La « Lectio divina » est une écoute de Dieu, de Sa parole, par une lecture priante.
Ce n’est pas une lecture profane, comme peuvent l’être celles d’un roman, d’un livre d’érudition ou de distraction.
Ce n’est pas non plus une lecture pieuse, édifiante ou d’instruction religieuse.
Ni même une lecture simplement spirituelle comme le seraient des études de textes d’exégèse ou de théologie.
C’est une lecture dite divine, parce que Dieu y prend la parole directement.
Ce n’est pas le lecteur qui lit des considérations sur Dieu. C’est Dieu, lui-même, qui prend l’initiative de s’adresser en personne au lecteur au travers ou par l’intermédiaire de ce qu’il lit ou récite.
Pour peu que le lecteur se soit préparé à Son écoute.
Le lecteur se transforme ainsi en auditeur attentif.
La « Règle des Moines », dite « Règle de Saint Benoît », du nom du fondateur de l’Ordre des Bénédictins (né en 480 dans la région de Nursie et décédé peu avant 547 au Mont-Cassin) s’inspire d’une longue et très ancienne tradition de l’Église, depuis le monachisme des Pères du Désert en Égypte trois siècles auparavant.
Saint Benoît l’a rédigée dans la dernière partie de sa vie pour les moines de ce monastère et ce qu’on appelle « la règle bénédictine » fut imposée à tous les monastères de l’empire de Charlemagne en 817. Elle est encore respectée aujourd’hui par les moines et les moniales de nombreux ordres religieux, comme les chartreux, les cisterciens.
Le « Prologue » de la « Règle de Saint Benoît » commence ainsi : «Écoute, mon fils, les préceptes du Maître et prête l’oreille de ton cœur. Reçois volontiers l’enseignement d’un si bon père et mets-le en pratique».
Le Chapitre 48 de cette même « Règle de Saint Benoît » prévoit que : « Les frères doivent consacrer certaines heures au travail des mains et d’autres à la lecture des choses divines » (Règle de Saint Benoît, Préface de Dom Nicolas Dayez, abbé de Maredsous), Brepols, 1987, pp. 3 et 111) Chaque jour, les moines consacrent plusieurs heures à la « Lectio divina ». Elle ne se fait pas durant les offices, qui rythment sa journée, mais dans le recueillement du cloître ou la solitude de sa cellule. C’est une lecture en privé. Comme ce peut être, aussi, une récitation, une rumination de quelques versets d’un psaume, de l’Ancien ou du Nouveau Testament, ou la méditation d’une parole d’un Ancien, que le moine connaît par cœur et qu’il se récite en méditant, tout en travaillant aux champs, dans le jardin, à la cuisine, à l’infirmerie ou l’hôtellerie.
Partant de la lecture d'un texte à caractère spirituel, la Bible, les psaumes ou les œuvres d’auteurs chrétiens (lectio), elle se prolonge dans la réflexion sur ce même texte (meditatio), se poursuit par un dialogue avec Dieu (oratio) se terminant par une écoute silencieuse de Dieu (contemplatio). Des méthodes ont été élaborées au fil des siècles. Ainsi, vers 1150, Guigues II le Chartreux, en parle dans son livre « l’échelle du moine », à l’image de l’échelle du rêve de Jacob (Genèse 28 : 12). « Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle ».
Guigues II le Chartreux distingue quatre étapes successives :
- la lecture, (lectio) une lecture simple, lente et réfléchie de l’Écriture Sainte et de la Parole de Dieu.
- la méditation, (meditatio) une réflexion méditative pour une compréhension du message. -
- l’oraison, (oratio) une conversation, un dialogue avec Dieu à partir du texte, dans une prière simple, brève, faite de de reconnaissance, de repentir ou de demande -
- la contemplation, (contemplatio) un repos en Dieu fait de conscience de Sa Présence, de confiance où les mots font place à l’adoration silencieuse.
C’est une très vieille tradition chez les moines, les moniales, les religieux et les religieuses, mais aussi chez des laïcs et de très nombreux chrétiens qu’ils soient pratiquants ou non.
En 1965, le Concile Vatican II dans la « Constitution dogmatique Dei Verbum »
(à son n°21) préconise la « Lectio divina » non seulement pour le clergé qui l’a toujours pratiquée mais aussi pour tous les laïcs :
« Dans les Saints Livres, le Père qui est aux cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux ; or, la force et la puissance que recèle la parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Eglise, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Eglise, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle. »
Le 29 juin 2016, le Pape François a promulgué la « Constitution apostolique VULTUM DEI QUERERE » dont l’article 20 précise :
« La Lectio divina ou lecture priante de la Parole est l’art qui aide à accomplir le passage du texte biblique à la vie, c’est l’herméneutique (c’est-à-dire l’interprétation) existentielle de l’Écriture Sainte, grâce à laquelle nous pouvons réduire la distance entre la spiritualité et la vie quotidienne, entre la foi et la vie. »
Oui …, allez-vous me dire, tout ça s’est très bien mais ce n’est pas pour nous !
