signes de sa Passion, mais il participe désormais de la vie divine avec les propriétés d’un corps glorieux. C’est la raison pour laquelle Jésus ressuscité est souverainement libre d’apparaître à ses disciples comme il veut, où il veut et sous des aspects variés.
Quand il est apparu à Marie de Magdala, les Évangiles disent qu’elle prit Jésus ressuscité pour le gardien du jardin du cimetière (Jean 20, 15).
Deux disciples, qui quittaient Jérusalem pour se rendre à la campagne et marchaient, « l’air sombre », vers le village d’Emmaüs, rencontrèrent un inconnu auquel ils firent part de leur découragement après la crucifixion de Jésus.
(Luc 24, 27-31).
« Commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait. Ils approchèrent du village où ils se rendaient, et lui fit mine d’aller plus loin. Ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous car le soir tombe et le jour touche à sa fin ». Et il entra pour rester avec eux. Or quand il se fut mis à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux furent ouverts et ils le reconnurent, puis il leur devint invisible »
Lorsqu’il vint au milieu de ses disciples, réunis dans une maison aux portes verrouillées, ceux-ci ne le reconnurent pas non plus, au point qu’il dut leur montrer ses mains et son côté (Jean 20, 19-20).
Huit jours plus tard, les disciples étaient à nouveau réunis dans la maison, portes verrouillées, mais cette fois avec Thomas qui doutait. Jésus l’invita à avancer sa main et la mettre dans son côté mais Thomas ne l’a pas fait et lui répondit immédiatement « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jean 20, 26-29).
Il apparut également sur une montagne en Galilée, où il avait ordonné aux onze apôtres de se rendre. « Quand ils le virent, ils se prosternèrent mais quelques-uns eurent des doutes » (Matthieu 28, 16-20).
Il se manifesta de nouveau aux disciples sur le bord du lac de Tibériade. Plusieurs d’entre eux pêchaient sans résultat. « Jésus se tint sur le rivage mais les disciples ne savaient pas que c’était lui ». Il les invita à « jeter le filet du côté droit de la barque » et « il y eut tant de poisson qu’ils ne pouvaient plus le ramener » (Jean 21, 1-14).
Les femmes, les apôtres et ses disciples ne le reconnurent pas.
Jésus ressuscité n'est pas rendu à une vie mortelle
Dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, Saint Paul le précise, en parlant aussi bien de la résurrection de Jésus que de la nôtre :
« Semé corruptible, on ressuscite incorruptible ; semé méprisable, , on ressuscite dans la gloire ; semé dans la faiblesse, on ressuscite plein de force ; semé corps animal, on ressuscite corps spirituel » (1 Co 15, 42b-44a)
Les textes du Nouveau Testament ont tous pour origine les récits de ces premiers chrétiens, unanimement convaincus de la résurrection corporelle de Jésus.
Dix-sept des vingt-sept livres du Nouveau Testament mentionnent la résurrection de Jésus, et la plupart des autres la présupposent implicitement. Il en va de même des premiers auteurs théologiens chrétiens comme notamment :
Clément de Rome 4ᵉ pape, de l'an 92 à l'an 99,
Ignace d'Antioche 3e évêque d'Antioche, après saint Pierre et Évode, à qui il succéda vers 68.
Justin le Martyr, né à Naplouse en Cisjordanie entre 100 et 114, et mort martyr à Rome entre 162 et 168. Irenee de Lyon, deuxième évêque de Lyon entre 177 et 202.
Raymond Edward Brown, né en 1928 et mort en 1998, prêtre sulpicien américain, théologien, bibliste et exégète de très grande réputation, qui a reçu le titre de « docteur honoris causa » de 24 universités dans le monde, précise que selon ces traditions, dès le départ, cette résurrection est d'ordre corporel :
« Les textes bibliques montrent que [Pierre et Paul] ont prêché un Jésus ressuscité dont la chair ne s'était pas décomposée dans la tombe. Il n'y a pas dans tout le Nouveau Testament un iota qui indique qu'un chrétien ait pensé que le corps de Jésus était toujours dans le sépulcre à se corrompre. C'est pourquoi je pense que les textes bibliques confirment grandement sa résurrection corporelle ».
La Résurrection de Jésus est un mystère insondable, incompréhensible, inexplicable.
Pour les contemporains des apôtres et des premiers chrétiens, comme pour beaucoup aujourd’hui, c’est de la pure folie, une invention délirante.
Pourtant, il paraît assez évident que le mystère inouï de la Résurrection de Jésus n’a pas pu être tout simplement inventé par quelques juifs de Galilée, pécheurs de poisson et collecteurs d’impôts, désireux de fonder une secte après la crucifixion de leur chef.
D’autant plus que Jésus ressuscité, dit l’évangile de Marc (16,14), a reproché « aux onze qui étaient à table leur incrédulité et la dureté de leur cœur parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité ».
Les premiers témoins de la Résurrection sont des femmes, et quand on sait qu’à l’époque, en Israël, le témoignage des femmes n’était pas recevable, on se dit que si les disciples de Jésus avaient inventé sa résurrection après sa crucifixion, ils auraient été mieux inspirés pour la rendre un tant soit peu crédible. Les apôtres, d’ailleurs, ne les crurent pas et ont pris leurs témoignages pour des « délires de femmes »
Si ce n’était qu’une fable, cette petite secte, persécutée et démoralisée après l’échec cuisant de la mise à mort de son chef, comme un vulgaire criminel, n’aurait pas pu devenir les prémisses de l’Église universelle et des milliards de chrétiens qui, dans l’histoire et de par le monde, se revendiquent de cette filiation spirituelle.