Nous ne sommes, pour la plupart d’entre nous, ni des moniales ni des moines.
Nos vies sont remplies à ras bord, entre la famille, le travail et nos multiples responsabilités, nous n’avons pas une minute à nous !
Où trouver la solitude, le calme et la sérénité indispensables pour nous rendre disponibles à l’écoute de Dieu ?
Comment nous abstraire de nos soucis quotidiens et de nos angoisses du lendemain ? C’est vrai ! Il faut bien le reconnaître. J’avoue y avoir beaucoup réfléchi.
Marié, père de famille, avocat pénaliste, militant des droits humains, enseignant … je ne savais pas où donner de la tête et je me retrouvais le soir épuisé, vidé …
En même temps, cette vie trépidante et excessivement stressante, les plaidoiries au Palais de Justice, les visites à la prison, mes consultations à mon cabinet, mes navettes incessantes, et, surtout, jour et nuit, mes angoisses permanentes pour mes clients, m’obligèrent à chercher des moments de respiration, des bouffées d’oxygène.
Ainsi, dès le début de ma vie professionnelle, j’ai eu l’intuition qu’en me levant une demi-heure plus tôt, quand tout-le-monde dormait encore dans la maison, au milieu du calme et du silence de l’aube naissante, je pourrais me rendre disponible à Dieu, un livre dans une main et une tasse de café bouillante dans l’autre.
J’avoue que cela m’a sauvé ! Ce furent des moments de grâce.
Ces lectures priantes, me donnaient le sentiment, parfois aigu, d’entendre Dieu répondre à mes angoisses et me calmer dans les mots des psaumes, des évangiles, des lettres des apôtres ou des nombreux auteurs spirituels qui me parlaient de leur foi, de leurs doutes et de leurs découvertes.
Petit-à-petit, un verset, une phrase, une idée me restaient en mémoire et je me les redisais tout au long de la journée, durant ces moments creux qui l’émaillent : les trajets en voiture, dans le train, le métro, le tram ou le bus, dans les moments d’attente au téléphone ou les moments perdus !
Les moniales et les moines commencent souvent leurs offices par ce premier verset du psaume 70 (69 dans la Bible hébraïque) :
« Mon Dieu, viens à mon aide ; Seigneur hâte-toi de me secourir »
La tradition orientale en a fait ce qu’elle a appelé « la prière du cœur » ou « prière de l’invocation du nom de Jésus » qui remonte aux origines du monachisme.
Elle est tirée de l’Évangile lui-même :
« Jésus, maître, aie pitié de nous ! » criaient dix lépreux à l’entrée d’un village, dont un étranger Samaritain, le seul qui revint rendre grâce à Jésus après leur guérison (Luc, 17, 11-19).
Ou encore, ces deux aveugles assis au bord du chemin, à la sortie de Jéricho, qui apprenant que c’était Jésus qui passait, se mirent à crier :
« Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous ! » « La foule les rabrouait pour qu’ils se taisent. Mais ils crièrent encore plus fort » jusqu’à ce que « pris de pitié, Jésus leur toucha les yeux. Aussitôt, il retrouvèrent la vue. Et ils le suivirent » (Matthieu, 20, 29-34).
Un simple cri, une brève prière, quelques mots bien plus puissants qu’un long discours, voilà la prière du cœur qui peut s’égrener tout au long de la journée.
La « Lectio divina », lecture divine parce que c’est Dieu lui-même que nous écoutons et qui nous parle, dans les Psaumes, dans les Evangiles, dans les quelques mots de ceux qui ont cru en Lui.
Lire la parole de Dieu ou la dire avec son cœur pour se laisser transformer par elle dans notre vécu de tous les instants.
Présentant la « Lectio divina » sur leur site, les moines de l’Abbaye Sainte-Marie du Rivet à Auros, rappelle que c’est ce que fait dire à Jésus Sainte Gertrude de Helfta, en Allemagne, moniale cistercienne du XIV° siècle :
« Celui qu’une piété soucieuse de progrès spirituel incitera à lire ce livre (l’Evangile), je l’attirerai tout près de moi de sorte que pour ainsi dire, mes mains tiendront le livre où il lit et moi-même, je lirai avec lui, et comme il arrive lorsque deux personnes lisent ensemble la même page, chacune est atteinte par l’haleine de l’autre, ainsi l’haleine de ses désirs me pénètrera jusqu’à émouvoir en sa faveur les entrailles de ma tendresse, et je soufflerai sur lui l’haleine de ma divinité pour que mon esprit opère en lui sa rénovation. »
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