Ed Parish Sanders, théologien méthodiste américain et bibliste, spécialiste du Nouveau Testament, estime (dans son article « Jesus Christ », Encyclopædia Britannica, 2007) que la croyance en la Résurrection ne peut être le fruit d'un complot des disciples de Jésus : si tel avait été le cas, il en aurait résulté une histoire plus cohérente. De plus, il serait incompréhensible que les premiers chrétiens aient accepté, en toute connaissance de cause, de mourir pour une tromperie.
Saint Paul était bien conscient que la figure du Christ ne passait pas chez ses interlocuteurs :
(1ère lettre aux Corinthiens 1, 23) « Les Juifs demandent des signes et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens » Il n’empêche qu’il n’y a aucune « preuve objective » de la Résurrection.
Camille Focant, théologien catholique belge, ancien professeur d'exégèse du Nouveau Testament à l'Université catholique de Louvain (UCL), explique que la Résurrection, en soi, ne relève pas de faits vérifiables mais exclusivement de l'ordre de la croyance ; elle ne relève donc pas de la science historique.
(« La Résurrection », in Michel Quesnel et Philippe Gruson (dir.), La Bible et sa culture, éd. Desclée de Brouwer, 2011, vol. II, p. 145)
Le Père Michel Rondet, jésuite qui s’est éteint le mardi 2 mars dernier, à l’âge de 98 ans, explique dans son article « La résurrection de Jésus donne sens à l’histoire » sur le site catholique « croire.la-croix.com » :
La résurrection de Jésus est un événement qui échappe à l'histoire, mais qui a laissé dans l’histoire des traces exceptionnelles. Plus encore, c’est la Résurrection qui donne sens à l’histoire.
Personne n’a été témoin de la résurrection du Christ, mais le tombeau vide, le témoignage des disciples et surtout l'existence d'une communauté bâtie sur la foi en cette résurrection ont depuis deux mille ans marqué d'une façon profonde notre histoire.
Jésus se fait reconnaître à ceux qui sont ouverts à une démarche de foi.
Chacune des apparitions dont les Évangiles nous ont gardé le témoignage comporte ce cheminement qui va de l'étonnement à la joie, en ménageant le temps nécessaire à la naissance de la foi. Ainsi la rencontre d'Emmaüs (Luc 24,13) : les disciples ne reconnaissent pas celui qui les rejoint sur la route, Jésus leur laisse le temps d'exprimer leur désarroi. Il explique pour eux les Écritures avant de se révéler dans la fraction du pain. Reconnu, il disparaît, laissant à leur liberté la décision de retourner à Jérusalem partager avec leurs frères la bonne nouvelle de sa Résurrection.
On peut noter aussi que Jésus se fait reconnaître de ses disciples en les renvoyant chaque fois à un souvenir de leur vie commune antérieure : Madeleine en l'appelant par son nom (Jean 20,10), les disciples partis à la pêche avec Pierre en renouvelant pour eux le geste de la pêche miraculeuse qui avait précédé leur premier appel (Jean 21,8). La manière dont Jésus se manifeste renouvelle la relation qu'ils avaient avec lui.
C'est bien lui, proche et familier, et pourtant rien n'est plus comme avant. Il apparaît de manière inattendue et il disparaît tout aussi mystérieusement, sans qu'ils se sentent pour autant abandonnés. Il ne les quitte pas sans leur donner rendez-vous dans la mission qu'il leur laisse : annoncer l'Évangile à toutes les nations. C'est là qu'ils le retrouveront, qu'il sera avec eux jusqu'à la fin des temps (Matthieu 28,19-20). La finale de l'Évangile de Marc étend cette mission à toute la création : « Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toute la création » (Marc 16,15). Ainsi la bonne nouvelle de la Résurrection manifestée à quelquesuns concerne-t-elle la création tout entière. »
Le Pape François dans son message Urbi et Orbi, après la nuit pascale du samedi 8 avril 2020, il y a un an, a déclaré :
«Cette nuit, nous conquerrons un droit fondamental, qui ne nous sera pas enlevé : le droit à l’espérance» a dit François. «C’est une espérance nouvelle, vivante, qui vient de Dieu. Il ne s’agit pas d’un simple optimisme, d’une tape sur l’épaule ou d’un encouragement au regard des circonstances, a-t-il poursuivi. C’est un don du Ciel que nous ne pouvons pas nous procurer tout seuls».
Ces dernières semaines, nous répétons avec ténacité «Tout ira bien», a ajouté François, en nous accrochant à la beauté de notre humanité et en faisant monter des mots d'encouragement du cœur.
« Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! »
«Ce n'est pas une formule magique, qui fait disparaître les problèmes a poursuivi le Pape. Non, la résurrection du Christ n'est pas cela. C'est au contraire la victoire de l'amour sur la racine du mal, une victoire qui “n’enjambe pas” la souffrance et la mort, mais les traverse en ouvrant une route dans l’abime, transformant le mal en bien : marque exclusive de la puissance de Dieu».
Le père Bernard Sesboüé, théologien jésuite souligne que :
La résurrection de Jésus est la promesse de la nôtre. Elle nous donne l'image même de ce que nous sommes appelés à devenir. Elle est le symbole concret de ce que nous mettons sous le mot salut, puisque pour nous, être sauvés, c'est vivre, vivre intensément et toujours, dans une vie d'amour. Nous vivrons en Dieu éternellement de la vie que manifeste Jésus.